L’âge imminent : interview du Col·lectiu Vigília

Dans un premier long-métrage poignant, L’âge imminent, le collectif Col·lectiu Vigília explore avec une rare sensibilité les thèmes de la dépendance et des relations intergénérationnelles, dans une approche presque documentaire. Rencontre avec ses créateurs.

À travers l’histoire de Bruno, un jeune homme de 18 ans confronté à la décision déchirante de placer sa grand-mère Natividad en maison de retraite, le film nous plonge dans un quotidien empreint de mélancolie et d’incertitude, entre le désir d’indépendance de la jeunesse et l’obligation de prendre soin des générations plus âgées. À l’occasion de cette interview, nous avons interrogé les membres du collectif – Laura Corominas Espelt, Laura Serra Solé, Clara Serrano Llorens, Gerard Simó Gimeno, Ariadna Ulldemolins Abad et Pau Vall Capdet – pour évoquer leur démarche artistique, leurs choix narratifs et l’impact émotionnel de ce projet audacieux, qui se démarque par sa sincérité et son humanité.

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Copyright Outplay Films | Antonia Fernandez Mir, Miquel Mas Martinez | L’Âge imminent

L’âge imminent est le fruit de votre projet de fin d’études. Qu’est-ce qui vous a motivé à créer le Col·lectiu Vigília pour y parvenir et quelles sont ses ambitions ? Était-ce difficile de produire une telle œuvre ?

L’idée initiale de L’âge imminent est née d’un projet de fin de diplôme. Pour cette raison, nous nous sommes d’abord réunis en groupe, puis avons décidé du film que nous voulions réaliser. Nous nous sommes désignés comme un collectif plus tard, lorsque nous avons commencé à présenter le film dans des laboratoires de développement et des festivals. C’était une façon de nommer notre manière horizontale de travailler, quelque chose que nous faisions depuis le début du projet.

Notre ambition était de créer un projet où les six membres se sentaient également investis, quel que soit leur rôle spécifique. Nous avons réussi cela en partageant collectivement les décisions artistiques fondamentales.

Le film a été difficile à produire car, bien que nous ayons eu une société de production, il s’est développé de manière assez non conventionnelle dans l’industrie cinématographique espagnole et avec très peu de ressources financières. Malgré ces défis, si nous n’avions pas travaillé collectivement, aucun de nous n’aurait pu terminer le film individuellement.

Comment avez-vous défini les rôles au sein de votre groupe ? Avez-vous rencontré des difficultés dans les prises de décisions, particulièrement au niveau du scénario coécrit par trois personnes ?

Nous avons défini nos rôles en fonction de nos intérêts personnels. Il y a eu des difficultés à écrire le scénario, ainsi que dans d’autres départements, mais rien d’extraordinaire. Une fois que nous nous sommes engagés à travailler ensemble, nous étions tous très conscients de la nécessité de gérer nos égos et de comprendre quand insister ou lâcher prise. C’était la clé pour faire fonctionner un projet comme celui-ci et pour rester amis !

Votre film explore l’apprentissage et la délivrance de Bruno, qui sacrifie son temps pour prendre soin de Natividad, sa grand-mère. Pouvez-vous expliquer le choix d’une telle thématique, à la fois actuelle et universelle ? Avez-vous apporté une part de vous-même dans l’écriture du personnage ?

Pour trouver un thème auquel nous nous sentions tous connectés, nous avons organisé de nombreuses séances de brainstorming où nous avons partagé nos préoccupations, questions et peurs. Nous avons réalisé que les relations intergénérationnelles, les soins et les histoires de passage à l’âge adulte étaient des intérêts communs à tous.

À partir de là, nous avons commencé à définir les personnages et l’histoire, où le quartier de Nou Barris est devenu un élément central. Trois des six membres du collectif y vivent, et nous savions que nous voulions tourner dans la région. Nous voulions en faire un personnage du film.

Les personnages, en particulier Natividad, ont été construits à travers des anecdotes et des expériences de nos membres d’équipe, ainsi que de la personnalité d’Antonia Fernández, l’actrice qui l’a interprétée, qui a finalement façonné le personnage.

Comment avez-vous trouvé vos acteurs, Miquel Mas Martínez et Antonia Fernández Mir, pour incarner Bruno et Nati ? Est-ce que l’idée d’un duo avec un jeune garçon comme personnage central était présente dès le départ ?

L’idée d’avoir un jeune garçon comme protagoniste était présente dès le début, car nous voulions explorer notre thème d’un point de vue plus proche du nôtre. Normalement, une telle histoire serait racontée du point de vue de quelqu’un de plus proche de l’âge de nos parents.

Nous avons trouvé Miquel Mas lors d’un casting ouvert à tous. Il a envoyé une vidéo, nous l’avons adorée, et il s’est avéré qu’il vivait dans le même quartier où nous allions tourner. Il correspondait parfaitement au personnage. Nous l’avons rencontré quand il avait 16 ans, et nous avons tourné quand il en avait 18.

