FEFFS 2017 : Jusqu’au bout de la La Nuit Excentrique

Évidemment nous n’allions pas quitter le FEFFS sans prendre part à son évènement le plus important, celui qu’envient tous les festivals du monde, la grande Nuit excentrique ( produit d’appellation contrôlée maintenant que celle à Paris a été rebaptisé Nuit Nanarland). Au programme donc 3 nouveaux nanars bien gratinés pour tenir jusqu’au petit matin. Mais avant ça, petit arrêt à la cérémonie de clôture avec Tragedy Girls.

[Film de clôture] – Tragedy Girls

Réalisé par Tyler McIntyre (USA, 2017)

Depuis que Wes Craven avait bousculé le genre du slasher avec Scream, plein d’autres réalisateurs ont essayé de jouer sur cet aspect méta, en empilant des tonnes de références et en l’inscrivant dans une génération spécifique. Si certains ont amplement réussi leur pari, on peut penser à Jospeph Kahn et son Detention complètement délirant, d’autres s’y sont cassé les jambes (l’un des derniers exemples en date est la série Scream Queens de Ryan Murphy). C’est au tour de Tyler McIntyre de s’y lancer avec un film définitivement ancré dans la génération des millenials où les réseaux sociaux dictent la vie des protagonistes.

McKayla et Sandie sont amis depuis toujours, de véritables BFF. À elles deux, elles gèrent une page Twitter appelée @TragedyGirls sur laquelle elle informe la communauté des derniers assassinats qui ont eu lieu dans les environs. Alors que la police fait passer la plupart de ces meurtres pour des accidents, elles décident d’employer la manière forte pour leur prouver le contraire, et par la même occasion gagner des followers. Si McIntyre a bien compris quelque chose, c’est cette quête absolue de la popularité qui gangrène les réseaux sociaux, et le cinéaste va s’amuser en la poussant à l’extrême. M-Kay et Sadie vont en effet partir dans une croisade meurtrière rivalisant d’ingéniosité pour mettre en scène leurs meurtres. Tragedy Girls offre donc quelques séquences assez dantesques avec notamment un mec se faisant trancher la tête par une barre de muscu. Malgré son fort potentiel, McIntyre n’arrivera jamais à transcender son sujet. Tragedy Girls devient très vite agaçant, par son côté trop forcé, que cela soit au niveau des références ou du traitement réservé à ses personnages. Il ne faut pas attendre très longtemps avant que M-Kay et Sadie énervent l’audience. Tout cela empêche alors Tragedy Girls d’être le véritable concentré de fun qu’il veut être. Pas la meilleure façon de clôturer cette 10ème édition.

Bien sûr, Tragedy Girls ne constituait  que l’amuse-bouche avant la nuit mémorable qui allait suivre. À cause du retard, il faudra attendre 1h du matin avant de pénétrer enfin dans le monde si particulier des nanars où faux raccords et VF sont rois.

FEFFS 2017 : La Nuit Excentrique, voyage déjanté au pays des nanarophiles avec L’homme puma, Le Ninja blanc et Les prédateurs du futur.

[Nuit excentrique] – L’homme-puma

Réalisé par Alberto de Martino (Italie, 1983).

Dans l’univers du nanar, l’Homme-Puma est connu comme le loup blanc, c’est donc avec cet objet culte que les programmateurs du FEFFS ont décidé d’ouvrir les hostilités. S’inscrivant à merveille dans cette volonté des italiens de copier les succès des films de genre étrangers et principalement américains, L’homme-puma surfe donc sur la mode des super-héros et notamment de Superman sorti 5 ans auparavant. Pas d’homme venu d’une autre planète ici, mais plutôt un paléontologue qui se retrouve être l’envoyé d’un dieu, L’Homme-Puma. Aidé d’un descendant aztèque à la gueule carrée nommé Vadinho, notre héros va faire tout ce qui est en son pouvoir pour neutraliser le grand méchant Cobra incarné par un pauvre Donald Pleasance qui se demande ce qu’il fout là.  D’autant plus que ce vilain pas beau dispose d’un masque lui permettant de contrôler les esprits les plus faibles.

Forcément, on est dans le domaine du bis italien donc n’imaginez pas voir des effets spéciaux époustouflants. Même si, d’une certaine manière, les effets visuels de l’ Homme-puma font leur effet. L’Homme-puma n’a de puma que le nom car avec pour unique costume une ceinture de catcheur et une cape-poncho, on est très loin du félin. Par contre l’Homme-puma se déplace dans les airs avec l’aisance d’un félin qui vole. Et c’est là qu’entrent en scène les deux accessoires clés de l’Homme-Puma : le trampoline et le fond vert. Rien de plus tordant que de voir ce super-héros galérer à voler devant un fond vert des plus immondes. Encore mieux quand l’homme se bat avec un hélicoptère de sa taille. Au moins l’Homme-Puma sait bien simuler la mort, ainsi que se téléporter dans la voiture des gens pour leur foutre une peur bleue, sinon pour les combats il doit compter sur Vadinho pour casser des gueules. Mais qu’importe car au final : Chaque homme est un dieu, chaque homme est libre, et c’est ça la belle leçon de vie de l’Homme-Puma.

