Comme en réponse à une sélection officielle trop prude, la Quinzaine des réalisateurs nous offre un nouveau film audacieux, soit 90 minutes de plan-séquence dans un New-York en feu et à sang.
Synopsis : En sortant du métro pour aller chez sa grand-mère avec son petit-ami, Lucy se retrouve dans les rues de Buschwick un quartier de Brooklyn, plongé dans un véritable bain de sang. Dans un contexte de séparatisme vis-à-vis de l’Union, les milices texanes envahissent New York pour en faire leur base d’opérations sur la Côte Est et s’en servir d’outil de négociations. Face à ce chaos, Lucy se réfugie dans le sous-sol de Stupe, un robuste vétéran. Ce dernier l’aide à traverser, à contrecœur, les quelques blocs de Bushwick la séparant de la maison de sa grand-mère – en supposant que celle-ci existe toujours.
Qui n’a jamais rêvé de voir Brittany Snow (Pitch Perfect 1 & 2, The Hit Girls…) et Dave Bautista (Spectre, Les Gardiens de la Galaxie vol.1 & vol.2…) faire équipe dans un monde contemporain à ce point en proie au chaos que l’adjectif « post-apocalyptique » serait approprié ? Cette recette improbable – et pourtant tellement dans l’air du temps – Cary Murnion et Jonathan Milott, les réalisateurs du déjà très surprenant Cooties (qui suivaient des enseignants survivre à des enfants assoiffés de sang), l’ont fait pour nous ! Il leur aura toutefois fallu plusieurs années de durs labeurs – et le soutien financier de Netflix – pour y arriver. Dès les premières minutes, leur goût pour faire surgir dans le cadre les éléments les plus improbables ainsi que la maîtrise de leur plan séquence se font ressentir.. C’est l’alliance de ces deux éléments qui fera de leur film un petit divertissement efficace en jonglant constamment entre le champs et le hors-champ afin d’être violent, sans être extrême. Sans jamais atteindre la fluidité d’un Birdman, puisque les coupes du montage restent franchement visibles, le pouvoir d’immersion quasiment vidéoludique de leur dispositif va se maintenir jusque dans les dernières minutes, à un moment où notre attention ne sera plus du tout sur les mouvements de caméra. Notre attention ira en réalité se porter sur la façon dont le charme virginal de Brittany Snow forme une alchimie cinégénique parfaite avec le physique ultra-viril de Bautista, faisant d’eux un duo assez archétypal mais dont la relation est suffisamment bien écrite pour les amener vers une conclusion pleine d’émotions. Le fait qu’il s’agisse en réalité de cinq plans séquence d’une durée de 15 à 30 minutes est déjà un petit exploit en soi, et qu’on le remarque à peine est la preuve de la maestria de l’ouvrage. Le discours politique n’est pas non plus à négliger puisqu’il s’agit ni plus ni moins que d’une extrapolation de l’ultra-violence vers laquelle semble nous mener le populisme identitaire, car là où tout réalisateur américain aurait posé comme antagonistes des envahisseurs étrangers, il s’agit ici d’une nouvelle guerre de Sécession, ce qui apparaît comme un scénario plus redoutable encore. Film d’action pour midinettes, exercice de style prémonitoire ou simplement buddy-movie survitaminé, Bushwick est un long-métrage qui maîtrise ses partis-pris formels et ne devrait avoir aucun mal à trouver son public. Pour nous, à Cannes, c’est surtout une preuve de plus que les sélectionneurs de la Quinzaine des Réalisateurs peuvent aisément nous surprendre.
[QUINZAINE DES REALISATEURS] Bushwick
Un film de Cary Murnion et Jonathan Milott
Avec David Bautista et Brittany Snow
Distributeur : Netflix
Durée : 94 minutes
Genre : Action
Date de sortie : Prochainement sur Netflix
A la fois tragédie, film de procès et revenge movie, In The Fade joue avec tous les codes pour exploiter à fond les émotions de son actrice principale. Diane Kruger est en effet de tous les plans, mais son personnage suit une voie trop prévisible pour être véritablement épatante.
Synopsis : La vie de Katja s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe. Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance.
Quelle carrière incertaine que celle de Fatih Akin ! Depuis le succès de De l’autre Côté, il y a déjà dix ans, il était devenu difficile de prendre au sérieux cet allemand qui se présentait en porte-drapeau de la communauté turque en son pays. Le mauvais gout de Soul Kitchen et la lourdeur de The Cut nous avaient même laissé penser que nous ne réentendrons plus parler de lui. Et pourtant, son association avec Diane Kruger dans un thriller urbain lui permet de monter à nouveau les marches du tapis rouge et espérer prétendre au palmarès cannois. Contrairement aux films susnommés, l’héroïne n’est ici pas une expatriée turque, mais la femme de l’un d’eux. Le film commence d’ailleurs par leur mariage, tandis que lui est en prison. La suite sera –on ne spoile rien, c’est le postulat du film– la mort de ce mari et de leur fils puis le long travail de deuil de cette femme brisée. Le seul fait d’avoir fait de cet époux un turc rapidement disparu posait un trouble : Soit il rentrait dans une case caricaturale, voire raciste (ce que laissait craindre le fait qu’il apparaisse en prison), soit, à l’inverse, il devait apparaître comme la victime du racisme latent que chercherait à dénoncer son réalisateur. Sans surprise, c’est vers la seconde option que se tourne Akin, et pour qui en douterait avant même que ne soit donner l’identité des accusés, la veuve lâche un « Je suis sûr que ce sont des nazis ! » à peine significatif du peu de subtilité de ce discours politique binaire.
