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Accueil Musique PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Un message WhatsApp d’Emerald Fennell fin 2024 a suffi pour que Charli XCX, épuisée par Brat, compose l’album le plus sombre de sa carrière. Retour sur la bande originale de Wuthering Heights avec Margot Robbie, où l’hyperpop cède la place au gothique romantique. Décembre 2024. Charli XCX vient d’achever une tournée mondiale épuisante pour Brat, l’album qui a propulsé l’hyperpop dans la culture mainstream. Elle se sent vidée, incapable de composer quoi que ce soit. Son téléphone vibre : message d’Emerald Fennell, la réalisatrice de Saltburn. Fennell adapte Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë et souhaite une chanson pour la bande originale. Charli lit le scénario — landes, passion destructrice, obsession gothique — et sent immédiatement quelque chose se déclencher. Elle appelle Fennell : pourquoi se limiter à une seule chanson ? Elle veut composer un album entier. Pendant les mois suivants, entre deux dates de la Brat Tour, Charli enregistre dans des studios loués à travers le monde avec Finn Keane, son collaborateur habituel. Le vert fluo cède la place au noir. L’album Wuthering Heights sort le 13 février 2026, le jour même où le film arrive en salles. Le film : quand Emerald Fennell s’empare de Brontë Hurlevent d’Emerald Fennell ne cherche pas la fidélité au roman d’Emily Brontë. La réalisatrice l’assume dès le titre du film, qu’elle place entre guillemets pour signaler une distance assumée. Son adaptation se concentre sur le premier volume du livre, évacuant la dimension cyclique et la violence générationnelle pour ne garder que la relation entre Catherine Earnshaw (Margot Robbie) et Heathcliff (Jacob Elordi). Le film divise profondément : certains critiques saluent une vision audacieuse portée par une esthétique baroque et une photographie somptueuse, tandis que d’autres reprochent à Fennell d’avoir réduit un chef-d’œuvre littéraire à une dark romance érotisée digne d’une adaptation BookTok. Les choix visuels de Fennell interrogent. Les décors oscillent entre fidélité historique et anachronismes volontaires — la chambre de Catherine ressemble davantage à un décor Instagram qu’à une pièce du XIXe siècle. Les costumes mélangent références d’époque et touches contemporaines. La photographie multiplie les ciels violets, oranges, rouges, donnant au récit une tonalité presque fantastique. Cette esthétique divise autant qu’elle fascine : là où certains spectateurs y voient une proposition artistique cohérente, d’autres n’y trouvent qu’une accumulation de symboles érotiques lourdement appuyés (jaune d’œuf dégoulinant, viande crue sur la table, corps en sueur sous la pluie). Le couple Robbie-Elordi cristallise également les débats. Certains spectateurs saluent leur alchimie et leur beauté à l’écran, parlant d’une « romance épique à couper le souffle ». D’autres jugent leur jeu figé, monotone, incapable d’incarner les contradictions internes des personnages. Margot Robbie, en particulier, reçoit des critiques sévères de plusieurs médias qui y voient « la pire prestation de sa carrière ». Le film fonctionne davantage comme un manifeste esthétique que comme une adaptation littéraire — ce qui satisfait une partie du public (jeune, familier des codes de la dark romance contemporaine) mais en frustre une autre. Je voulais voir si j’étais capable d’en proposer une adaptation que moi-même, en tant que fan absolue, j’aurais envie de voir au cinéma. C’était vraiment exaltant. — Emerald Fennell, réalisatrice, février 2026 Charli XCX : du vert fluo au noir absolu Fin 2024, Charli XCX traverse une crise créative profonde. Brat a connu un succès phénoménal — l’album a redéfini l’hyperpop et s’est imposé dans la culture mainstream. Mais ce triomphe laisse Charli épuisée. Elle confie dans plusieurs interviews avoir eu l’impression qu’elle « ne serait plus jamais capable de composer ». La tournée mondiale qui accompagne l’album l’oblige à rejouer les mêmes morceaux chaque soir, à incarner le même personnage vert fluo, cigarette au bec, lunettes de soleil vissées sur le nez. L’inspiration s’est tarie. Le message d’Emerald Fennell arrive au bon moment. Charli lit le scénario de Wuthering Heights et ressent quelque chose qu’elle n’avait plus éprouvé depuis longtemps : l’envie immédiate de composer. Elle décrit cette lecture comme une révélation — le roman de Brontë parle de passion, de douleur, de landes sauvages, de froid mordant. Rien à voir avec l’univers de Brat. Elle propose à Fennell un album complet plutôt qu’une simple chanson, et la réalisatrice accepte. Entre février et novembre 2025, pendant la Brat Tour, Charli enregistre l’album par fragments dans