Adolescence, la série d’outre-Manche qui suscite un débat de société

Disponible sur la plateforme Netflix depuis le 13 mars, la mini-série Adolescence décortique en 4 épisodes seulement les raisons qui ont poussé un jeune garçon de 13 ans à tuer sa camarade de classe. Influence toxique d’autres camarades ? du rôle patriarcal ? des réseaux sociaux ? ou problèmes de psychopathie ? Ce récit nous plonge avec brio dans les rouages d’un événement dramatique et nous impose, par son aspect réaliste, de réfléchir sur l’impact psychologique des contenus toxiques et misogynes sur les jeunes d’aujourd’hui.

Synopsis : Lorsqu’un ado de 13 ans, Jamie, est accusé d’avoir tué sa camarade, Katie, sa famille, une psychologue clinicienne et l’inspecteur chargé de l’affaire se demandent ce qui s’est vraiment passé.

Un véritable carton subtilement pensé

Adolescence a réuni plus de 66 millions de téléspectateurs en seulement 15 jours. Aucune autre mini-série n’avait jusqu’à présent atteint un tel score en moins de 15 jours d’exploitation.

Alors, pourquoi un tel succès ? Qu’est-ce que vaut cette série ?

Adolescence c’est 4 épisodes d’une heure chacun. Chaque épisode a été tourné en un seul plan séquence et nous immerge : 1/ dans les couloirs du commissariat où le petit Jamie est interrogé, accompagné par son père (joué par le co-créateur de la série et acteur Stephen Graham) ; 2/ dans le collège de Jamie où l’on rencontre ses camarades et corps enseignant ; 3/ lors du rendez-vous de Jamie avec une des psychologues qui a pour mission d’analyser les motivations derrière son acte brutal ; et 4/ dans la maison de Jamie où sa famille souffre des conséquences du meurtre commis.

« L’idée [nous] est venue car depuis une dizaine d’années, nous assistons à une épidémie de crimes au couteau chez les jeunes garçons, dans tout le pays [britannique -ndlr] » nous dit Jack Thorne, co-créateur de la mini-série (qui a également travaillé sur les séries His Dark Materials, Skins, ou encore la franchise Enola Holmes). L’intention était donc de susciter une réflexion sur les défis auxquels les jeunes, en particulier les garçons, peuvent être confrontés. Mais quels sont ces challenges ?

L’influence toxique chez les jeunes : à qui la faute ?

Tout l’enjeu de la série est de savoir pourquoi Jamie, à seulement 13 ans, a sauvagement effectué ce féminicide. Et l’on obtient un début de réponse à la toute fin du 4ème et dernier épisode lorsque Stephen Graham (qui joue le rôle du père) dit en larmes dans la scène finale alors qu’il se trouve dans la chambre de Jamie : « Je suis désolé, j’aurais dû faire mieux. » Les parents de Jamie se posent ainsi la question de leur responsabilité tout au long du dernier épisode.

Néanmoins, la question de la responsabilité est plus complexe que ça. En effet, la série évoque aussi l’influence des sphères masculinistes et misogynes. Le premier épisode explique que Jamie a été influencé par la théorie du 80/20 (80% des femmes ne seraient attirées que par 20% des hommes) et le discours des incels (in-volontary/cel-ibate).

Les incels désignent les internautes (principalement hommes) qui se définissent comme étant incapables à trouver une partenaire amoureuse ou sexuelle. Ces incels se réunissent sur des forums en ligne et diffusent un discours porté par : le ressentiment, la misogynie, la misanthropie, la promotion de la violence contre les femmes/hommes épanouis sur le plan sexuel, et le sentiment que le sexe devrait être un dû et que le refuser à certains hommes est injuste. C’est d’ailleurs ce qui se passa entre Jamie et Katie. Celle-ci le rejeta et refusa de sortir avec lui, et elle en paya le prix de sa vie.

Un autre trait des incels est la victimisation. Ils ne se trouvent pas beaux, pas désirables et ils ont tendance à s’apitoyer sur leur sort. Et cette caractéristique est dévoilée chez Jamie lorsqu’il a son entretien avec la psychologue dans l’épisode 3.