Ce n’est pourtant pas le pamphlet anti-nazis (et moins encore les invraisemblances de la sous-intrigue judiciaire) qui retiendra l’attention des spectateurs mais bien la performance de Diane Kruger. La belle allemande, découverte il y a une quinzaine d’années grâce à son mariage avec Guillaume Canet, semble vouloir rattraper la frustration de n’avoir encore gagné aucun prix alors qu’elle vient de dépasser les 40 ans. Tout est fait pour appuyer ses réactions, à commencer par ce plan en plongée sur son explosion lacrymal à l’annonce de la mort de son mari. Elle semble hurler sa volonté de chercher son prix, et Akin a décidé de l’y aider, en rédigeant son scénario de telle façon qu’elle ait à nous montrer toute la palette de jeu à sa disposition. Le thriller juridico-politique se transforme en film de démonstration. Fort heureusement, elle reste une bonne actrice, sans quoi les 90 minutes auraient été un vrai calvaire. Au lieu de quoi, et même si l’intrigue reste assez faible, la voir ainsi se transformer de femme endeuillée à vengeresse badass garde un minimum de charme… mais certainement pas assez pour justifier une nomination en Compétition du Festival de Cannes. Que Jérôme Seydoux apparaisse parmi les producteurs n’y ait certainement pas pour rien non plus.
[COMPÉTITION OFFICIELLE] In The Fade (Titre original : Aus dem Nichts)
Un film de Fatih Akin
Avec Diane Kruger, Denis Moschitto, Johannes Krisch, Samia Chancrin, Numan Acar et Ulrich Tukur
Distributeur : Pathé Distribution
Genre : Thriller, Drame
Durée : 1h 46min
Date de sortie : Prochainement
Avec L’Amant Double, François Ozon renoue avec un cinéma fantasque audacieux et s’autorise une virée tortueuse dans le thriller paranoïaque érotico-fantastique.
Synopsis : Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.
L’ambiguïté a toujours été une récurrente chez François Ozon, tout comme son exploration du désir féminin. Dans sa filmographie, l’autre y est toujours apparu comme un objet de désir, de fascination ou de rejet qui permet de comprendre la nature humaine mais aussi de se comprendre soi-même. L’Amant Double se réapproprie ces thématiques mais les explore avec beaucoup plus d’audace, François Ozon n’hésitant pas à s’émanciper du formalisme de ses derniers films pour triturer les genres qui ont toujours parcouru la filmographie de ce cinéphile au grand cœur. Après son mélodrame Frantz, François Ozon passe de la Mostra de Venise à la prestigieuse compétition de Cannes. Si certaines voix pourraient trouver cela immérité tant le cinéaste est souvent taxé de formaliste présomptueux, il y a une certaine cohérence à voir le traitement de la femme et du thriller psychologique à tendance érotique en compétition, ces thèmes étant le créneau de la carrière du Président du Jury Pedro Almodóvar, notamment dans le somptueux La Piel que Habito.
Derrière ce qui semblait être un thriller prévisible aux allures de Faux Semblant de David Cronenberg se cache une approche bien plus tortueuse et psychanalytique. Plus l’étau se resserre, plus François Ozon semble également convoquer Hitchcock et Verhoeven dans son approche. Plus que la référence surlignée, le cinéaste assume et digère le parallèle (encore un reflet) avec ces puissants génies du cinéma bien que son approche semble rapidement tourner à l’exercice de style superficiel sans toutefois omettre le pouvoir de fascination de ces visions singulières. François Ozon s’égare dans certaines lourdeurs de mise en scène, à appuyer sur les reflets, les miroirs brisés, les escaliers en spirale. Néanmoins, l’attention n’est jamais portée au bon endroit et le cinéaste s’amuse à détourner le regard du spectateur dans ce dédale de faux semblants. Un séduisant jeu de charme et d’érotisme s’opère entre Jérémie Rennier et Marina Vacth. L’Amant Double ne réconciliera pas François Ozon et ses détracteurs néanmoins il offre suffisamment d’audace et de style pour marquer les esprits. Dans une compétition faible et sans surprise, L’Amant Double s’impose tout de même comme un outsider sérieux, marqué par sa singularité perverse. Loin de la Palme d’Or, le jury de Pedro Almodóvar pourrait tout de même bien l’honorer d’un Prix du Scénario ou de la Mise en Scène.
[COMPÉTITION OFFICIELLE] L’Amant Double
Un film de François Ozon
Avec Marine Vacth, Jérémie Renier, Jacqueline Bisset
Distributeur : Mars Films
Durée : 1h47
Genre : Thriller, Érotique
Date de sortie : 26 Mai 2017
Dans le film de Rungano Nyoni I Am Not a Witch, l’inhumanité de la situation est le fruit d’une telle bêtise qu’il est presque difficile de ne pas la trouver délirante. Et pourtant, la situation est d’une telle gravité que le seul fait d’en sourire donne un sentiment très perturbant. Pour reprendre la fameuse tagline de Fargo « Oserez-vous en rire? »
Synopsis : Après un incident banal survenu dans son village, une fillette de 8 ans, Shula, est accusée de sorcellerie. Après un rapide procès, elle est reconnue coupable et enfermée dans un camp de sorcières.
Au Tchad, l’image que l’on se fait des sorcières est aux antipodes du fantasme véhiculé en Occident (que l’on associe désormais volontiers à Emma Watson) car il s’agit bel et bien de créatures maléfiques, capables de voler, lire l’avenir et de bien d’autres diableries rigoureusement interdites par la loi qui prennent l’apparence de femmes faibles. D’une façon plus terre à terre, il s’agit d’un lointain héritage des traditions tribales permettant aux hommes d’asservir les femmes à un point assimilable à de l’esclavage en leur reprochant des maux purement surnaturels. C’est dans cette situation odieuse que se retrouve la jeune Shula, une fillette de 8 ans, contrainte d’être attachée et menacée d’être transformée en chèvre si elle tente de s’enfuir, suite à des accusations abracadabrantes.
