Truman, un film de Cesc Gay : Critique

Voilà que sort enfin en France – cinq mois plus tard – le grand vainqueur de la dernière cérémonie des Goyas 2016 ! Retrouvant deux des acteurs de son précédent film, Les Hommes ! De quoi parlent-ils ? (2014), le catalan Cesc Gay, qui n’a jusque-là pas connu de succès au-delà de l’Espagne, a réussi à former ce qui est sans nul doute le duo le plus talentueux du cinéma hispanophone contemporain : l’argentin Ricardo Darín et l’espagnol Javier Cámara.

Synopsis : Par un petit matin d’hiver, Tomás, un professeur de mathématiques, quitte sa famille à Montréal pour s’envoler à Madrid où il retrouve Julián, un acteur solitaire et bougon. Les deux amis sont émus de se revoir après de nombreuses années de séparation. Mais la visite surprise de Tomás n’a rien d’anodin : Il a appris que son vieil ami est atteint d’un cancer incurable et refuse le traitement proposé par son médecin.

La vie, la mort, l’amitié… et un chien

 C’est sur les épaules de ces deux acteurs que va se reposer toute la qualité du film, la relation entre leurs personnages que tout semble opposer étant le cœur du long-métrage. Grâce à une finesse qui évite de bout en bout de sombrer dans le pathos, cette ode à l’amitié réussit à se montrer aussi émouvante qu’intelligente.

Davantage encore que les liens qui unissent Julián et Tomás, les sujets qui font de Truman un film poignant sont ceux de l’acceptation de la mort de ses proches et de la transmission que l’on laisse derrière soi. Et pourtant, le pari était loin d’être gagné d’avance : le sujet de la visite à un vieil ami mourant fleurait bon le tire-larmes lourdaud. En jouant énormément sur les non-dits entre les personnages, le scénario parvient à laisser planer une délicatesse aux antipodes de la théâtralité bavarde ou du cynisme que l’on a trop souvent l’habitude de voir dans de tels drames intimistes. Incarnant l’héritage que Tomás doit laisser derrière lui, le fameux Truman qu’annonce le titre n’est autre que son chien. Un Bullmastiff dont le devenir réussit à devenir un enjeu émotionnel plus fort que la mort annoncée de son propriétaire. En effet, même si le futur foyer d’accueil du chien est assez prévisible, la place symbolique qu’il prend dans le drame à venir apporte un poids affectif à la question de la responsabilité du libre-arbitre face à l’inévitable.

Contrairement à ce que l’on pouvait en craindre, les quatre jours que vont passer ensemble les deux amis d’enfance, ne sont en rien une épreuve tragique marquée par des adieux larmoyants, mais bel et bien une tranche de vie filmée avec sincérité et sobriété. Partager ce moment, en passant du rire aux larmes aux cotés de deux acteurs qui l’interprètent avec une justesse remarquable, est donc agréablement touchant. 1h45 d’émotions attendrissantes et jamais superficielles, voilà un programme qui est immanquablement rafraîchissant mais toutefois pas mémorable en tant que tel. Le discours sur le droit à chacun de mourir dans la dignité vient fort heureusement apporter un support moral qui fait de Truman un long-métrage humaniste plein de finesse et de pudeur. Adoptant d’abord le point de vue de Tomás sur son ami, afin de nous faire partager la peine de le voir accepter son sort en refusant un traitement qui lui ferait gagner du temps avant de mourir puis, se concentrant de plus en plus sur la façon dont Julián va accepter ses responsabilités en faisant ses adieux à ses proches (les retrouvailles avec son fils est un passage véritablement bouleversant), le scénario réussit à constamment capter les émotions les plus touchantes de chacune des situations.

Ecrit et réalisé avec un souci d’authenticité et de tendresse sans artifice, Truman est un film très touchant porté par un excellent binôme d’acteurs. La peur de la mort y est abordée d’une façon telle que la mélancolie et la joie de vivre semblent faire bon ménage. Le discours sous-jacent pointant du doigt l’inutilité de l’acharnement thérapeutique parvient à se faire à travers une histoire d’amitié à laquelle il est difficile de se montrer insensible.

Truman : Bande-annonce

Truman : Fiche technique

Réalisateur : Cesc Gay
Scénariste : Cesc Gay, Tomas Aragay
Casting : Ricardo Darin (Julián), Javier Camara (Tomás), Dolores Fonzi (Paula), Eduard Fernandez (Luis), Oriol Pla (Nico), Alex Brendemuhl (le vétérinaire), Pedro Casablanc (le médecin), Elvira Minguez (Gloria)….
Musique : Nico Cota
Photographie : Andreu Rebes
Montage : Pablo Barbieri Carrera
Décors : Irene Montcada
Son: Albert Gay, Jesica Suarez
Production : Marta Esteban, Diego Dubcovsky
Récompenses : Goyas 2016 du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario original, du meilleur acteur pour Ricardo Darin et du meilleur acteur dans un second rôle pour Javier Camara
Production : Marta Esteban, Diego Dubcovsky
Société de production : BD Ciné
Distribution : La Belle Company
Genre: Comédie dramatique
Durée : 104 minutes
Date de sortie : 6 juillet 2016

Espagne / Argentine – 2015

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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