Cinquante nuances de Grey, un film de Sam Taylor : Critique

La fessée made in Grey

50 nuances de Grey réalisé par Sam Taylor-Johnson est l’adaptation d’un livre du même nom, écrit par E.L James. Ce film romantique sortit à l’occasion de la saint-Valentin pour le plus grand bonheur des amoureux. Notamment grâce à de nombreuses scènes érotiques qui donneront à certains, des idées afin de pimenter une vie sexuelle en recherche d’imagination.

Le sexe est l’accomplissement d’une romance ; sans cet acte, il ne peut y avoir de lien concret entre deux individus. Le film modernise la romance par le biais d’une étudiante prénommée Anastasia (Ana) ; elle est belle, timide ; mais semble recroquevillée dernière sa frange et ses nombreux livres d’étude. Sa rencontre avec le riche et séduisant homme d’affaire Christian Grey va engendrer une métamorphose à la fois mentale et physique. Ses tenues que l’on peut traduire de « sac à patate » seront très vite remplacées par des tailleurs et robes qui mettront en avant la courbure de ses formes. Grey est celui qui façonnera son apparence physique, pour son plus grand plaisir, et le notre. Cet homme d’affaire parvient d’emblée à intimider et séduire la jeune femme ; sans surprises, il réussit à la mettre dans son lit. Cette jeune fille devenue femme, croit en cet amour naissant. Grey est prêt à se servir de cet amour, afin d’assouvir ses moindres désirs sexuels.

Elle accepte d’être attachée, ligotée, bâillonnée ; mais tout cela ne va pas être suffisant pour Christian Grey. Il est enclin à certaines pratiques sexuelles qui viennent mettre le corps de sa soumise à rude épreuve. Le personnage d’Ana détermine par écrit les limites à ne pas franchir ; l’actrice Dakota Johnson consent à dévoiler son corps devant le grand écran. Lors du premier acte sexuel, le corps de cette femme nous est crûment montré. Est-ce un film tout public ou exclusivement pour adultes ?

La caméra inspecte au plus près le corps frissonnant de la jeune femme. Des cuisses frémissent à l’instant où elles sont dévoilées, un pied se crispe au moment où l’acte sexuel se fait. S.T Johnson parvient à réaliser un film érotique sans que la romance soit mise de côté ; notamment grâce à la musique qui joue le rôle de pont entre l’amour et la démesure. Le titre Earned It (The Weeknd) parvient à créer un juste milieu entre les deux pôles ; une instrumentation que l’on retrouve dans de nombreuses musiques de cabaret se glisse sous une voix masculine harmonieuse et languissante.  Le seul bémol quant aux choix de musiques préexistantes est la voix d’Ellie Goulding (titre : « Love me like you do »), qui n’apporte que de la niaiserie à cette romance pervertie.

La perversion de Christian est assouvie par le biais d’Ana dans une pièce spécifique, une salle de jeu qui présente divers ustensiles sadomasochistes. Des crochets, des sangles et cravaches ornent les murs ; un lit, un canapé et le plafond sont représentés comme des parcs à thèmes. Un univers entre une salle de jeu pour enfant et la chambre froide d’une boucherie. C’est fascinant et dérangeant à la fois ; Ana semble toutefois emportée par cette fantaisie. Elle va par la suite accepter de se prendre au jeu en se laissant menotter, puis suspendre en l’air. Le film parvient à traduire les sentiments des personnages ; notamment grâce à leurs gestes apparents, soulignés par de nombreux gros plans sur les mains de l’homme, ainsi que sur les lèvres de la femme. L’un convoite un corps désirable tandis que l’autre tend à briser une carapace forgée depuis l’enfance. Son enfance se traduit à la fois par les morceaux joués derrière son triste piano noir, mais également par l’absence de vie dans son appartement sobre, vide et spacieux. Un espace qui matérialise la vie d’un homme seul et sans attaches.

Sam Taylor-Johnson choisit Jamie Dorman pour interpréter le rôle complexe de Grey et Dakota Johnson pour le rôle d’Anastasia. Un choix fortement contesté par de nombreux fans du livre d’E.L James ; en cause, le jeu jugé absent de l’actrice Dakota Johnson. Il faut toutefois noter que l’interprétation du rôle féminin est objet à de nombreuses contraintes ; notamment dans les scènes érotiques où le corps de l’actrice est exposé entièrement nu devant les caméras. Le jeu des acteurs doit avant tout, être perçu comme une performance au sein de la narration. Beaucoup de points sont éludés par Christian Grey ; concernant ses blessures passées et ce qui a fait de lui un homme riche et puissant. On peut noter jusqu’à lors, une mise en intrigue qui tient en haleine son spectateur. Le film défie les codes récurrents de la romance classique, car l’amour est uniquement présent dans l’esprit d’Ana. Christian et Ana parviennent-ils à stabiliser leur relation tumultueuse ? C’est à vous de le découvrir.

Synopsis : L’histoire d’une romance passionnelle, et sexuelle, entre un jeune homme riche amateur de femmes, et une étudiante vierge de 22 ans.

Cinquante nuances de Grey – Fiche Technique

Titre originale : Fifty Shades of Grey
États-Unis – 2015
Réalisation: Sam Taylor-Wood
Scénario: Kelly Marcel d’après: Fifty Shades of Grey de: E.L. James
Interprétation: Dakota Johnson (Anastasia Steele), Jamie Dornan (Christian Grey), Marcia Gay Harden (Grace Grey), Eloise Mumford (Kate), Max Martini (Taylor)…
Genre : Romance, Drame, Erotique
Image: Seamus McGarvey
Décor: David Wasco
Costume: Mark Bridges
Son: Mark Noda
Montage: Debra Neil-Fisher, Anne V. Coates, Lisa Gunning
Musique: Danny Elfman
Producteur: Michael De Luca, E.L. James, Dana Brunetti
Distributeur: Universal PIctures International France
Récompenses : Razzies 2016 du pire film, du pire acteur, de la pire actrice et du pire couple
Date de sortie: 11 février 2015
Durée: 2h05

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