Cannes 2016 : The Last Face de Sean Penn (Compétition Officielle)

[Critique] The Last Face

Synopsis : En 2003, Au Libéria, Wren Petersen, directrice d’une organisation humanitaire, et le médecin Miguel Leon se rencontre pendant une guerre civile. Alors qu’ils font tout pour défendre et protéger les populations, les deux tourtereaux apprendront à se connaître, à tomber amoureux mais aussi à comprendre l’état d’esprit de l’autre à cause des répercussions de cette guerre…

Partager sa vie à deux pour survivre

Dans la suite de la compétition officielle du Festival de Cannes 2016, Sean Penn nous propose un film militant intitulé The Last Face, porté par deux têtes d’affiches appréciées du public : Charlize Theron et Javier Bardem dans les rôles respectifs du Dr Wren Petersen et du Dr Miguel Leon. Déjà avec ce casting prometteur (Jean Reno, Adèle Exarchopoulos, Jared Harris), notre duo d’acteurs principaux montre une forte alchimie à travers leurs personnages.

Charlize Theron réussit constamment à nous faire changer d’avis sur ses interprétations. Après qu’on ait adoré la détester dans le récent Le chasseur et la reine des glaces, elle arrive ici à nous émouvoir en nous touchant profondément dans sa quête humaniste menée de front avec Jarvien Bardem, qui n’est pas en reste lui aussi coté performance.
Ainsi, on ressent très vite la complexité de ce personnage, constamment tiraillé entre le spectre de son père et cet espoir, bien vite utopique, de voir une paix s’installer sur ce morceau de terre rongé par les maux de la guerre.  Un personnage d’ailleurs omniprésent et qui s’accapare tant le devant de l’affiche, que la distribution (pourtant jalonné de beaux noms comme Jean Reno ou Jared Harris) semble bien vite relégué au second plan.

La réalisation est de qualité dans sa photographie, dévoilant des décors et des paysages magnifiés par la caméra, mais aussi, The Last Face dévoile des scènes brutes dans la représentation de la violence, ainsi, nous ressentons toute l’intensité du message de Sean Penn, en espérant continuer de réveiller les consciences face à ces rebelles qui persécutent toujours les populations. Certains plans sont très significatifs  dans la situation de cette guerre civile avec l’exposition des cadavres et des ruines. Maintenant, il est vrai que nous avons des difficultés à percevoir le sens premier du film à cause d’un choix de narration très américain en reprenant le style hollywoodien. En effet, la romance entre Wren et Miguel est bien écrite, construite en restant fidèle au caractère des deux personnages qu’on nous présente, mais sans doute trop développée pour parler d’un film militant en premier lieu.
Ici le scénario est découpé en deux trames : une partie se passant en 2003, où les deux héros tombent amoureux, et une partie sous forme de flash-forwards, des années plus tard, où ils se sont séparés, puis se retrouvent, et le spectateur devra reconstituer le puzzle jusqu’à l’épilogue pour comprendre comment la rupture a pu avoir lieu.

L’handicap du film réside définitivement dans ces moments de flash-forwards, ces derniers s’investissant en effet trop sur l’histoire d’amour. La voix-off de Charlize Theron favorise ce cliché sans nuance. On en oublierait presque la partie militante et humanitaire. Nous pouvons donc nous interroger sur le regard de The Last Face qui serait une romance sur fond de militantisme, à l’inverse de A Perfect Day qui réussi à équilibrer la caractérisation de ses personnages et de son humour, sans freiner son aspect militant. De plus, Sean Penn déçoit dans sa mise en scène qui accentue les émotions du couple à travers des gros plans et des ralentis qui dramatisent encore plus leur relation, entrainant une perte d’intérêt pour le spectateur, et en risquant de se perdre dans son discours.

En revenant sur la technique du réalisateur, nous pouvons reprocher son choix de flou constant dans le cadre,  mal venu et assez dérangeant dans sa structure visuelle. Enfin, la bande son, composé par Hans Zimmer, n’est pas toujours bien amenée dans certaines scènes, ce qui est dommage quand on connaît le talent du compositeur depuis toutes ces années (notamment dans les productions de Christopher Nolan). En conséquence, nous avons des scènes d’actions bien rythmées, efficaces, et bien filmées, où la musique développe d’autant plus notre empathie et notre peine devant les dangers qu’affrontent ces peuples, alors qu’à d’autres moments, certaines musiques montent en puissances et sont mal choisies pour ces autres séquences qui auraient mieux fait de rester en silence, ou dans une sonorité beaucoup plus calme.

Sean Penn dénonce dans The Last Face les problèmes de crises de ces pays sous-développés régulièrement en guerre, mais son discours est déséquilibré par Javier Bardem et Charlize Theron, talentueux dans leur rôle, mais trop mis en avant pour laisser place aux vrais enjeux du long-métrage.