[La Nuit excentrique] – Le Ninja Blanc

Réalisé par Sam Firstenberg (USA, 1987)

Si l’Homme-puma avait déjà bien achevé une partie des festivaliers, personne n’était prêt pour le déluge de testostérone qui allait déferler dans la salle avec la projection du Ninja Blanc. Le Ninja Blanc ou American Ninja 2 : La confrontation est un pur produit Cannon. Au programme donc de la castagne, des pectoraux, de la moustache, des biceps, de la castagne, des méchants bien méchants, des Marines bien badass, de la castagne et des Rangers représentés par deux mâles alphas. Michael Dudikoff et Steve James aidés de leur charisme impressionnant forment ici le plus grand duo de l’histoire du cinéma de ninja américain, pas sûr qu’il ait beaucoup de concurrent mais quand même.

Le Ninja Blanc envoie donc le duo Armstrong/Jackson dans les Caraïbes pour enquêter sur une disparition de Marines sur une île qui sert de base secrète au grand vilain de l’histoire, Le Lion (pour rester dans la thématique des félins). Entre trafic de drogue et mutations génétiques servant à la création d’une armée de mutants Ninja, nos deux compères auront du pain sur la planche. Armés de leur plus beau short de bain à fleur, les voilà donc prêts à écumer les plages sur un buggy pour chercher la bagarre avec des ninjas. Ils peuvent compter sur l’aide de Toto, un gamin vénal n’hésitant pas à demander 10 balles à chaque fois qu’il rend un service, et de la fille d’un scientifique qui raconte sa triste histoire un soir sur la plage devant un Armstrong en mode encéphalogramme plat. Niveau sex-appeal on est servi entre le regard de tombeur de Armstrong et les pecs luisants de Jackson, les festivaliers ont eu de quoi assouvir leur fantasme. Forcément dans ce genre de film, ce qu’on attend ce sont les combats. Voir Dudikoff trancher des ninjas à coup de katanas, ou arrêter des fléchettes de sarbacane à mains nues ça n’a pas de prix, et c’est encore plus jouissif quand on a Steve James torse nu qui vient comme un bourrin avec un lance-grenade. Le Ninja Blanc est un pur régal, avec son intrigue alambiqué pour rien, ses chorégraphies complètement à l’ouest mais surtout grâce à JACKSONNNNNNNN qui aura complètement volé la vedette à Dudikoff.

[La Nuit excentrique] – Les prédateurs du futur

Réalisé par Ruggero Deodato (Italie, Phillipines, 1983)

D’habitude le dernier film de la nuit est un véritable supplice. On se souvient du pamphlet anti-mariejeanne de capitaine Droit-devant dans la Comtesse Haschisch mais surtout du combat interminable avec Statue du Temple et Astronaute américain dans les Hommes d’une autre planète. Cette fois-ci, c’est avec une valeur sûre, cet honnête artisan qu’est Ruggero Deodato (même si ce bougre se cache sous le pseudo de Roger Franklin) qu’on finit la soirée. Après son film culte, Cannibal Holocaust, notre ami Deodato s’est fait une place de choix dans le monde du nanar et ce n’est pas avec ses Prédateurs du futur qu’il nous fera mentir. Le futur c’est 1994, au large de Miami les missiles nucléaires d’un sous-marin russe ayant fait naufrage fait remonter à la surface une île qui s’avère être l’Atlantide, rien que ça. On envoie donc Mike et l’équipe d’une plateforme pétrolière dans une mission sur cette île.

Voilà comment on peut présenter l’histoire de Les prédateurs du futur, car très vite le film ne va pas faire beaucoup de sens. Ce film rentre dans la vaste catégorie ersatz cheap de Mad Max. Le film de George Miller a en effet inspiré beaucoup d’italiens avec ses personnages aux accoutrements SM et voiture tunée, donc forcément pour Deodato les habitants de l’Atlantide possèdent des iroquoises violettes et chevauchent des Harley équipés de pointes en métal. Ce n’est d’ailleurs pas le seul danger qui peuple l’Atlantide. En effet sur cette île, le temps passe à une vitesse folle. On passe de la nuit au jour à la nuit en 3 plans, et cela n’aide pas le spectateur qui essaie tant bien que mal de comprendre le but de l’expédition. Deodato essaie de refiler toute la faute sur le nucléaire, comme ça c’est facile à expliquer et on peut torcher la fin car on a tout claqué dans le budget pour les voitures customisées des méchants.  On a quand même le droit à un passage dans le coeur de l’Atlantide, une salle complètement psyché où Deodato et le cast ont dû fumer des substances qui leur ont permis d’accoucher d’un truc pareil. Deodato peut également assouvir son fétichisme des hélicoptères qu’il filme sous toutes leurs coutures avant de finir sur cette sublime scène de tension avec ce dôme qui se referme ! C’est moins éprouvant que les combats de kaijus interminables, mais essayez de comprendre quelque chose à 7h du matin.

C’est donc sur cette très belle note que se termine cette 10ème édition du FEFFS. Une édition riche en surprise, remplie de belles rencontres et qui nous aura permis de fêter dignement cette première décennie d’existence. Remercions toute l’organisation du FEFFS pour avoir pu mettre en place un si bel évènement, et à l’année prochaine.

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