FFCP 2025 – 1987 : When the day comes, le courage citoyen

En adoptant les codes du thriller politique et du film d’espionnage, 1987 : When the Day Comes nous plonge au cœur d’un système de surveillance et de dissimulation où la vérité devient une arme. Jang Joon-hwan orchestre ici un film choral d’une grande précision, révélant comment la somme de petites résistances individuelles peut, par contagion, faire vaciller un régime autoritaire.

Le récit s’appuie sur un événement tragique et emblématique de l’histoire contemporaine sud-coréenne : la mort de l’étudiant Park Jong-chul, torturé à mort par les forces de sécurité du régime militaire de Chun Doo-hwan. Ce drame agit comme une étincelle, déclenchant une vaste mobilisation populaire. Les manifestations démocratiques qui en découlent, survenues en juin 1987, marquent un tournant majeur dans la lutte contre la répression autoritaire, ouvrant la voie à l’organisation des Jeux olympiques de Séoul en 1988, symbole d’une Corée du Sud en pleine mutation politique et sociale. Le film explore ainsi non seulement la violence d’un régime en déclin, mais aussi la force collective qui permit à une nation d’exiger liberté et justice.

L’union des voix

Avant d’atteindre cette délivrance, obtenue au prix du sang et du sacrifice personnel, il faut d’abord abattre l’un des piliers du mal : le commissaire Park Cheo-won, interprété par un Kim Yoon-seok glaçant, incarnation d’un pouvoir prêt à tout pour éradiquer un ennemi imaginaire – le « communisme ». Ce prétexte commode légitime toutes les dérives, toutes les violences, et lui permet d’agir dans une impunité quasi totale.

Mais face à lui, se dressent une multitude d’individus – journalistes, procureurs, gardiens de prison, étudiants ou prêtres – dont les gestes, souvent discrets et isolés, finissent par converger. Parfois sans jamais se connaître ou se croiser, ces personnages participent à un même élan de vérité. La tentative de Park d’étouffer l’affaire se heurte alors à cette résistance diffuse : la corruption rencontre ses limites, et de ce chaos naît l’espoir, entretenu par des figures militantes telles que Lee Han-yeol (Gang Dong-won), symbole d’un engagement prêt à tout pour la justice.

À travers cette mosaïque de destins, Jang Joon-hwan signe une fresque politique d’une intensité comparable à celle de Pentagon Papers, où la parole et la vérité deviennent des actes de résistance.

Si le récit paraît éclaté, multipliant les personnages secondaires, c’est dans cette dispersion même que le film trouve sa puissance. 1987 ne cherche pas le héros unique : il célèbre le collectif, la somme des voix, la chaîne invisible de la solidarité. Le personnage interprété par Kim Tae-ri incarne cette idée avec force. Jeune citoyenne ordinaire, témoin d’abord passive, elle se trouve brutalement confrontée à la répression et passe peu à peu de l’observation à l’action. Son parcours, profondément humain, structure le film comme un fil émotionnel, préparant une montée en puissance jusqu’à un climax spectaculaire, sans jamais renier la tension du film d’espionnage qui le précède.

Il n’est d’ailleurs pas anodin que Kim Tae-ri incarne, un an plus tard, dans Mr. Sunshine, une autre figure de rébellion et d’espoir : d’une époque à l’autre, l’actrice porte cette même flamme de résistance, cet appel au rassemblement des citoyens au-delà des clivages.

Le courage des anonymes

Dans 1987 : When the Day Comes, la vérité elle-même devient le véritable McGuffin : un objet de quête, insaisissable mais essentiel, qui circule d’un personnage à l’autre, catalysant une conscience collective.

Cette vérité, transmise comme un témoin, fonde une convergence idéologique à la fois consciente et inconsciente – celle d’une nation qui œuvre à reconquérir la liberté d’expression. Même enchaîné, un prisonnier peut encore lutter pour cette cause fondamentale. C’est là toute la beauté et, peut-être, la limite de ce cinéma qui assume la sur-dramatisation : celle d’un art qui refuse de refermer les plaies d’un pays encore en quête de son identité et de sa liberté.

Malgré la densité de ses personnages, le débit d’information et la complexité de ses enjeux, 1987 reste limpide dans son propos. Chaque figure, même esquissée, incarne une facette de la résistance ; chacune participe à ce grand récit collectif où le courage ordinaire devient moteur de l’histoire. Et c’est précisément cette humanité partagée qui fait du film une œuvre universelle et profondément inspirante.

Prix du public au FFCP 2018, ce film est présenté dans la section « Spéciale 20 ans ».

1987 : When the day comes – bande-annonce

1987 : When the day comes – fiche technique

Titre original : 1987
Réalisation : Jang Joon-hwan
Scénario : Jang Joon-hwan, Kim Kyung-chan
Interprètes : Kim Yoon-seok, Ha Jung-woo, Yoo Hae-jin, Kim Tae-ri, Park Hee-soon, Lee Hee-joon, Gang Dong-won
Directeur de la photographie : Kim Woo-hyung
Montage : Yang Jin-mo
Décors : Han Ah-rum
Costumes : Lee Eun-I, Chae Kyung-Hwa
Musique: Kim Tae-seong
Producteurs : Jung Won-chan, Jang Young-hwan
Production : Woojeung Film
Pays de production : Corée du Sud
Distribution internationale : CJ Entertainment
Durée : 2h09
Genre : Drame, Historique

FFCP-2025-affiche
© Cléa Darnaud

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.
Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.