The Last Face : Bande-annonce

The Last Face : Fiche Technique

Réalisation : Sean Penn
Scénario : Erin Dignam
Interprétation : Charlize Theron (Wren Petersen), Javier Bardem (Miguel Leon), Adèle Exarchopoulos (Ellen), Jean Reno (Mehmet Love), Jared Harris (John Farber)
Décors : Andrew Laws
Costumes : Diana Cilliers
Photographie : Barry Ackroyd
Montage : Jay Cassidy
Musique Joseph Vitarelli
Producteurs : Bill Gerber, Matt Palmieri, Bill Pohlad, Jon Kuyper
Sociétés de production : River Road Entertainment, FilmHaven Entertainment, Gerber Pictures, Matt Palmieri Productions
Société de distribution : Mars Distribution (France)
Durée : 131 minutes
Genre : drame
Date de sortie : 11 Janvier 2016

Etats-Unis – 2016

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.

Ni vue, ni connue : une figurante (trop) douée

Après l’échec relatif des "Cyclades", Marc Fitoussi retrouve une inspiration remarquable avec "Ni vue, ni connue", une comédie à la fois drôle, caustique et sensible. En confiant à Isabelle Huppert le rôle d’une figurante obstinée rêvant de décrocher enfin un véritable rôle, le réalisateur signe un contre-emploi aussi audacieux que pertinent. À travers le parcours semé d’humiliations de Corinne Maclou, le film explore avec finesse l’invisibilité de ceux qui peuplent les marges du spectacle. Entourée de comédiens et réalisateurs jouant leur propre rôle, la figurante tente inlassablement de se faire une place dans un univers dominé par les rapports de pouvoir et les réseaux. Si le scénario se montre parfois prévisible, ce défaut est largement compensé par la qualité des dialogues, l’acuité du regard porté sur le milieu artistique et l’autodérision permanente d’Isabelle Huppert. Marc Fitoussi brosse ainsi un portrait aussi drôle que cruel de la condition de figurant, sans jamais perdre de vue l’humanité de son personnage. Une excellente comédie qui conjugue intelligence, émotion et mordant.

Reefer Madness : C’est de la bonne !

Du jazz, des joints, des meurtres et des bigots en roue libre : Reefer Madness transforme la propagande antidrogue en comédie musicale complètement perchée. La prohibition n’a jamais été aussi funky !

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.

The Social Reckoning : la data du jugement

Aaron Sorkin repasse derrière la caméra pour raconter les "Facebook Files", la lanceuse d'alerte Frances Haugen et un Mark Zuckerberg glaçant joué par Jeremy Strong. Un film-dossier dynamique et limpide, à la mise en scène sage, qui interroge notre rapport aux réseaux sociaux et à la vérité.
Maxime Kasparian
Maxime Kasparianhttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant master cinéma-audiovisuel, je suis un passionné du cinéma depuis mon plus jeune âge grâce la saga intergalactique Star Wars (il est évident de vous dire que mon film préféré jamais détrôné à ce jour est L’empire contre-attaque). J’ai aussi une profonde addiction pour les séries télévisées notamment Lost et 24h chrono qui sont pour moi les plus novatrices, et malgré mon âge qui a largement dépassé la vingtaine, je garde une âme d’enfant en continuant de regarder avec amour les nouveaux films d’animation Disney, Pixar et compagnie. Mes artistes de références : James Cameron, Steven Spielberg, Ridley Scott, JJ Abrams, Joss Whedon, Shonda Rhimes, Ewan McGregor, Michael Fassbender, Matthew McConaughey, Meryl Streep, Jennifer Lawrence, Sigourney Weaver, Cate Blanchett. J’espère percer dans la critique, j’adore parler et débattre du cinéma, de télévision, de séries télés qui sont, pour moi, les meilleurs moyens de s’évader, de faire rêver, mais aussi de refléter notre société et nos cultures.

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.

Ni vue, ni connue : une figurante (trop) douée

Après l’échec relatif des "Cyclades", Marc Fitoussi retrouve une inspiration remarquable avec "Ni vue, ni connue", une comédie à la fois drôle, caustique et sensible. En confiant à Isabelle Huppert le rôle d’une figurante obstinée rêvant de décrocher enfin un véritable rôle, le réalisateur signe un contre-emploi aussi audacieux que pertinent. À travers le parcours semé d’humiliations de Corinne Maclou, le film explore avec finesse l’invisibilité de ceux qui peuplent les marges du spectacle. Entourée de comédiens et réalisateurs jouant leur propre rôle, la figurante tente inlassablement de se faire une place dans un univers dominé par les rapports de pouvoir et les réseaux. Si le scénario se montre parfois prévisible, ce défaut est largement compensé par la qualité des dialogues, l’acuité du regard porté sur le milieu artistique et l’autodérision permanente d’Isabelle Huppert. Marc Fitoussi brosse ainsi un portrait aussi drôle que cruel de la condition de figurant, sans jamais perdre de vue l’humanité de son personnage. Une excellente comédie qui conjugue intelligence, émotion et mordant.

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.