FIFAM 2025 : Visibilités queer

Le Fifam 2025 a proposé une soirée intitulée « Queer utopie, histoire de nos vies, vers un futur désirable » en présence de l’autrice-illustratrice Muriel Douru, et des drag queens La Janelle, La Luciole, Miss M, Scarlet Silver, toutes venues parler de leur parcours et de leurs fêlures, mais aussi et surtout de leur combat politique. À l’issue était diffusé le film Fragments d’un parcours amoureux de Chloé Barreau. La programmation du festival met en avant d’autres histoires queer avec notamment le film documentaire Pédale rurale d’Antoine Vazquez.

Lors de la soirée organisée « hors les murs » au centre culturel Jacques Tati à Amiens, les drag queens présentes ont eu l’occasion, au-delà du show et des paillettes, de s’exprimer sur leurs parcours de vie. C’est un fait assez rare pour être souligné : prendre le temps du dialogue et du récit sur soi. On a pu ainsi découvrir comment le drag devient un choix libérateur de réappropriation de son corps. Elles se sont aussi exprimées sur la difficulté d’être un enfant queer et de grandir, à l’école notamment, et aujourd’hui encore plus que jamais. Des récits d’agressions et de souffrance ont émaillé la soirée. Cependant, c’est bien le collectif et la force du « faire ensemble » qui dominent. C’est tout le projet des adhérents du Paulisonnes dont Benoît fait partie. Benoît est queer sans avoir besoin de le verbaliser. Il est le protagoniste du film Pédale rurale d’Antoine Vazquez. D’ailleurs, des difficultés traversées dans l’enfance et l’adolescence, il ne veut pas en dire grand-chose, comme de sa récente agression verbale au village. Benoît existe et est filmé au-delà des cases et des catégories. Il parle de ses amours, pudiquement, il s’occupe patiemment de son jardin, qu’il décore, qu’il a conçu lui-même, comme un terrain vierge et sauvage lentement apprivoisé. Il tisse, il cuisine et il danse, robe virevoltant dans ses tourbillons. Antoine est son ami et le filme avec ce regard doux, aimant et drôle. C’est un portrait doux, pudique, sensible et libre. On pourrait croire que Benoît vit en ermite mais, autour de lui, d’autres queer se révèlent et tentent d’organiser, en débattant avec respect, une gay pride du terroir, à la campagne. L‘objectif affiché est d’offrir un espace de représentation pour tout·es celleux qui se vivent queer, qui s’interrogent et qui se retrouvent isolés. Ils pensent tous à leur désarroi, à leur désir de mort parfois face à la solitude et aux agressions, aux incompréhensions. La pride n’est pas l’élément central du documentaire : c’est bien Benoît et sa timidité bientôt transformée en émotion sincère qui se racontent. Il nous ouvre son cœur et c’est une très belle éclosion et une magnifique manière de rendre visibles celleux qui ne veulent pas être « différents » mais simplement exister sans violence.

Au début du documentaire, dont le montage a été décisif pour Antoine Vazquez qui avait plus de 200 heures de rushs, Benoît parle d’un amour pour lequel il a donné son corps et son cœur. Ce rapport intense à l’amour, c’est celui décrit par Chloé Barreau dans Fragments d’un parcours amoureux. Elle y refait le fil de ses nombreux amours, dont elle a gardé les archives filmées et photographiées depuis ses seize ans. À ces images archivées se mêle la parole des anciens amours, mais au présent. Ils refont le passé face caméra. Chloé a aimé des hommes et des femmes, parfois en même temps, souvent dans le secret imposé. Les amoureux·ses décrivent un être passionné, pour lequel l’amour semble être un sentiment supérieur. Tous se livrent avec sincérité ; c’est parfois touchant, parfois drôle, quelquefois impudique, avec des blessures jamais refermées. C’est un acte troublant que de demander à celleux qu’on a aimés de parler de soi. Il n’y a pas ici de complexité ou d’entre-soi, mais bien des souvenirs vivaces d’histoires d’amour vécues sans concession. On y voit des visages d’adolescents puis d’adultes, des moments de grâce où les amoureux se croient seuls au monde, uniques (et tombent souvent de haut en découvrant que non). On y parle d’amours lesbiennes comme hétérosexuelles. C’est une œuvre à la fois très personnelle et universelle. Fragments d’un parcours amoureux aborde ainsi les thèmes de la mémoire, de la construction de soi à travers les relations, mais aussi de la confrontation avec la manière dont un amour est vécu par soi et par l’amoureux·se. Chaque regard est différent, chaque vécu diffère. On y retrouve donc un autoportrait décentré par la présence de voix multiples pour décrire la réalisatrice Chloé Barreau, qui se dérobe à nous et dont le travail d’archivage impressionne (photos, films et lettres manuscrites).

Pédale rurale : fiche technique

Genre : Documentaire
Durée : 84 minutes (1h 24 min)
Pays de production : France
Réalisation : Antoine Vazquez
Image : Antoine Vazquez, Charly Caillaux
Montage : Céline Ducreux
Production : Survivance, Novanima Productions
Synopsis : Le film suit Benoît et d’autres personnes queer de la région du Périgord vert qui décident d’organiser la première Pride rurale de leur territoire.

Fragments d’un parcours amoureux : fiche technique

Genre : Documentaire
Sortie Cinéma France : 4 juin 2025
Durée : 1h 35 min (95 minutes)
Pays de production : Italie
Réalisation : Chloé Barreau
Scénario : Chloé Barreau, Marcos Pérez, Giulia Sbernini
Avec les témoignages de : Rebecca Zlotowski, Anna Mouglalis, Anne Berest, Jeanne Rosa, et 12 ex-partenaires.
Synopsis : La réalisatrice Chloé Barreau a filmé ses amours entre Paris et Rome depuis ses 16 ans. Devenue adulte, elle décide de rencontrer douze de ses ancien·ne·s partenaires pour qu’ils et elles racontent, sans sa présence, leur version des faits. Le film est une exploration intime et universelle de la mémoire amoureuse, croisant les archives personnelles de la réalisatrice avec les témoignages de ses ex.

Festival

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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