Pour qui est conscient de la réalité de telles pratiques, il est difficile de rire de leur absurdité. C’est pourtant, semble-t-il, le parti-pris de Rungano Nyoni puisque le scénario de sa fable I Am Not a Witch joue constamment de ce décalage entre modernité et traditionalisme désuet, avec le caractère outrancièrement arriéré de ses personnages (en particulier dans le cas du haut fonctionnaire incarné par Henry Phiri, dont chaque réplique est véritablement cocasse) et surtout le grotesque de leurs comportements inhumainement rétrogrades. Ce ton léger, la faiblesse de l’intrigue vient l’appuyer puisqu’elle donne à l’ensemble l’allure d’une série de saynètes proches de gags. Et même si on va s’attacher à Shula au point de trouver les dernières minutes déchirantes, le ressenti à la sortie du film est celui d’un profond malaise à l’idée d’avoir entendu (et sans doute d’avoir alimenté) des rires dans la salle devant ces femmes traitées comme des animaux. On préférera penser qu’il s’agit là moins d’un réel mauvais goût que d’une pure maladresse de la part de la réalisatrice qui nous prouve pourtant sa bonne volonté à l’occasion de son premier long-métrage. Est-il également perçu ainsi en Afrique subsaharienne ou est-ce là-bas une comédie décomplexée dont seule notre culpabilité postcoloniale d’Européens nous empêche de pleinement profiter ? La question mérite d’être approfondie, mais il reste certain que Rungano Nyoni est un nom à noter car elle pourrait vite refaire parler d’elle.
Pure coïncidence, au même moment, les « Séances spéciales » de la Sélection officielle nous faisaient découvrir un long-métrage qui traite également de la privation de liberté mais dans une approche radicalement antithétique. 12 Jours de Raymond Depardon est en effet un documentaire sur les procédures judiciaires entourant des personnages incarcérés en hôpital psychiatrique. Non pas que leur situation soit comparable à celle des prétendues sorcières tchadiennes, mais le dispositif cinématographique est à mettre en parallèle, car ici tout est fait (plans d’extérieurs brumeux et musique larmoyante signée Alexandre Desplat) pour nous empêcher d’émettre le moindre rire devant les scènes dans lesquelles les malades font preuve de propos incohérents. Cette démarche qui fleure l’apitoiement est-elle plus pertinente que le décalage sarcastique de I Am Not a Witch pour dénoncer le mal-être de ceux qui subissent ces situations ? Le Festival de Cannes est aussi l’occasion de s’interroger sur de tels choix artistiques et moraux.
[COMPÉTITION OFFICIELLE] I Am Not a Witch
Un film de Rungano Nyoni
Avec Maggie Mulubwa, Henry B.J. Phiri, Travers Merrill
Distributeur : –
Durée : 1h30
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement
Sept minutes de standing ovation lors de sa présentation officielle, Sans Pitié est un polar qui se démarque par une énergie folle et un style maîtrisé.
Synopsis : Jae-ho, qui se rêve chef de gang, fait la loi en prison auprès des autres détenus. Mais son autorité est remise en cause à l’arrivée de Hyun-su, un nouveau venu.
Depuis quelques années, c’est une tradition pour le Festival de Cannes de mettre à l’honneur la Corée du Sud dans ses séances de minuit, véritables pépites pour les amateurs de cinéma de genre. En 2014, ils avaient pu voir The Target,Office avait été diffusé en 2015 et les festivaliers avaient pu voyager à bord du Dernier Train pour Busan en 2016. Coup double pour l’édition 2017 puisqu’elle avait également présenté il y a quelques jours The Villainess, série B survitaminée au croisement de Kill Bill et Old Boy. Avec Sans Pitié, son troisième long métrage, c’est un changement radical pour le cinéaste Sung-hyun Byun dont le dernier fait d’arme était d’avoir réalisé Watcha’ wearin’?, une comédie romantique torride introuvable en France. Le réalisateur sud-coréen ne cache pas son amour pour le cinéma de Quentin Tarantino et Martin Scorsese. Reservoir Dogs et Les Infiltrés semblent être ses plus grandes inspirations. Il faut dire que Sans Pitié reprend en partie la trame du film de Scorsese – lui-même remake du film hongkongais Infernal Affairs – mais en change considérablement les ressorts dramatiques. Il en conserve l’élément déclencheur du film, à savoir l’infiltration d’un policier dans un gang sud-coréen spécialiste du trafic de drogues et les multiples rebondissements qui vont en découler. De Reservoir Dogs, il garde le climat de suspicion et la relation paternaliste Mister White/Mister Orange avec ses personnages. Mais en se revendiquant clairement comme film d’action, Sans pitié lorgne davantage du côté du cinéma d’action hongkongais et de ses fusillades explosives. Toutes ces références ne pouvaient qu’annoncer un beau programme.
Et en ce sens, Sans Pitié réussit là où d’autres auraient très bien pu tomber dans la facilité et la référence lourdingue. La qualité de Sung-hyun Byun est qu’il s’impose comme un artisan pointilleux qui conserve l’ambiance nerveuse, sèche et élégante des films qui l’ont influencé pour mieux s’engager sur une voie singulière. Car le film se démarque par un refus catégorique du manichéisme. Les policiers ne sont pas gentils et les malfrats ne sont pas méchants et la réciproque ne vaut pas plus. Chacun a ses raisons (argent, ambition, etc.) pour exercer les sacrifices qu’il faut. Les deux personnages principaux semblent être dans un premier temps les archétypes du film noir mais ils progressent lentement vers un traitement plus subtil de leur caractère. Il est difficile de deviner les intentions des personnages, constamment tourmentés par leur volonté de s’en sortir et leurs suspicions réciproques. La manipulation narrative du récit renversera à plusieurs reprises le film avant de véritablement nous dévoiler la psyché des personnages. Mais outre sa narration retorse, c’est dans la mise en scène que le film est original, ainsi que son montage précis qui alterne les scènes d’actions et les séquences plus intimes entre les personnages. Il suffit de voir les séquences de règlement de comptes qui virent à l’anarchie total pour constater que la caméra effectue des mouvements audacieux et rarement vus dans des espaces aussi confinés.Sans Pitié est un film d’action d’une efficacité remarquable, respectueux des codes du polar noir, tout en lui apportant des nuances radicales. On perd sans doute la cohérence narrative en chemin mais au final, on conserve une énergie redoutable qui feront de Sans Pitié, une nouvelle référence du genre.
