Servant de Shyamalan : que vaut la série horrifique d’Apple TV+ ?

Avec une thématique particulièrement troublante, N. Shyamalan nous propose de plonger dans le quotidien de jeunes parents bouleversés par un drame familial. Une baby-sitter, un faux poupon, des évènements étranges… Retour sur le pilote de Servant.

Night Shyamalan revient sur nos écrans avec cette nouvelle série, présente sur le nouveau service de streaming par abonnement Apple TV+.

Dès les premières minutes, on retrouve l’ambiance visuelle propre à Night S. avec une succession de plans fixes, et travellings latéraux qui ajoutent à l’ambiance particulière de ce premier épisode. On a même droit à un petit caméo au début de l’épisode. Presque en huit clos, les plans de l’intérieur de la maison sont traités avec un grand angle, non sans rappeler l’excellente série The Haunting of Hill House. Dès le début, on est plongé dans la folie de la mère endeuillée qui, ne supportant pas la perte de son enfant, s’occupe d’un faux poupon (la « reborn doll ») et doit prendre une nounou pour s’en occuper. Cette poupée réaliste (flippante…) est utilisée à des fins thérapeutiques, pour surmonter le traumatisme chez les parents, ici la mère en particulier.

Le rôle de Dorothy est incarné par Lauren Ambrose (Six Feet Under), qui excelle dans ce personnage troublant, presque hystérique. A ses côtés, Tony Kebell (Black Mirror) joue le rôle du mari, personnage terre-à-terre qui tente de ramener l’équilibre au sein de son couple.

4 ans après le très réussi Wayward Pines, N. Shyamalan renoue avec un style qu’il avait laissé de côté depuis Sixième Sens et Les Autres pour nous offrir un suspense empreint de malaise. Après le contexte posé, les plans serrés sur les visages ou certaines parties du corps sont millimétrés, et nous plongent assez vite dans l’angoisse. Le malaise grandit au fur et à mesure des interprétations d’acteurs, la mise en scène déstabilise le spectateur, et on découvre étape par étape chaque nouvel élément de l’histoire. Les personnages sont presque dénués d’humanité, en résulte une sorte d’altération de la réalité des scènes.

On a plaisir à retrouver Rupert Grint, qui par la force des plans et l’authenticité de son personnage (le frère du mari), nous fait assez vite oublier l’univers d’Harry Potter.

Les autres épisodes seront-ils aussi marqués par N.Shyamalan ? On est en droit de se poser la question, car il a dirigé seulement le pilote et l’épisode 9 de la série.

Il a en tout cas réussi à nous donner l’envie d’aller plus loin. D’autant plus que la fin de l’épisode rajoute un élément des plus troublants à l’intrigue…

Bande-annonce : Servant

Synopsis : Après la mort de leur bébé, un couple de Philadelphie tente de surmonter cette épreuve grâce à une poupée réaliste qui remplace le nourrisson. Leur quotidien se voit bouleversé par l’arrivée de Leanne, une jeune baby-sitter chargée de s’occuper du faux poupon. Des évènements étranges commencent alors à se produire…

Note des lecteurs1 Note
4

Festival

Cannes 2026 : Le Corset, l’appel de l’ouragan

Présenté à Un Certain Regard 2026, "Le Corset" est le film d'animation le plus personnel de Louis Clichy et une comédie dramatique familiale portée par l'aquarelle, la musique et une sincérité bouleversant dans la campagne française.

Cannes 2026 : Her Private Hell, l’antre de la bêtise

À Cannes 2026, "Her Private Hell" marque le retour raté de Nicolas Winding Refn avec un film visuellement creux, profondément misogyne et totalement englouti par sa propre prétention.

Cannes 2026 : Garance, l’enverre du décor

Dans "Garance", Adèle Exarchopoulos incarne une actrice alcoolique un peu perdue, qui enchaîne les petits rôles, les rencontres et les soirées bien arrosées. Un portrait de femme plein de douceur et de sensibilité signé Jeanne Henry.

Cannes 2026 : Minotaure, la bête humaine

Présenté en compétition officielle à Cannes 2026, Minotaure voit Andreï Zviaguintsev déplacer la guerre hors du front pour la faire résonner dans la sphère intime, sociale et conjugale. À travers la chute d’un homme et l’effondrement d’un monde, le cinéaste russe signe un drame sombre, tendu et crépusculaire, plus préoccupé par les monstres que la société fabrique que par les héros qu’elle célèbre.

Newsletter

À ne pas manquer

Leaving Las Vegas : le pacte des naufragés

Trente ans ont passé. Las Vegas brille toujours autant, et "Leaving Las Vegas" aussi. Le film de Mike Figgis revient hanter les salles dans une version restaurée en 4K avec la même force d'impact, la même noirceur. On serait tenté de croire que le temps l'a rendu plus supportable. Il n'en est rien. La blessure est intacte, et l’admiration aussi.

L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen : Père et impair

Avec L’Être aimé, Rodrigo Sorogoyen signe un film de tournage aussi fascinant que déchirant, porté par Javier Bardem et Victoria Luengo. Derrière la mise en abyme cinématographique, le cinéaste filme surtout l’attente impossible d’une fille face à un père qui sait voir, diriger, comprendre — mais ne sait pas demander pardon.

L’Abandon : le traitement tout en nuances d’un sujet explosif

Les onze derniers jours de Samuel Paty, qui firent de lui un martyr de la République. Un sujet délicat, commandant d'éviter autant le pathos que la récupération politique. Vincent Garenq relève ce défi, avec un film qui parvient à captiver en tenant bien sa ligne. Estimable, malgré une réalisation sans surprise.

Obsession – L’amour (terriblement) ouf

Annoncé comme l’une des sensations horrifiques de 2026, Obsession séduit par son atmosphère malaisante, sa mise en scène maîtrisée et l’interprétation impressionnante d’Inde Navarrette, sans être totalement à la hauteur de sa réputation.

Les Cloches des profondeurs (1993) de Werner Herzog : la foi dans tous ses états

Qu’il le fasse en tant que créateur ou d’observateur, Werner Herzog a consacré sa carrière à sa passion pour les êtres vivant aux marges du possible. Visionnaires ou mégalomanes déments, aventuriers ou marginaux, peu importe, le cinéaste les observe avec une curiosité insatiable.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

Plus qu'une fiction sur la vengeance, "L'Affaire Laura Stern" est une immersion sensorielle dans le "cri du silence" des victimes de violences et d'emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.

Les Saisons : L’amour, le rythme et les saisons

"Les Saisons", la série écrite et réalisée par Nicolas Maury, s’éloigne des éclats et des récits sociaux pour épouser le souffle intime d’un trio amoureux. Entre mélancolie poétique et naturalisme doux, elle tente moins de raconter que de saisir le frémissement des sentiments, au rythme d’une lumière vendéenne et d’un temps qui tangue. Une œuvre sensible, qui crée son public en osant la lenteur et la langueur.