des studios loués aux quatre coins du monde. Elle travaille principalement avec Finn Keane, son collaborateur de longue date. L’approche change radicalement : là où Brat reposait sur des beats électroniques agressifs et des textes ironiques, Wuthering Heights privilégie les nappes de cordes, les drones orchestraux, les mélodies mélancoliques. Charli décrit le style de l’album comme « un mélange élégant et brutal », ajoutant qu’elle voulait créer « un monde indéniablement brut, sauvage, sexuel, gothique et britannique ». Les références changent aussi : fini les clubs berlinois et les raves londoniennes, place à Kate Bush, aux Velvet Underground, à Lingua Ignota et Chelsea Wolfe. Cette réinvention pose question. Charli XCX a bâti sa carrière sur une capacité à réinventer la pop électronique — True Romance (2013), Sucker (2014), Charli (2019), How I’m Feeling Now (2020), Crash (2022), puis Brat (2024). Chaque projet explore un territoire différent. Mais Wuthering Heights marque une rupture plus radicale que les précédentes. L’album ne cherche pas à faire évoluer l’hyperpop — il l’abandonne complètement pour explorer un registre folk ténébreux teinté d’orchestrations baroques. Quand je pense à Wuthering Heights, je pense à la passion et à la douleur. Je pense à l’Angleterre et aux landes, je pense à la boue et au froid. Je pense à la détermination et au courage. — Charli XCX, décembre 2024 L’album : entre gothique et hyperpop fantôme Wuthering Heights dure 34 minutes et contient 12 morceaux. L’album s’ouvre sur « House », featuring John Cale, ancien membre du Velvet Underground. Le morceau donne immédiatement le ton : la voix caverneuse de Cale récite un poème parlé sur des cordes menaçantes et des drones électroniques. « I think I’m gonna die in this house » (« Je crois que je vais mourir dans cette maison ») — la phrase résonne comme une déclaration d’intention. Le morceau mélange orchestrations sombres et textures électroniques distordues, créant une atmosphère oppressante qui rappelle autant le gothique classique que les expérimentations noise contemporaines. « Wall of Sound », le troisième single, illustre bien l’approche de l’album. Le titre joue sur l’ironie : alors que l’expression désigne habituellement une technique de production maximale popularisée par Phil Spector, Charli l’utilise ici pour créer une sensation d’étouffement. Les cordes s’accumulent en nappes denses pendant que sa voix autotuned flotte au-dessus, presque noyée. Les paroles parlent de tension insoutenable, de murs sonores infranchissables, d’incapacité à s’échapper. Le morceau fonctionne comme une métaphore de l’album lui-même : Charli se retrouve prisonnière d’un univers qu’elle a créé. « Chains of Love », le deuxième single, s’approche davantage de la pop classique. Le morceau rappelle les ballades synthétiques des années 1980 et fait écho au premier album de Charli, True Romance (2013). Mais même ici, les cordes restent omniprésentes, apportant une grandeur mélancolique qui empêche le morceau de basculer dans la facilité. Les arrangements orchestraux de Gareth Murphy ajoutent une dimension cinématographique à l’ensemble, créant un pont entre l’esthétique hyperpop de Charli et les exigences d’une bande originale de film. « Dying for You » explore un registre plus dansant tout en conservant la noirceur générale de l’album. Les violons et les synthés se mélangent jusqu’à devenir indiscernables — une technique qui traverse tout le disque. Charli traite les cordes comme des synthétiseurs et vice-versa, brouillant les frontières entre acoustique et électronique. Cette approche hybride rappelle le travail de Lana Del Rey sur ses premiers albums, où l’orchestration baroque servait à « anachroniser » et « cinématiser » une pop contemporaine. « Eyes of the World », featuring Sky Ferreira, offre l’un des moments les plus sombres de l’album. Les deux chanteuses mêlent leurs voix rauques sur une orchestration grondante qui évoque autant le grunge des années 1990 que le gothique romantique. Le morceau fonctionne comme une rencontre fantomatique — Sky Ferreira, dont la carrière stagne depuis des années, resurgit ici comme un spectre de ce que pourrait devenir Charli si elle ne réinventait pas constamment sa musique. L’album porte plusieurs lectures simultanées. D’un côté, il fonctionne comme bande originale pour le film de Fennell, accompagnant les scènes de passion destructrice entre Catherine et Heathcliff. De l’autre, il s’écoute comme une œuvre personnelle de Charli — une exploration de ses propres angoisses post-Brat, de son épuisement, de sa peur de ne plus pouvoir créer. Cette dualité explique en partie les critiques mitigées : certains auditeurs reprochent à l’album de ne jamais choisir entre ces deux