[SÉANCE DE MINUIT] Sans pitié (The Merciless (Bulhandang))
Un film de Sung-hyun Byun
Avec : Kyung-Gu Sol, Si-wan Yim, Kim Hie-won, Jeon Hye-Jin
Distributeur : ARP Sélection
Genre : Thriller
Durée : 2h00
Date de sortie : 28 juin 2017
Makala d’Emmanuel Gras a obtenu le Grand Prix Nespresso.
Le Festival touchant à sa fin, les premiers prix commencent à être décernés. A commencer par le jury de la Semaine de la Critique présidé par Kleber Mendonça Filho qui vient de livrer son palmarès. Et c’est Makala du Français Emmanuel Gras, qui suit le récit d’un jeune congolais qui souhaite offrir un avenir meilleur à sa famille, qui remporte le Grand Prix Nespresso, la plus haute distinction de la Semaine de la Critique. Le Brésilien Fellipe Gamarano Barbosa remporte deux distinctions pour Gabriel e a montanha de. Enfin, la révélation Léa Mysius décroche le Prix SACD avec Ava.
Grand Prix Nespresso : Makala de Emmanuel Gras
Prix Révélation France 4 : Gabriel e a montanha de Fellipe Gamarano Barbosa
Prix Découverte Leica Cine du court métrage : Los Desheredados de Laura Ferrés
Les partenaires de la Semaine de la Critique ont également remis les prix suivants : Prix Fondation Gan à la Diffusion pour Gabriel e a montanha de Fellipe Gamarano Barbosa, Prix SACD pour Ava de Léa Mysius et le Prix Canal + du Court Métrage pour Najpiękniejsze fajerwerki ever de Aleksandra Terpińska.
Pour rappel, Ava de Léa Mysius est prévu en salles le 21 juin 2017 et fort de ses deux récompenses, Gabriel e a montanha de Fellipe Gamarano Barbosa est attendu le 16 août prochain. Aucune date de sortie n’a encore été annoncée pour Makala.
Thriller nerveux sur la descente aux enfers d’un homme prêt à tout pour sortir son frère de prison, Good Time a électrisé la Croisette.
Synopsis : Un braquage qui tourne mal… Connie réussit à s’enfuir mais son frère Nick est arrêté. Alors que Connie tente de réunir la caution pour libérer son frère, une autre option s’offre à lui : le faire évader. Commence alors dans les bas-fonds de New York, une longue nuit sous adrénaline.
Est-ce-que Thierry Frémaux n’avait pas gardé en tête la réception critique et publique unanime autour de Drive en 2011 lorsqu’il décide d’intégrer Good Time en compétition ? On peut le supposer tant cette histoire de braquage raté à l’ambiance fluorescente possède certaines similitudes avec le film de Nicolas Winding Refn. Néanmoins, c’est du côté de Martin Scorsese qu’il faut se tourner pour trouver un équivalent à cette lente plongée cauchemardesque tant Good Time a l’allure d’After Hours, le film de Marty qui avait remporté le Prix de la mise en scène en 1986. Pas étonnant qu’il soit remercié dans les crédits du film. Si les Frères Safdie ne sont pas les plus reconnus des cinéastes indépendants américains, ils ont néanmoins déjà longé à deux reprises le boulevard de la Croisette dans la sélection Quinzaine des Réalisateurs (The Pleasure of Being Robbed, 2008 et Lenny and the Kids, 2009). Adeptes d’un cinéma mumblecore qui se définit par un manque de budget évident, contrebalancé par une énergie saisissante et une approche semi-documentaire de leurs personnages, caméra à l’épaule,les deux frères s’attachent à donner une nouvelle représentation de l’errance new-yorkaise à travers des personnages marginaux prêts à tout pour s’extirper d’une condition sociale sans avenir.. Tout commence lorsque Connie (Robert Pattinson) entraîne son frère Nick (Ben Safdie), handicapé mental, dans un hold-up présumé sans risque et qui aurait dû être le point de départ d’une nouvelle vie, loin cet environnement toxique. Évidemment, le braquage va mal tourner.
C’est dans un New York nocif qu’évoluent les personnages de Good Time, en proie à l’hystérie, la drogue et les crimes de petits malfrats. L’existence semble se situer soit sous acide, soit en prison. Une perspective peu réjouissante qui pousse Connie et son frère à commettre ce braquage. Mais lorsqu’il tourne mal et que son frère est arrêté, tabassé en prison et hospitalisé, Connie va se lancer dans un course effrénée pour l’en sortir. Dans ce chaos, il prend constamment les mauvaises décisions qui ne font qu’envenimer la situation et l’emmener dans un engrenage qu’il ne saura plus arrêter. Cette intrigue révèle la toxicité des liens fraternels et la vacuité de l’existence des personnages, sacrifiés pour avoir tenté le diable. A défaut de renouveler le genre, les frères Safdie signent un polar tendu et efficace, magnifié par son immersion anxiogène et son ambiance électronique, des néons stylisés au score musical expérimental du compositeur Oneohtrix Point Never. L’énergie qui se dégage du film semble parfois cacher le manque de profondeur, mais les frères Safdie saisissent avec brutalité ce New York underground. Et dans ces rencontres, on croirait entrapercevoir le cinéma des Coen – encore des frères – avec ce défilé de personnages ratés mais empathiques qui agissent constamment dans l’urgence. Robert Pattinson est désormais un habitué de la Croisette. Celui qui suscitait autrefois les moqueries s’est racheté une notoriété depuis bien longtemps maintenant. L’acteur semble apprécier être là où on ne l’attend jamais, après avoir été chez James Gray en début d’année dans The Lost City of Z. Sans convaincre totalement, l’acteur anglais incarne avec puissance ce frère despotique, agité, amoral et persuadé d’être plus malin que les autres. Peut-être que le jury cannois pensera à lui attribuer un Prix d’Interprétation, saluant à la fois sa performance dans Good Time et le virage remarquable qu’il a entrepris dans sa carrière. Good Time est donc une odyssée nocturne fiévreuse dans un New York peu reluisant que n’aurait pas renié Martin Scorsese. Récompenser les frères Safdie, ce serait avant tout récompenser un cinéma brut qui vit par ses propres moyens, en marge des studios hollywoodiens, à l’instar de l’impact que la Nouvelle Vague française et le Nouvel Hollywood avaient exercé à leur époque.
