Constantine, saison 1: Critique de la série

Un sympathique divertissement mort-né

L’heure est venue pour la guerre faisant rage entre Marvel et DC Comics d’envahir le petit écran, tandis qu’au cinéma, la contre-attaque se prépare tranquillement mais sûrement (La Ligue des Justiciers ne saurait tarder). Mais au milieu des agents du SHIELD alliés à Daredevil contre le tandem Arrow/Flash, un anti-héros tente à nouveau sa chance après un passage entre les mains du réalisateur Francis Lawrence en 2005, à l’époque sous les traits d’un certain Keanu Reeves. Cette fois-ci, c’est Matt Ryan (Criminal Minds) qui endosse l’imperméable et l’humour noir de l’exorciste issu du comics Hellblazer. Malheureusement pour lui, l’aventure n’ira pas plus loin qu’une seule et unique saison, faute d’audiences.

En même temps, la série a littéralement perdu ses téléspectateurs d’entrée de jeu et ce à cause d’un pilote catastrophique au possible. Il s’agit même de l’un des pires lancements de ces dernières années, sans l’ombre d’un doute ! En une quarantaine de minutes, tous les défauts imaginables pointent le bout de leur nez : scénario anarchique, atmosphère pas du tout maîtrisée, mauvais comédiens, montage réalisé au couteau, surdose d’effets numériques totalement loupés… Il est vrai que l’univers de Constantine était plutôt difficile à adapter, notamment à cause de sa violence, de son protagoniste éponyme et de son ton hautement sarcastique. Pour dire, le film de Francis Lawrence n’avait pris aucun risque en se prenant au sérieux à la manière de n’importe quel blockbuster hollywoodien. Mais là, dire que c’est indigeste serait complimenter ce gloubi-boulga sans nom. La faute due à une production qui, jugeant le pilote pas assez fort (surtout en ce qui concernait le personnage de Liv) alors qu’il était déjà en boîte mais ne voulant pas dépenser plus d’argent, a préféré diffuser l’épisode plutôt que le retourner ou tout bonnement le supprimer. Un acte purement financier qui causa sans l’ombre d’un doute la mort du show bien avant que celui-ci ne perdure et ne tente de convaincre par le biais d’autres épisodes. Et c’est bien dommage…

Oui, il est navrant de voir un divertissement au fort potentiel gâché de la sorte ! Car les rares personnes qui ont eu le courage de faire fi de ce lamentable pilote ont pu découvrir une série TV Ô combien différente. Bien loin de l’allure grand guignolesque et foutraque du premier épisode, les autres enquêtes de Constantine se révèlent être plus sobres et maîtrisées. Certes, les scénarii ne volent pas souvent bien hauts, les personnages étant à peine dessinés au profit d’intrigues paranormales manquant d’originalité (The X-Files, Fringe et Warehouse 13 sont déjà passés par là), sans oublier l’apparition forcée de celui de Zed (dont le but est de remplacer au pied levé Liv). Mais l’ensemble est de bien meilleure facture que le pilote : enquêtes véritablement rythmées et captivantes, effets spéciaux utilisés à bon escient, comédiens mieux dirigés, ambiance plus appréciable… tout pour faire de Constantine un divertissement qui sache faire passer le temps et ce de manière honorable. Et ce malgré un défaut inhérent à ce style de série TV : une bien trop longue mise en place de l’ensemble.

Outre le fait de corriger le carnage de ses débuts, le show se devait d’avoir une histoire à raconter afin de rameuter les téléspectateurs qui auront pris leurs jambes à leur cou. Mais comme toute série dite d’enquêtes, Constantine se contente juste de prendre ses personnages et de les balader de mésaventures en mésaventures, ni plus ni moins. Il faudra attendre les épisodes 8 et 9 (sur 13) pour qu’un fil conducteur, une intrigue principale, daigne bien s’installer au milieu de tout cela. Et c’est à partir de là que les différents personnages principaux commencent à prendre de l’ampleur, à devenir attachants et intéressants à suivre. Malheureusement, il est bien trop tard pour que cela fasse son petit effet, étant donné que la saison (et donc la série par la même occasion) prend subitement fin sur un cliffhanger sans résolution. Frustrant, c’est le cas de le dire ! Surtout qu’avec un tel retard, il est difficile de dire si la série aurait pu tenir la distance et, pour le coup, se montrer à la hauteur des attentes via de nouveaux épisodes.

Mort-né dès la diffusion de l’épisode pilote, Constantine aura toutefois su convaincre les curieux qui, encore aujourd’hui, désirent qu’une saison 2 voie le jour. Et vu les qualités de divertissement évidentes qui se dégageaient de la série, leur souhait est tout à fait compréhensible et n’aurait franchement pas fait de mal dans le milieu télévisuel. Mais encore une fois, l’argent tant désiré par les producteurs, qui ont laissé un épisode raté pour éviter de dépenser plus et ont préféré sauver les meubles car ne rapportant pas suffisamment à leur goût, aura eu raison de cet entertainment fort sympathique et finalement sans prétention.

Synopsis : Chasseur de démons et maître de l’occulte, John Constantine est doté d’une incroyable connaissance des arts obscurs et d’une féroce arrogance qui lui permettent d’affronter les forces du Mal. Mais un cuisant échec ayant condamné son âme le pousse à abandonner cette lutte. Il va néanmoins reprendre du service après une série d’événements paranormaux, le faisant traverser le pays afin de renvoyer les créatures surnaturelles d’où elles viennent…

Bande-annonce de Constantine

Fiche technique : Constantine

États-Unis – 2014 à 2015
Création : Daniel Cerone et David S. Goyer
Acteurs principaux : Matt Ryan (John Constantine), Angélica Celaya (Zed Martin), Charles Halford (Chas Chandler), Harold Perrineau (Manny)…
Image : Evans Brown, Scott Kevan et Romeo Tirone
Décors : David Blass et Aaron Osborne
Costumes : Marie-An Ceo et Christine Wada
Montage : Nicholas Erasmus, Nona Khodai, Stewart Schill et Avi Youabian
Musique : Bear McCreary
Genres : Thriller, fantastique
Saisons : 1 – Épisodes : 13
Durée : 42 minutes
Productions : DC Comics et Warner Bros. Television
Distributeur : NBC

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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