fonctions, restant coincé dans un entre-deux inconfortable. Thrillingly modern while staying true to its source material, the soundtrack to Emerald Fennell’s Brontë adaptation is a huge about-turn from Brat. — Rolling Stone, février 2026 Un album qui divise Les critiques de Wuthering Heights se rejoignent sur un point : l’album réussit à créer une atmosphère gothique cohérente. Mais au-delà de ce consensus, les avis divergent radicalement. Slate reproche à Charli de ne jamais atteindre « l’outrance » nécessaire pour rivaliser avec Kate Bush, dont le single « Wuthering Heights » (1978) reste LA référence musicale sur le sujet. Selon cette critique, Charli reste trop sage, trop contrôlée, incapable de basculer dans le ridicule sublime qui caractérisait le travail de Bush. D’autres critiques saluent au contraire cette retenue. Slant Magazine note que l’album fonctionne mieux dans ses moments les plus sobres, comme « Dying for You » ou « Open Up » (un interlude de 90 secondes qui condense toute la tragédie du roman en nappes de synthés et de cordes). Ces morceaux évitent l’excès symbolique qui caractérise le film de Fennell et se concentrent sur l’expression d’une douleur brute. La question de la fidélité au roman divise également. Certains auditeurs regrettent que Charli ne prenne jamais vraiment le point de vue de Catherine ou Heathcliff — elle incarne plutôt une forme d’empathie générale envers les deux personnages, sans jamais adopter leur perspective spécifique. Le morceau final, « Funny Mouth », tente tardivement d’incarner Catherine, mais cette prise de position arrive trop tard pour structurer l’ensemble de l’album. Le projet souffre peut-être d’une ambiguïté fondamentale. Charli a créé Wuthering Heights pour servir le film de Fennell tout en l’utilisant comme exutoire personnel après l’épuisement de Brat. Ces deux objectifs ne s’harmonisent pas toujours. L’album fonctionne comme un reset artistique — une façon pour Charli de prouver qu’elle peut explorer d’autres territoires que l’hyperpop. Mais en même temps, ce reset reste marqué par une certaine prudence : l’album ne va jamais jusqu’au bout de sa noirceur, comme si Charli gardait toujours un pied dans la pop accessible. Done and dusted in 35 minutes, it’s tempting to view Wuthering Heights as a studio palette cleanser. Yet the music itself is so much more rewarding than that definition allows — at times gorgeous, at others deliberately grotesque, it offers a series of dark gothic fantasies that inhabit a transformative realm. — Metacritic, février 2026 Et maintenant ? Wuthering Heights ne remplacera jamais Brat dans le cœur des fans de Charli XCX. Mais ce n’était pas son objectif. L’album fonctionne comme une parenthèse — une exploration d’un territoire radicalement différent qui permet à Charli de prouver qu’elle peut exister au-delà de l’hyperpop. Après avoir dominé l’été 2024 avec le vert fluo et les cigarettes, elle montre ici qu’elle peut aussi composer pour les landes brumeuses et les ciels violets. Que ce projet soit une réussite totale ou un échec partiel importe finalement peu : il confirme que Charli XCX refuse de se laisser enfermer dans une identité artistique figée. Le vrai test viendra avec le prochain album. Wuthering Heights restera-t-il une expérimentation isolée, ou ouvrira-t-il de nouvelles directions pour la suite de sa carrière ? Une chose est certaine : Charli XCX ne reviendra pas simplement à Brat 2. Elle l’a déjà prouvé avec cet album — elle préfère prendre des risques et diviser son public plutôt que de répéter une formule gagnante. Morceaux essentiels de Wuthering Heights : « House » feat. John Cale — Le morceau d’ouverture pose immédiatement l’atmosphère gothique et ténébreuse de l’album. La voix de Cale apporte une gravité spectrale. « Wall of Sound » — Le single qui illustre le mieux la tension oppressante de l’album. Les nappes de cordes créent une sensation d’étouffement calculé. « Chains of Love » — Le morceau le plus accessible, qui rappelle les ballades synthétiques de True Romance tout en conservant la noirceur générale. « Dying for You » — Le moment le plus dansant de l’album, où violons et synthés se confondent dans une mélodie obsédante. « Eyes of the World » feat. Sky Ferreira — Une rencontre vocale sombre et grondante, entre grunge et gothique romantique. « Open Up » — L’interlude le plus émouvant de l’album, 90 secondes de nappes synthétiques et orchestrales qui condensent toute la tragédie du roman. « Funny Mouth » — Le morceau de clôture qui tente tardivement d’incarner le point de vue de Catherine, avec des textures doom lourdes. L’album complet Wuthering Heights de Charli XCX est disponible sur toutes les plateformes de streaming (Spotify, Apple Music, YouTube Music).