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FIFAM 2025 courts métrages : The Flowers Stand Silently, Witnessing, Pirateland, Daria’s Night Flowers, Mort du poisson

Chloé Margueritte Reporter LeMagduCiné

Chaque année, le Fifam propose une sélection de courts métrages, nous avons pu voir ceux du programme 1 : The Flowers Stand Silently, Witnessing de Theo Panagopulos, Pirateland de Stravos Petropoulos, Daria’s Night Flowers de Maryam Tafakory, Mort du poisson de Eva Lusbaronian.

The Flowers Stand Silently, Witnessing

Genre : Court-métrage Documentaire
Réalisation & Montage : Theo Panagopoulos
Année de Production : 2024
Durée : 17 minutes
Prix Notables : IDFA Award du Meilleur Court-métrage Documentaire (2024), Sundance Film Festival Grand Jury Prize (2025)

Synopsis : Un cinéaste d’origine palestinienne découvre en Écosse des archives cinématographiques rares des années 1930 montrant des fleurs sauvages de Palestine. Ce film-essai délicat réapproprie ces images coloniales pour interroger le rôle de l’image comme outil de témoignage, de mémoire et de violence.

En découvrant des images de fleurs sauvages filmées, en Palestine, par un colon écossais, le réalisateur s’interroge sur le sens de ces images, leur résonnance avec le présent. Une fois les premières images montrées, ses mots apparaissent, imprimés sur l’écran (ce n’est pas une voix off) dans une langue poétique ; il raconte comment il a cherché au milieu des fleurs sauvages des images de Palestiniens arabes. Il n’a pu réunir que deux minutes de visages semblables au sien, parmi les quarante-cinq minutes visionnées. Il va alors s’intéresser à ces visages, les scruter, faire des arrêts sur image. Plus tard, en nous montrant à nouveau les mêmes images, il s’intéresse à ce qui y subsiste de vie, dans la nature sauvage, sur une terre qu’il considère aujourd’hui déshumanisée. Ainsi, les images colorisées dévoilent aussi leur persistance sauvage et magique. Comme ces fleurs rouges qui prennent leur temps pour germer, gardant leurs graines en sécurité, et qui attendent que les conditions soient favorables et finissent malgré tout par se multiplier. Un enfant palestinien traverse alors ce champ de fleurs, regard déterminé, auquel l’humanité du réalisateur puis du spectateur va s’accrocher pour espérer et résister.

Pirateland

Genre : Comédie dramatique
Réalisation & Scénario : Stavros Petropoulos
Année de Production : 2025
Durée : 28 minutes
Acteurs Principaux : Kostas Koroneos, Asteris Rimagmos Rigas, Marianthi Pantelopoulou

Synopsis : La famille de Manos tient un petit hôtel en Grèce, sur un territoire réputé pour son histoire de piraterie. L’arrivée d’une famille de touristes scandinaves, cherchant une expérience « immersive », déclenche un jeu de rôle malsain.

Manos, l’adolescence fiévreuse encore chevillée au corps, cherche des clients sans entrain. Il danse aussi, la musique techno à fond dans les oreilles. Manos va devoir se livrer à son corps défendant à un jeu touristique inattendu. Dans la maison de famille qui prend racine mais dont les dalles du jardin se soulèvent et résistent aux tentatives du père, trois touristes norvégiens débarquent. Leur souhait ? Des vacances pas comme les autres. Le jeu de rôle qui commence est aussi drôle par son incongruité que malsain par sa demande de sauvagerie gratuite, comme si celle-ci était le seul gage de sensations fortes et de vérité. En quête de sensations, les touristes veulent toujours plus. Fort heureusement, Manos leur répond par le corps, et surtout par un rire aussi communicatif que dérangeant.

Daria’s Night Flowers

Genre : Documentaire expérimental
Réalisation & Scénario : Maryam Tafakory
Année de Production : 2025
Durée : 16 minutes

Synopsis: Un film-essai qui entremêle le premier manuscrit de Daria, racontant un amour naissant pour une fille mystérieuse nommée ‘abi’ (bleu), avec des images d’archives du cinéma iranien. Le film explore la répression, la mémoire et la résilience de l’intimité face à la violence patriarcale.

Le visage de Daria est multiple, noyé dans mille visages de femmes iraniennes issues d’images d’archives compilées par la réalisatrice. Daria est au centre du récit pourtant, sa mystérieuse disparition fait écho à celle du personnage de son manuscrit brûlé (celui de son premier roman) dont ne subsiste que le dernier chapitre. Il est aussi question d’un crime, d’une incarcération, et surtout d’un grand pouvoir : celui de disparaître. Le mystère domine dans ce court métrage, où les fleurs médicinales prennent aussi une grande place. On y découvre des décoctions censées calmer les « hystériques » auxquelles Daria est assimilée. Les fleurs sont omniprésentes sous forme de tableaux, comme des fresques peintes au mur. Une révolution féminine se dessine alors : le droit de s’absenter, de se rebeller surtout, de ne pas baisser les yeux et de fixer la caméra.

La Mort du poisson

Genre : Court-métrage, Animation, Drame
Réalisation & Scénario : Eva Lusbaronian
Année de Production : 2025
Durée : 14 minutes

Synopsis : Une fille essaie d’empêcher sa mère de sombrer dans la dépression après la mort d’un poisson. La fille utilise la danse pour retenir sa mère qui se laisse attirer par un étang symbolisant sa tristesse.

Le premier court métrage d’Eva Lusbaronian est une œuvre ultra personnelle qu’elle a mise à distance par le mouvement, la danse. Elle a d’abord dessiné les danses qu’elle imaginait avant d’écrire des notes d’intention et de les proposer aux danseurs de Pina Bausch. Le résultat est une œuvre métaphore de la dépression qui donne la part belle aux corps à travers la danse contemporaine. Le premier plan fixe sur une petite fille qui semble s’éveiller se met soudain en mouvement et laisse découvrir une nature luxuriante dans laquelle la mort rôde pourtant, une fleur arrachée, un poisson à moitié consommé puis rejeté par le héron qui l’a dévoré. Tout ramène la mère à sa souffrance. Alors la petite fille s’agite, essaye de ramener la vie, mais la mère est entourée de noirceur, jusque sur son visage et ses lèvres qui retombent sans cesse dans un sourire inversé, rictus de tristesse. Les danses sont magnifiques. La mise en scène animée évoque, pour nous comme pour la réalisatrice elle-même, une scène particulière de Portrait de la jeune fille en feu. Autour d’un brasier, des femmes en noir se mettent à chanter. Leurs voix s’élèvent pour la sororité, contre la souffrance et la peur, pour la vie. C’est enfin un regard qui nous emporte, un regard de jeune fille qui veut rêver, y croire et surtout se mettre en mouvement pour ne pas tomber, sombrer.

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Reporter LeMagduCiné