FFCP 2025 – Miracle : Letters to the president, la voie de la résilience

Sans avoir la prétention de réinventer le mélodrame, Lee Jang-hoon signe avec Miracle : Letters to the President une œuvre d’une grande tendresse émotionnelle. Il renoue ainsi avec les thématiques du deuil et de la culpabilité, déjà explorées dans son précédent long-métrage Be with you, qui marquait ses premiers pas derrière la caméra. En parsemant l’ensemble d’un brin d’humour et de romance, le cinéaste livre un film qui agit comme un câlin, un de ceux que l’on accepte avec un plaisir régressif, presque enfantin.

Pourtant, il faut bien reconnaître que Miracle : Letters to the President ne brille ni par sa mise en scène ni par son scénario. Le film de Lee Jang-hoon est en revanche illuminé par sa galerie de personnages profondément attachants, à qui l’on souhaite la réussite, l’amour et la réconciliation. Ces trois notions constituent les axes thématiques principaux, autour desquels se tissent des sous-intrigues fragmentées, parfois maladroitement entrelacées. Mais derrière l’histoire vraie présentée en amont se cachent de belles promesses romancées : Joon-gyeong, un jeune lycéen de la province reculée du Gyeongsang, tente de convaincre le président de construire une gare pour les habitants de son village, afin qu’ils n’aient plus à marcher sur les rails et traverser ponts et tunnels pour rejoindre leur domicile. Garantir la sécurité des usagers : telle est la requête sincère qu’il adresse, en vain, à la Maison Bleue.

Cette quête se déroule sur fond de coupes budgétaires liées à l’organisation des Jeux olympiques de Séoul en 1988, un an après le soulèvement démocratique que 1987 : When the Day Comes reconstituait avec une force collective saisissante. Lee Jang-hoon conserve cet esprit de cohésion dans son récit, mais l’en détache volontairement des traumas nationaux. Il préfère nous plonger dans une ruralité bienveillante et inspirante, où la communauté se révèle dans la simplicité du quotidien. La mise en scène, souvent douce et contemplative, capture cette légèreté : des plans sur les trajets à vélo, des scènes de lecture à la bibliothèque ou de jeux dans une boutique d’arcade dessinent un cadre d’une nostalgie feutrée. Le film dégage alors une atmosphère de sincérité, où chaque geste et répétition compte plus que la grande Histoire.

Les rêves sont ma réalité

Si la trame suit progressivement la naissance de l’espoir, elle épouse également les codes du teen movie romantique. Joon-gyeong est un adolescent réservé, maladroit dans les conventions sociales, mais passionné de mathématiques, ce qui lui ouvre de nouveaux horizons — peut-être une trajectoire rectiligne vers la NASA. Aidé par sa camarade Ra-hee et soutenu par sa sœur aînée Bo-gyeong, il tente de surmonter une peine plus profonde, liée à ce besoin vital de bâtir cette gare. Les spectateurs de Be with you reconnaîtront les similitudes dans la manière dont Lee Jang-hoon esquisse des personnages portés par la mélancolie et la pudeur.

Mais c’est l’énergie de l’interprète de Ra-hee, la chanteuse et actrice Yoona, qui insuffle au film un véritable vent de fraîcheur. Déjà remarquée dans Exit (Prix du public au FFCP 2019), la série événement Bon Appétit, Your Majesty et Pretty Crazy, présenté cette année, elle rayonne dans ce rôle de jeune fille spontanée et lumineuse. Les échanges qu’elle entretient avec Park Jeong-min, tout en maladresse et retenue, apportent un humour discret et une complicité sincère, avant que la seconde moitié du récit ne bascule vers un registre plus dramatique.

Peu à peu, les séquences d’émerveillement s’effacent, de même que la romance, pour laisser place à la relation fracturée entre Joon-gyeong et son père, conducteur de train sur cette même voie ferrée qu’ils espèrent sécuriser. Entre émotion, colère et pardon, cette bulle introspective devient le moteur d’une reconstruction, une manière de transformer la douleur en action. C’est ici que Lee Jang-hoon retrouve sa plus belle justesse : celle de faire du chagrin un vecteur de résilience. Même si l’articulation entre le mélodrame familial et la romance reste parfois bancale – accentuée par un usage presque parodique de la chanson Reality de Vladimir Cosma –, le film parvient malgré tout à toucher juste par moments, notamment dans les scènes de complicité muette entre père et fils.

En somme, Miracle : Letters to the President possède toutes les caractéristiques que recherchent les cinévores des films de Noël, en quête de réconfort : une romance maladroite mais sincère, un drame larmoyant mais porteur d’espérance, et cette touche de naïveté qui, sans se départir de son classicisme, parvient à émouvoir. Si Lee Jang-hoon ne révolutionne ni la forme ni le genre, il célèbre avec humilité la persévérance, la solidarité et la beauté du geste ordinaire. En cela, Miracle se fait l’écho d’un cinéma coréen plus lumineux, moins enclin à la noirceur sociale, mais tout aussi attaché à sonder les failles humaines. Et c’est peut-être là que réside son vrai miracle : dans cette foi tranquille en la bonté des hommes et en la possibilité, toujours, de reconstruire un monde à hauteur de cœur.

Prix du public au FFCP 2022, ce film est présenté dans la section « Spéciale 20 ans ».

Miracle : Letters to the president – bande-annonce

Miracle : Letters to the president – fiche technique

Titre original : Miracle (기적)
Réalisation : Lee Jang-hoon
Scénario : Lee Jang-hoon, Son Joo-yeon
Interprètes : Park Jeong-min, Yoona, Lee Sung-min, Im Yoon-ah
Directeur de la photographie : Kim Tae-soo
Montage : Park Kyung-soon
Musique originale : Kim Tae-seong
Producteur : Yook Kyung-sam
Production : Blossom Pictures
Pays de production : Corée du Sud
Distribution internationale : Lotte Entertainment
Durée : 1h57
Genre : Drame, Comédie, Romance

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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