[COMPÉTITION OFFICIELLE] Good Time
Un film de Ben Safdie, Joshua Safdie
Avec Robert Pattinson, Jennifer Jason Leigh, Barkhad Abdi
Distributeur : Ad Vitam
Durée : 1h47
Genre : Drame, policier
Date de sortie : 13 septembre 2017
Supérieur en tout point au quatrième opus, mais largement inférieur à la fougue et la qualité de la trilogie originale, Pirates des Caraïbes : la Vengeance de Salazar reste un divertissement honnête, enlevé et rythmé, bien que l’absence d’originalité tant dans la narration que dans l’écriture des personnages en diminue allègrement le plaisir lors du visionnage.
Synopsis :Les temps sont durs pour le Capitaine Jack, et le destin semble même vouloir s’acharner lorsqu’un redoutable équipage fantôme mené par son vieil ennemi, le terrifiant Capitaine Salazar, s’échappe du Triangle du Diable pour anéantir tous les flibustiers écumant les flots… Sparrow compris ! Le seul espoir de survie du Capitaine Jack est de retrouver le légendaire Trident de Poséidon qui donne à celui qui le détient tout pouvoir sur les mers et les océans. Mais pour cela, il doit forger une alliance précaire avec Carina Smyth, une astronome aussi belle que brillante et Henry, un jeune marin de la Royal Navy au caractère bien trempé. À la barre du Dying Gull, un minable petit rafiot, Sparrow va tout entreprendre pour contrer ses revers de fortune, mais aussi sauver sa vie face au plus implacable ennemi qu’il ait jamais eu à affronter…
A l’abordage !
Brisons d’emblée la glace : Pirates des Caraïbes – La Fontaine de Jouvence était mauvais ! Alors que le premier opus (le meilleur) remettait au goût du jour le film de pirates dans un cocktail à base d’aventures, de fantastique, d’exotisme et d’humour savamment dosé, les deux suivants, bien que non exempts de défauts (dont des longueurs trop prononcées) avaient pour mérite de proposer des spectacles à l’identité visuelle forte (merci Gore Verbinski) répondant à la définition la plus stricte de blockbuster réussi. Et inutile de dire que le capitaine Jack Sparrow gagna ses galons de véritable icône ! A tel point que les spectateurs étaient bien évidemment pressés de retrouver leur pirate préféré dans une aventure inédite, à savoir la quête de la fontaine de Jouvence. Malheureusement, une quête qui prit des allures de douche froide. Car bien que le succès fut au rendez-vous (plus d’un milliard de recettes mondiales), le long métrage était plombé par une intrigue pauvre et aussi linéaire qu’une autoroute, associée à des défauts d’écriture et à la réalisation plate de Rob Marschall. A tel point qu’on se demandait si une suite était nécessaire. Car ce nouveau volet se devait à la fois de reconquérir les fans de la première heure et les potentiels futurs aficionados de la saga. Pari réussi ? A moitié dirons-nous !
Car ça part plutôt assez mal. Après une introduction nous présentant brièvement quelques nouveaux venus, comme Henry Turner (fade Brenton Thwaites !) ou le capitaine Salazar, antagoniste de ce cinquième film, on enchaîne directement avec une entrée fracassante de Sparrow, pris encore une fois au piège bien malgré lui, et cherchant à s’échapper avec les moyens du bord. En résulte une scène dont la vague impression d’avoir déjà vu ça quelque part se fait cruellement ressentir, appuyée par un cabotinage bien excessif de Johnny Depp, où on sent que la passion dans l’interprétation de son personnage n’est plus la même qu’à ses débuts. Car là est le principal défaut de ce cinquième volet : le manque d’originalité.
Se targuant, selon les dires de l’équipe du film, de se rapprocher volontairement du premier volet en termes d’ambitions scénaristiques et de goût de l’aventure, La Vengeance de Salazar ne semble être qu’une redite des épisodes précédents plutôt qu’un véritable retour aux sources. Cela ne se voit pas uniquement dans sa bande originale, qui n’est qu’une transposition vaine et sans génie des thèmes précédents, mais également dans le déroulement de l’intrigue. Nous suivons une fois de plus les tribulations de trois personnages principaux, en l’occurrence Jack, mais aussi le couple Brenton Thwaites / Kaya Scodelario, nouvel atout charme de la saga après Keira Knightley et Orlando Bloom (dont les caméos respectifs relèvent d’ailleurs de la pure anecdote) à la recherche d’un autre McGuffin : le trident de Poséidon. A cela s’ajoutent d’autres personnages emblématiques, tel le capitaine Barbossa, dont la caractérisation actuelle, lourde et pompeuse, relève davantage de la parodie que de la menace d’antan (le pirate sanguinaire sans foi ni loi a laissé place à un aristocrate opportuniste et niaiseux), ou encore les membres récurrents de l’équipage de Jack, comme Gibbs ou Marty. Au rayon nouveautés, on note le capitaine Salazar qui, malgré une certaine prestance renforcée par une interprétation tendance « jusqu’au-boutiste » si caractéristique de Javier Bardem, n’apparait jamais réellement très menaçant. La faute principalement à un manque d’enjeu émotionnel qui aurait poussé le personnage jusqu’à ses retranchements, contrairement à Davy Jones par exemple. Ici, il veut juste tuer Jack, car ce dernier, durant sa jeunesse, l’a enfermé dans le triangle de la mort. Une vengeance pure et dure. Point ! D’ailleurs, quand le film essaye d’apporter quelque chose de neuf et un semblant de renouveau – ici les origines du capitaine Jack Sparrow – il le fait d’une manière très rapide et maladroite, tant et si bien qu’un sentiment de peur de créativité et de rester conforme au moule du blockbuster lambda estampillé Disney se fait ressentir. Doublement dommage donc !