Antonia Fernández a été trouvée grâce à une relation personnelle – elle était la grand-mère d’un ami d’un frère d’un membre de notre collectif. Trouver une actrice âgée était difficile. Nous avons auditionné des professionnels, des amateurs de théâtre et même des non-professionnels, mais aucun d’entre eux ne convenait. Finalement, nous l’avons trouvée là où nous nous y attendions le moins. Elle avait 85 ans lorsque nous avons tourné le film.

Tourner avec des personnes qui jouent pour la première fois n’est pas facile, mais Antonia a montré de la volonté et de l’enthousiasme dès le premier instant, ce qui n’était pas toujours le cas avec les personnes âgées.

Comment avez-vous réussi à rendre leur complicité authentique ? Certaines scènes ont-elles été improvisées ?

Les répétitions se sont davantage concentrées sur la création d’un véritable lien grand-mère/petit-fils plutôt que sur le perfectionnement des scènes individuelles. Nous voulions qu’ils développent une confiance authentique devant la caméra, même s’ils ne disaient pas exactement les répliques du script.

Par exemple, nous avons joué à de nombreux jeux de société pour renforcer leur connexion, toujours avec une caméra présente pour qu’ils puissent s’y habituer.

Toutes les scènes étaient scénarisées, mais Antonia n’a jamais lu le script. Nous avons travaillé avec elle oralement et par répétition pour l’empêcher de se fixer sur la manière de livrer ses répliques. Cela l’a aidée à maintenir son naturel tout en suivant les moments clés de chaque scène.

Quels étaient vos objectifs esthétiques, notamment avec les teintes rouges, chaudes et réconfortantes suivant les lieux ?

Depuis les départements de la réalisation, de la photographie et de la direction artistique, nous avons décidé que le rouge serait la couleur de Bruno. Nous voulions également maintenir l’atmosphère chaleureuse de la maison de la grand-mère et assurer une uniformité visuelle tout au long du film.

Avoir une couleur spécifique pour un personnage nous aide à transmettre des aspects plus subtils et à maintenir la cohésion. Il y a une scène clé pour nous où le protagoniste peint un mur en rouge, et ce n’est pas une coïncidence. C’est une référence à Girlfriends de Claudia Weill et une façon de montrer que Bruno traverse un changement intérieur.

Quelles étaient vos intentions lorsque vous avez choisi de filmer dans les banlieues barcelonaises ? On comprend un certain désir de mettre en lumière une jeunesse en plein épanouissement, mais également celui de rendre compte des différentes crises auxquelles des personnes démunies, vivant dans la précarité, sont confrontées.

Dès le début, nous savions que l’histoire se déroulerait à Nou Barris, un quartier en périphérie de Barcelone. Nous voulions montrer la vie dans la région – les centres de jeunesse où les gens se rassemblent, les festivals communautaires et, en général, une réalité qui n’est pas typiquement associée à l’image grand public de Barcelone. C’est là que vivent certains membres de notre équipe et acteurs, et nous avons estimé qu’il était important de la représenter authentiquement.

En ce moment, Barcelone traverse une période où les jeunes font face à des emplois précaires, des problèmes de logement, et tout le monde n’a pas les mêmes conditions pour vieillir. Même si nous ne faisons pas de déclaration explicite, nous voulons refléter ces réalités et défis.

Votre film a très bien été accueilli dans les festivals, avec quelques prix à la clé. Cela constitue-t-il une forme de réussite pour votre collectif ? Pensez-vous qu’il soit nécessaire d’encourager ce genre d’initiative à l’avenir ?

L’industrie cinématographique est très hiérarchisée et suit des modèles qui ne nous convenaient pas pour réaliser ce projet. Nous croyons que le cinéma peut prendre de nombreuses formes, et certaines structures – et égos – le limitent souvent.

Encourager les œuvres créées par des méthodes alternatives apportera de nouvelles perspectives et idées à l’industrie, ce qui ne peut être qu’une bonne chose.

Qu’attendez-vous du public qui verra L’âge imminent à l’international ?

Nous espérons que le public international se connectera à l’histoire et aux personnages autant que nous l’avons fait. Nous voulons qu’ils voient un portrait de la périphérie de Barcelone tout en le reliant à leur propre vie.

Le vieillissement est inévitable et imminent. Nous vivons dans une société qui exclut de plus en plus les personnes âgées, nous forçant à adopter des modes de vie dont elles ne peuvent pas faire partie. Nous espérons que le film suscitera des débats et des réflexions sur nos relations avec nos grands-parents et sur la manière dont nous voulons vieillir nous-mêmes.

Cette expérience vous a-t-elle motivé à renouveler votre collaboration pour de futurs projets ?

Avant tout, nous sommes amis. En ce moment, nous nous concentrons sur la sortie et la réception du film. À l’avenir, nous déciderons de ce que nous ferons ensuite.

Cela a été un processus long et quelque peu épuisant. Bien que nous ne soyons pas sûrs de réaliser un autre long métrage collectivement, nous savons que nous continuerons à travailler ensemble d’une manière ou d’une autre. Nos vies ont beaucoup changé au cours des quatre dernières années, et peut-être que nous explorerons d’autres formats, comme un court-métrage.

L’âge imminent : bande-annonce

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Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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