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Gérardmer 2026 : les vertiges de la maternité et le poids des origines, en toutes langues, allemande, anglaise et indonésienne
Accueil Festivals PartagerFacebookTwitterPinterestEmail Jérémy Chommanivong Responsable Cinéma Lancé en ouverture de la section Panorama à la 75e Berlinale, puis projeté au BIFFF, Welcome Home Baby marque le retour d’Andreas Prochaska avec un film profondément angoissant sur l’abjection de la grossesse et les rôles sociétaux assignés aux femmes. Le réalisateur autrichien y mêle des thématiques déjà explorées dans sa filmographie avec une atmosphère aussi pesante que celle de Rosemary’s Baby. Le cinéma de genre continue de germer dans l’esprit de Prochaska, à tel point qu’il livre ici une œuvre encore plus cérébrale que ses précédentes. Son diptyque Trois jours à vivre lui avait déjà permis d’appréhender la tension de manière progressive, revisitant le principe de Souviens-toi… l’été dernier avec une certaine maîtrise formelle. Il confirma ensuite son goût pour l’angoisse diffuse dans The Dark Valley, où l’on suivait un photographe accueilli dans un village reculé, tyrannisé par une famille hypermasculine. Un récit de vengeance à la sauce western, plutôt réussi. Welcome Home Baby reprend ce principe du couple isolé en pleine Autriche rurale, découvrant peu à peu que leur venue n’a rien d’un hasard. L’héritage maudit Judith vit en décalage avec son mari Ryan ; ils ne se croisent que dans le lit conjugal, une fois la nuit tombée. Urgentiste à Berlin, elle enchaîne les interventions, quitte à faire office de sage-femme lors d’un accouchement improvisé – une scène filmée frontalement par Prochaska, comme pour annoncer le ton lugubre du reste. L’indifférence du géniteur face à cet enfant sans amour préfigure également l’horreur à venir. Lorsque le père biologique de Judith meurt, elle retourne dans sa maison d’enfance, d’où elle avait été arrachée. Mais l’immolation de sa mère dans les environs, sous les regards impassibles des habitants, installe d’emblée un climat de méfiance. Le sourire glaçant de Gerti Drassl, impeccable en Paula, suffit à hanter n’importe quel spectateur. Une sorcière parmi d’autres dans une descente aux enfers teintée de trauma et d’onirisme. Sans détour, un climat de plus en plus étrange s’installe autour de Judith et Ryan, acculés par la présence à la fois physique et psychique des villageois. Leur bienveillance, froide, cache bien des secrets – tout comme la cicatrice sur le torse de Judith. Le temps se dilate, les visions se répètent, de plus en plus soutenues. Celle qui était venue rompre avec un héritage maudit découvre une terrible machination : la naissance imminente d’un enfant voulu par la maison elle-même, qui semble hantée, au sens littéral comme symbolique. Un puzzle à pièces mouvantes Le contraste visuel entre le rouge écarlate du sang et le bleu glacial de l’eau – dans laquelle Judith s’immerge pour tenter de se reconnecter à elle-même – structure le film comme un puzzle dont les pièces changent de forme en cours de route. C’est parfois déroutant, voire frustrant, surtout quand on anticipe la finalité du récit. Prochaska et sa directrice photo Carmen Treichl misent tout sur l’aspect visuel, en faisant du cadre le seul véritable axe de narration. Un pari risqué, d’autant que le scénario, lui, reste assez mince. Le film revendique une expérience psychologique et sensorielle, à la manière de Suspiria, usant de plans d’inserts et de petits glitches numériques pour renforcer l’aura surnaturelle de la forêt. Bien aidé par l’interprétation intense de Julia Franz Richter, le film parvient à ne pas perdre totalement son public, notamment lorsqu’il recentre la question du corps féminin et de son contrôle. Un film hanté par l’indécision Le point de bascule – cette perte de repères progressive – est plutôt bien orchestré, notamment grâce à des ellipses efficaces autour de la grossesse de Judith, qu’elle ne semble plus percevoir. Mais la répétition narrative finit par paralyser le récit. Trop de flou entoure le folklore du village et ses rituels pour qu’on puisse réellement orienter notre lecture. Welcome Home Baby brasse trop de thèmes à la fois : emprise communautaire, transmission de la maternité, contraintes sociales, héritage forcé, renaissance romantique… Et tout cela laisse un arrière-goût de « déjà-vu », comme si le film n’osait jamais vraiment trancher entre ses influences. Il en résulte un film inégal, mais pas dénué d’intérêt. Porté par une ambiance visuelle soignée, une interprétation habitée et quelques séquences puissantes, il parvient à maintenir l’attention, surtout pour les amateurs de genre exigeant. Sans révolutionner son sujet, Welcome Home Baby s’inscrit comme une proposition atmosphérique intrigante, qui mérite d’être vue, ne serait-ce que pour sa manière d’aborder le corps féminin comme un territoire hanté. Bande-annonce – Welcome Home Baby Fiche technique – Welcome Home Baby Réalisation : Andreas Prochaska Interprètes : Julia Franz Richter, Reinout Scholten van Aschat, Gerti Drassl, Maria Hofstätter, Gerhard Liebmann Scénario : Daniela Baumgärtl, Constantin Lieb, Andreas Prochaska Photographie : Carmen Treichl Montage : Karin Hartusch Musique : Karwan Marouf Sound design : Nina Slatosch, Johannes Konecny Décors : Claus Rudolf Amler Production : Tommy Pridnig, Ulf Israel Société de production : Lotus Filmproduktion, Senator Film Produktion Société de distribution : Wild Bunch Distribution Pays de production : Autriche, Allemagne Genre : Épouvante-horreur, Thriller Durée : 1h55 © Marc Bruckert
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