Pourtant, tout n’est pas à jeter ! Car si l’on accepte ce constat de départ, on est forcé d’admettre que le film est un blockbuster faisant plutôt bien le job. Et s’ils ne brillent pas dans l’art de la narration, les réalisateurs Joachim Rønning et Espen Sandberg sont des techniciens d’une indéniable efficacité. Avec 129 minutes au compteur, ce qui en fait le film le plus court de la saga, Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar est débarrassé de longueurs superflues et s’en trouve vraiment rythmé, offrant des parallèles somme toute intéressants avec l’Histoire, tels les balbutiements de la science, savoir encore ébranlé par la domination de la religion, et enchaînant gags et scènes d’action plutôt réussis. Ces dernières n’atteignent pas, bien entendu, l’aspect rollercoaster de la trilogie initiale (le duel de la roue dans Le Secret du Coffre Maudit reste un modèle du genre), elles possèdent un aspect cartoonesque plutôt bienvenu, à l’instar de la scène de la guillotine, moment le plus drôle du film. Elles sont, à l’image de l’esthétisme global, alimentées par des effets spéciaux réussis (à quelques exceptions près, comme en témoigne le minois – pas si joli – du jeune Jack) entraînant un rendu visuel assez plaisant, comme l’équipage de Salazar, les silhouettes fantomatiques couvertes de cendres, l’île des étoiles, ou encore le final entre deux immenses murs d’eau. Se déroulant sans temps morts ni ennui, le film est donc loin d’être la catastrophe industrielle annoncée au vu des premières bandes-annonces.
Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar est incontestablement un divertissement honnête et correctement emballé. Ne lui manquerait seulement qu’une formule repensée, surtout si d’autres épisodes sont à prévoir par la suite, et un supplément d’âme qui lui aurait conféré un statut de grand film d’aventure.
Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar : Bande-annonce
Pirates des Caraïbes : La Vengeance de Salazar : Fiche technique
Réalisation : Joachim Rønning et Espen Sandberg
Scénario : Jeff Nathanson
Interprétation : Johnny Depp (Capitaine Jack Sparrow), Javier Bardem (Capitaine Brand – Salazar), Brenton Thwaites (Henry Turner), Kaya Scodelario (Carina Smyth), Geoffrey Rush (Capitaine Barbossa), Kevin McNally (Joshamee Gibbs), Orlando Bloom (Will Turner)…
Photographie : Paul Cameron
Montage : Roger Barton, Leigh Folsom Boyd
Directeur artistique : Nigel Phelps
Costumes : Penny Rose
Décors : Tom Nursey, John Dexter, Jacinta Leong, Michael Turner, Beverley Dunn, Shannon Gottlieb et Steve Parsons
Musique : Geoff Zanelli
Producteurs : Jerry Bruckheimer, Mike Stenson, Chad Oman, Joseph M. Caracciolo Jr., Brigham Taylor, Terry Rosso
Sociétés de production : Walt Disney Company
Distribution (France) : The Walt Disney Company France
Durée : 129 minutes
Genre : Aventure, fantastique
Date de sortie : 24 mai 2017
Très attendu, porté par un synopsis intrigant et l’excellent Ricardo Darín, El Presidente est notre petite déception de la sélection Un Certain Regard.
Synopsis : Au cours d’un sommet rassemblant l’ensemble des chefs d’état latino-américains dans un hôtel isolé de la Cordillère des Andes, Hernán Blanco, le président argentin, est rattrapé par une affaire de corruption impliquant sa fille. Alors qu’il se démène pour échapper au scandale qui menace sa carrière et sa famille, il doit aussi se battre pour des intérêts politiques et économiques à l’échelle d’un continent.
Après avoir respectivement sondé l’apprentissage et l’engagement politique dans El Estudiante et Paulina (Grand Prix de la Semaine de la Critique 2015), le cinéaste Santiago Mitre pénètre à l’intérieur même des arcanes du pouvoir de son pays en soumettant le toujours brillant Ricardo Darín au difficile exercice de chef de l’état. Mais dans un sommet international où va se décider le destin du continent latino-américain, le président argentin Hernán Blanco va devoir concilier son rôle de meneur politique avec sa vie privée qui va le remettre en question sur sa propre identité. Le synopsis laissait espérer une plongée passionnante dans les coulisses de la politique sud-américaine mais le réalisateur a volontairement préféré se perdre dans une intrigue annexe qui mêle suspicion et étrangeté fantastique. Résolument intrigant, El Presidente est loin du film politique tel qu’on a l’habitude de le voir, de celui qui évoque avec cynisme le jeu d’échec et de pouvoir en place dans les plus hautes institutions, et qui a fait la force de l’Exercice de l’Etat de Pierre Schoeller ou de séries comme Borgen ou House of Cards. C’est moins ce jeu-là qui intéresse le cinéaste argentin que le trouble que peut engendrer la pression de la vie politique et privée sur l’homme. De ce que l’on sait de ce président, c’est qu’il est tout ce qu’il y a de plus ordinaire et c’est sa normalité qui le rapproche du peuple. Mais la fonction de chef d’état n’est pas un « travail » norma. Et Hernán Blanco va vite s’en rendre compte. Il est à lui tout seul l’argument du film. Pas étonnant alors que Santiago Mitre ait choisi un acteur aussi charismatique que Ricardo Darín (Les Nouveaux Sauvages, Truman) pour l’interpréter. Tous les événements qui vont l’accabler pendant ce sommet vont lentement laisser apparaître des fissures dans cette carapace d’homme normal qu’il s’était forgé pour laisser transparaître un homme mystérieux, moins gentil que les médias ne semblent le croire et plus assassin qu’il n’y paraît. L’homme normal est ainsi tenté par un pacte faustien, si bien que sa fille semble déjà s’en apercevoir lorsqu’elle l’accuse hystériquement d’être un assassin. Mais cette excellente construction du personnage est rattrapée par la lourdeur de la mise en scène qui appuie grossièrement la dimension fantastique du récit (le dialogue père/fille surexposé au filtre bleu) et dont l’intrigue se déroule dans un hôtel de la Cordillère des Andes aux allures kubrickiennes. Plus mental que politique, l’énorme potentiel de El Presidente – très attendu dans la section Un Certain Regard – est donc rapidement gâché par une réalisation sans ampleur et une série de questions qui resteront à l’état de mystères. Reste l’intention honorable de renouveler le genre politique et l’interprétation magistrale de Ricardo Darín.
