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Les Œillades 2022 : Ailleurs si j’y suis de François Pirot, l’appel de la forêt

Dix ans après la comédie Mobile Home, le belge François Pirot réalise Ailleurs si j’y suis, un second long-métrage aux allures de conte existentiel inspiré du récit « Walden ou la Vie dans les bois » de Henry David Thoreau. Porté par l’épatant Jérémie Renier en héros aliéné qui rêve d’ailleurs et renonce brusquement à son confort d’homme moderne pour se reconnecter à la nature, ce film choral à la fois poétique et décalé met en scène une galerie de personnages fantaisistes, drôles, attachants, remarquablement écrits et incarnés. Une réussite. 

Dans Ailleurs si j’y suis, François Pirot déploie une énergie démente pour faire fonctionner son petit univers quasi buzzatien, équilibre instable entraîné par le couple déphasé Renier-Clément et peuplé de rôles secondaires truculents dont les existences fades suffoquent et patinent, écartelées entre des aspirations contradictoires.

Un beau jour, Mathieu, père de famille et entrepreneur surmené au bord de la crise de nerfs, décide de quitter son chalet tout confort pour aller se baigner dans un étang au milieu de la forêt voisine. Là, guidé par un cerf majestueux, envoûté par le chant mélodieux des oiseaux et pris dans un vertige contemplatif, il revient à un instinct primitif qui l’éloigne de sa triste réalité. Bousculé par cette brutale fugue, son entourage s’inquiète de ne pas le voir revenir et se lance à sa recherche.

Entre conte existentiel, ode à la nature et satire de nos sociétés contemporaines épuisées, Ailleurs si j’y suis explore dans une esthétique soignée le fantasme d’une mélancolie intérieure, trouvant son écho onirique dans le parfum apaisant et les sonorités boisées de la forêt. Jérémie Renier est impeccable dans la peau de ce médiateur absent, personnage en fuite et en rupture avec ses proches tous animés par des mécanismes opportunistes, habités par de profondes angoisses et obnubilés par leurs projets de vie respectifs hélas voués à l’échec. En effet, les difficultés se multiplient à mesure que Mathieu, bercé par les murmures de la pluie et la lueur enveloppante de la lune, s’enfonce dans le bois qui encercle son domicile. 

François Pirot et Jérémie Renier présents aux Œillades.

Au centre de toutes ces intrigues brillamment enchevêtrées formant un marasme fantaisiste mais harmonieux, demeure le lien humain toujours fragile que le film travaille de façon sensible. Porté par un casting remarquable et particulièrement hilarant — Samir Guesmi en vendeur électroménager qui refuse de travailler comme un chien, Jean-Luc Bideau, chef d’entreprise autoritaire muré dans son mal-être et Jackie Berroyer, père dépressif construisant lui-même son cercueil pour crier sa détresse, crèvent tous les trois l’écran —, Ailleurs si j’y suis n’en fait jamais trop. François Pirot parvient à trouver la bonne tonalité pour figurer avec ironie la lente perdition d’un monde sans substance qui ne sait plus communiquer.

Sévan Lesaffre

Ailleurs si j’y suis – Bande-annonce

Synopsis : Alors que sa famille et son métier le sollicitent tout particulièrement, Mathieu, sans crier gare, s’enfonce dans la forêt et y reste. Face à cette prise de liberté radicale et à l’absence qu’elle implique, ses proches, bousculés, vont être confrontés à eux-mêmes et à leurs choix.

Ailleurs si j’y suis – Fiche technique

Réalisation : François Pirot
Scénario : François Pirot, Emmanuel Marre
Avec : Jérémie Renier, Suzanne Clément, Samir Guesmi, Jean-Luc Bideau, Jackie Berroyer…
Production : Tarantula Belgique, Tarantula Luxembourg, Box Productions
Photographie : Florian Berutti
Costumes : Catherine Marchand
Décors : Igor Gabriel, Paul Rouschop
Son : Carlo Thoss
Distribution : UFO Distribution
Durée : 1h50
Genre : Comédie
Date de sortie : 22 mars 2023

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Critique cinéma LeMagduCiné