Beaucoup voient dans la radicalisation de Jamie une forte corrélation avec l’endoctrinement des jeunes aux discours masculinistes et mysogines d’Andrew Tate (influenceur masculiniste adulé par de nombreux jeunes hommes qui est aujourd’hui assigné à résidence pour agression sexuelle et trafic d’êtres humains en Roumanie).

La question de la fragilité mentale de ces jeunes se pose donc. D’autant plus qu’avant d’être influencé par ces communautés misogynes et avant de commettre cet effroyable meurtre, Jamie a subi moqueries et cyberharcèlement.

Ainsi, un des objectifs de la série est d’alerter les parents sur les influences extérieures (environnement scolaire, réseaux sociaux, forums en ligne…) qui peuvent bouleverser la vie des jeunes d’aujourd’hui. Mais il est également question d’encourager les parents à renouer contact avec leurs enfants.

Un phénomène de société outre-Manche

Au Royaume-Uni, les crimes à l’arme blanche ont augmenté de 80% depuis 2015. Le Premier ministre, Keir Starmer, a d’ailleurs interdit en Septembre 2024 la détention et la vente de machettes, ainsi que des couteaux dits « zombie » (couteaux à double tranchant avec une lame incurvée).

En outre, la Grande-Bretagne a voté en 2023 une loi sur la sécurité numérique et renforcé ses obligations sur les plateformes sociales.

Par conséquent, les différents thèmes (violence, dérives des réseaux sociaux, influence toxique d’internet, masculinisme) abordés dans la série, sont des sujets qui font écho au public anglais.

Suite à ce contexte sous tension, Starmer a pris la décision historique ce mardi 1er avril de diffuser Adolescence gratuitement dans tous les collèges et lycées du pays, afin que le plus grand nombre possible d’adolescents puisse « mieux comprendre l’impact de la misogynie, les dangers de la radicalisation en ligne et l’importance de relations saines ».

Le travail doit donc être fait à la fois par les parents à la maison et par le corps enseignant à l’école.

Toutefois, Maria Neophytou, directrice de l’association de protection de l’enfance NSPCC insiste sur le fait qu’il n’est pas possible d’attendre des professeurs et des parents qu’ils fassent tout le travail. Selon elle, les entreprises de la tech ont aussi leur part de responsabilité et doivent s’assurer que leurs plateformes et sites internet soient des espaces sûrs pour les jeunes utilisateurs.

En conclusion, Adolescence est un succès. Jack Thorne a expliqué que la série avait été conçue pour susciter le débat et qu’il souhaitait qu’elle soit diffusée au Parlement. Le challenge est donc réussi : Adolescence a soulevé pleins de questions et une décision gouvernementale a même été prise sur le sujet au Royaume-Uni.

Adolescence – Bande-annonce

Adolescence – Fiche technique

  • Réalisation : Philip Barantini
  • Scénario : Stephen Graham et Jack Thorne
  • Distribution : Stephen Graham (Eddie Miller), Owen Cooper (Jamie Miller), Ashley Walters (Detective Bascombe), Faye Marsay (Misha Frank), Christine Tremarco (Manda Miller), Jo Hartley (Madame Fenumore), Amélie Pease (Lisa Miller), Erin Doherty (Briony Ariston), Mark Stanley (Paul Barlow), Hannah Walters (Mrs Bailey), Fatima Bojang (Jade), Austin Haynes (Fredo)
  • Musique : Aaron May et David Ridley
  • Direction artistique : Jordan McHale et Ian Tomlinson
  • Décors : Adam Tomlinson
  • Costumes : Jessica Schofield
  • Photographie : Matthew Lewis
  • Casting : Shaheen Baig
  • Production : Jo Johnson
  • Production déléguée : Philip Barantini, Emily Feller, Dede Gardner, Stephen Graham, Mark Herbert, Jeremy Kleiner, Brad Pitt, Jack Thorne, Hannah Walters et Nina Wolarsky
  • Sociétés de production : It’s All Made Up, Matriarch Productions, One Shoe Films, Plan B Entertainment, Warp Films
  • Société de distribution : Netflix
  • Pays de production : Royaume-Uni
  • Langue originale : Anglais
  • Format : Couleur — 16/9
  • Genre : Drame, Policier, Thriller
  • Durée : 51 à 65 minutes
  • Date de sortie : 13 mars 2025 (sur Netflix)


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