[UN CERTAIN REGARD] El Presidente
Un film de Santiago Mitre
Avec Ricardo Darín, Dolores Fonzi, Erica Rivas
Distributeur : Memento Films Distribution
Durée : 1h54
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement
Après des publications mensuelles dans le journal de Spirou et plusieurs albums, la bande dessinée Zombillénium se paie une version animée en long-métrage et s’inscrit parmi les plus belles réussites de l’animation française.
Synopsis : Dans le parc d’attractions d’épouvante Zombillénium, les monstres ont le blues. Non seulement, zombies, vampires, loups-garous et autres démons sont de vrais monstres dont l’âme appartient au Diable à jamais, mais en plus ils sont fatigués de leur job, fatigués de devoir divertir des humains consuméristes, voyeuristes et égoïstes, bref, fatigués de la vie de bureau en général, surtout quand celle-ci est partie pour durer une éternité… Jusqu’à l’arrivée d’Hector, un humain, contrôleur des normes de sécurité, déterminé à fermer l’établissement. Francis, le Vampire qui dirige le Parc, n’a pas le choix : il doit le mordre pour préserver leur secret. Muté en drôle de monstre, séparé de sa fille Lucie, et coincé dans le parc, Hector broie du noir… Et si il devenait finalement la nouvelle attraction phare de Zombillénium ?
Magnifique satire de l’industrie du divertissement, le parc d’attraction Zombillénium tel que l’a imaginé Arthur de Pins est un lieu où se côtoient des monstres en tous genres, lui permettant de mélanger de nombreuses sources d’inspiration fantastiques. Un genre dont on ressent l’admiration et l’envie d’en détourner les codes. Les jeunes amateurs ont partagé son délire et fait de sa bande dessiné un petit succès, le motivant à s’associer à Alexis Ducord et aux studios Maybe Movies (Ernest et Célestine) pour l’adapter en film. Pour qui a lu la BD, le changement peut toutefois être assez difficile à avaler puisque le scénario consiste à reprendre le même pitch et les mêmes personnages secondaires, mais à en changer le héros. Parmi les plus-values notables du passage sur grand écran, notons notamment ce magnifique générique d’ouverture qui pose les bases du background et de la mythologie propre à ce parc d’attraction hanté. Du coup, l’histoire est un peu plus étoffée mais les situations comiques restent strictement identiques. Il est de fait conseillé de ne pas connaitre ces personnages avant de se lancer dans l’aventure. Elle est pourtant à tenter, d’abord pour la qualité de son animation 3D, très fluide et faisant la part belle aux graphismes des personnages. Un très beau visuel, parfaitement dans l’esprit de la bande-dessinée, mais aussi et surtout une écriture maline qui n’hésite à s’attaquer à des sujets aussi multiples que le droit du travail, le communautarisme, la bureaucratie ou les effets de mode chez les jeunes, le tout à travers le prisme de la comédie fantastique carburant aux références pop-culturelles. Il semble également que le scénario ait été travaillé de façon à y placer des scènes musicales, qui apparaissent finalement comme des arguments marketing, soit ce genre d’éléments que le film dénonce allègrement. Sans y voir une forme d’hypocrisie, on pourra regretter que les auteurs semblent avoir été obligés de remplir un cahier des charges pour assurer la réussite internationale de leur production, quitte à en déséquilibrer le rythme et à rendre le déroulement prévisible. Zombillenium n’en reste pas moins un film d’animation de très bonne facture et au propos suffisamment profond pour affirmer qu’il ne plaira pas qu’aux plus jeunes. Espérons qu’il sera le succès français à l’étranger de ce second semestre 2017 et que les suites seront aussi incisives.
[SÉANCE SPÉCIALE] Zombillénium
Un film d’Arthur de Pins & Alexis Ducord
Avec Arthur de Pins, Emmanuel Curtil, Lucía Sánchez
Distributeur : Gebeka Films
Durée : 1h20
Genre : Animation
Date de sortie : 18 Octobre 2017
Présenté dans la sélection Un Certain Regard, Tesnota – Une vie à l’étroit de Kantemir Balagov est-il le premier choc cannois ?
Synopsis : 1998, Nalchik, Nord Caucase, Russie. Ilana, 24 ans, travaille dans le garage de son père pour l’aider à joindre les deux bouts. Un soir, la famille et les amis se réunissent pour célébrer les fiançailles de son jeune frère David. Dans la nuit, David et sa fiancée sont kidnappés et une rançon réclamée. Au sein de cette communauté juive repliée sur elle-même, appeler la police est exclu. Comment faire pour réunir la somme nécessaire et sauver David ? Ilana et ses parents, chacun à leur façon, iront au bout de leur choix, au risque de bouleverser l’équilibre familial.
Âgé d’à peine 21 ans, le cinéaste russe Kantemir Balagov est propulsé dans la prestigieuse section Un Certain Regard et interroge la question des liens familiaux dans une communauté juive du Nord de la Russie. Tiré d’un fait divers ayant eu lieu en 1989, Tesnota – Une vie à l’étroit retrace l’enlèvement d’un jeune couple juif dont la rançon exigée dépasse les attentes de la communauté. La famille doit trouver une solution, mais à court terme, seule un sacrifice pourra permettre de les sauver. Mais à quel prix ? Derrière ce drame se cache Ilana, une jeune femme serviable qui semble constamment enfermée dans un moule, que ce soit par l’autorité immuable de sa famille, les blagues puériles de son copain (qui l’enferme dans le coffre de sa voiture) et des traditions juives. Dans une première partie intimiste, Tesnota s’attache à décrire la vie de la communauté juive et son adaptation à la vie russe à la manière d’un documentaire avant d’être bouleversé par l’enlèvement des deux fiancés. Sommé de trouver le montant de la rançon au plus vite, la famille n’hésite pas à organiser les prémices d’un mariage forcé pour Ilana. Un sacrifice bouleversant qui ne pourra que faire exploser cette famille dans une région où les communautés gardent en mémoire les tensions passées. C’est là que Tesnota prend un virage politique inattendu en décrivant avec recul et subtilité, l’antisémitisme et l’emprise religieuse de la région, avant de projeter une séquence choc enregistrée sur un VHS où l’on voit frontalement des soldats égorgés. Un moment particulièrement éprouvant qui pourrait bien créer la polémique à Cannes, le « jewish snuff movie » n’étant pas spécialement avec le meurtre juif un genre prisé sur la Croisette. Quoiqu’il en soit, le cinéaste n’a pas su conserver la tenue et le discours politique entamé pour conserver son approche dénonciatrice. Il préfère se resserrer autour de l’intrigue familiale dont les tensions accentuent encore plus le sentiment d’enfermement de la nouvelle génération. Kantemir Balagov s’approprie avec efficacité les codes du drame européen lourd et accentue l’oppression prégnante en tournant en 1.33 pour ne jamais laisser de marge de manœuvre à son personnage. En ce sens, le cinéaste trouve la scène de fin idéale, qui renvoie bien évidemment au titre facultatif français du film. Implacable et durablement inscrit dans nos esprits, Tesnota – Une vie à l’étroit ne réalise pas le sans-faute mais offre une vision particulièrement bouleversante et dénonciatrice des communautés russes bloquées dans leurs traditions. Un premier essai qui est d’autant plus remarquable qu’il est réalisé par un cinéaste de 21 ans. Kantemir Balagov est à suivre de très près.
[UN CERTAIN REGARD] Tesnota – Une vie à l’étroit (Closeness)
Un film de Kantemir Balagov
Avec Darya Zhovner, Veniamin Kats, Olga Dragunova, Atrem Tsypin
Distributeur : ARP Sélection
Genre : Drame
Durée : 1h 58min
Date de sortie : Prochainement
On pourrait croire qu’il s’agit d’un pur personnage de comédie, entre Borat et Steven Seagal, mais non, Salim Shaheen est bien réel et Nothingwood, le film qui lui est consacré, est un documentaire. Parce qu’il alimente l’imaginaire de tout un pays en proie à la guerre, ce frétillant bisseux est l’incarnation de ce que le cinéma a de meilleur, il avait donc sa place à Cannes.
Synopsis : À une centaine de kilomètres de Kaboul, Salim Shaheen, l’acteur-réalisateur-producteur le plus populaire et prolifique d’Afghanistan, est venu projeter quelques-uns de ses 110 films et tourner le 111ème au passage. Ce voyage dans lequel il a entraîné sa bande de comédiens, tous plus excentriques et incontrôlables les uns que les autres, est l’occasion de faire la connaissance de cet amoureux du cinéma, qui fabrique sans relâche des films de série Z dans un pays en guerre depuis plus de trente ans. Le Prince de Nothingwood livre le récit d’une vie passée à accomplir un rêve d’enfant.
Une sélection cannoise en demi-teinte, il n’en fallait pas plus pour remettre en doute la passion des hordes de cinéphiles venus sur la Croisette. Fort heureusement, les équipes de la Quinzaine des Réalisateurs ont su dénicher la petite perle qui allait raviver notre flamme. Sonia Kronlund le dit elle-même : qu’elle a filmé jusque-là en Afghanistan s’apparentait à des reportages sordides sur des crimes de masse et autres situations déprimantes. En voulant comprendre ce qui permettait à ses habitants de tenir le coup malgré ces exactions, elle a vite compris qu’il s’agissait de la faible industrie cinématographique locale, et que celle-ci gravitait autour d’une figure incontournable. Il était alors légitime qu’elle veuille le rencontrer et on la remercie de l’avoir filmé pour nous le présenter.
Apparaissant comme un grand enfant devant cette boîte de jouets que l’on appelle 7ème art, Salim Shaheen est un bonhomme que l’on aimerait détester à la vue de son orgueil démesuré et de ses caprices sur les plateaux de tournage improvisés, mais que l’on ne peut qu’adorer au regard de cette naïveté puérile qui se dégage de son travail. Les conditions de travail exécrables dont il s’accommode et la bonne humeur dont il fait preuve à longueur de journée apparaissent comme un bouclier aux horreurs qui l’entourent, et font de lui un génie dans son domaine, quand bien même ce domaine en question est celui du gros nanar que l’on aurait du mal à regarder au-delà des quelques extraits qui nous sont présentés au compte-goutte dans le film.
Autour de lui, il n’hésite pas à embaucher les membres de sa famille et ses amis, dont l’un d’eux a particulièrement tapé dans l’œil du public cannois : il s’agit d’un comédien amateur outrancièrement efféminé, se faisant surnommer « cousine » et qui apparait fièrement comme un symbole de cette communauté homosexuelle (le mot n’est jamais dit bien sûr, la question sexuelle n’est même jamais évoquée puisqu’il se présente comme marié et père de famille) dans ce pays rétrograde où l’on devine le degré de stigmatisation qu’il risque en affichant ne serait-ce que son goût pour le travestissement.
Shaheen nous raconte sa vie à travers des saynètes qui n’ont d’ailleurs pas vocation à s’assembler pour constituer une autobiographie. On apprend ainsi qu’il a commencé à se filmer très jeune et que son court passage à l’armée lui a permis de se faire passer pour un héros de guerre et ainsi de se créer un semblant de notoriété. Ses petites crapuleries ne sont rien au regard de cette confiance en soi et de cette passion monomaniaque dont il fait preuve et qui sont, incontestablement, la formule qui a fait de lui une star, pour ne pas dire un demi-dieu. Un exemple à suivre pour tous les jeunes ambitieux qui veulent se faire connaitre et une piqûre de rappel à ceux qui croient que le cinéma n’est qu’une industrie. Non, le cinéma est avant tout une machine à rêves et il est important d’avoir des gens qui l’alimentent !
[QUINZAINE DES REALISATEURS] Nothingwood
Un film de Sonia Kronlund
Avec Salim Shaheen
Distributeur : Pyramide Distribution
Durée : 1h25
Genre : Documentaire
Date de sortie : 14 Juin 2017