Bloody Sunday #9 – Mais… qu’avez vous fait à Solange ? de Massimo Dallamano

Quand on dit Italie, on pense évidemment à la pizza ou à la finale de la coupe du monde 2006, mais parmi ce que l’Italie a fait de mieux, il y a le giallo. Cet alliage de polar et d’érotisme qui aura fait la gloire de Dario Argento ou Mario Bava regorge de pépites un peu trop méconnues. L’occasion donc pour ce neuvième Bloody Sunday de mettre sous les projecteurs un film de l’oublié Massimo Dallamano, Mais…qu’avez vous fait à Solange ?

Genre typiquement transalpin, le giallo a fait les heures de gloires de toute l’industrie du cinéma bis italien des années 60 à la fin des années 80. Lancé par Mario Bava au travers d’œuvres comme La Fille qui en savait trop ou 6 femmes pour l’assassin, il obtient ses lettres de noblesses grâce au maestro Dario Argento qui va faire passer plusieurs giallos à la postérité comme c’est le cas notamment du cultissime Profondo Rosso. Nombreux sont cependant les artisans de la série B italienne à s’être fait la main sur des giallos en surfant la plupart du temps sur certaines œuvres totémiques. En témoigne l’avalanche de film au nom animalier faisant suite à la trilogie originelle de Dario Argento parmi lesquels on peut citer La Queue du Scorpion de Sergio Martino ou encore La Tarentule au ventre noir de Paolo Cavara. Si beaucoup resteront dans la confidence de quelques aficionados du genre toujours à la recherche de la pellicule rare, certains auront su tirer leur épingle du jeu en offrant des films ambitieux, alliant les codes du giallo à d’autres pour essayer de se dégager de la masse. On peut citer la trilogie du vice signée Sergio Martino mettant en vedette Edwige Fenech et explorant la sexualité de son héroïne ou encore Qui l’a vue mourir ? de Aldo Lado où l’enquête devient au fur et à mesure une quête introspective. Parmi ces noms ne jouissant pas de l’aura d’un Argento, d’un Fulci ou d’un Bava se situe Massimo Dallamano, l’auteur de l’étrange Mais…qu’avez vous fait à Solange ?

La première chose qui frappe quand on regarde Mais…qu’avez vous fait à Solange ? c’est la façon dont il adopte précisément le cahier des charges du giallo. Genre codifié à l’extrême, le giallo désigne un polar où l’érotisme et le fétichisme occupent une place primordiale. Son nom renvoie à la couleur des livres policiers en Italie, à savoir le jaune. La plupart des giallos consistent donc en des whodunit où un tueur souvent ganté de cuir et agissant à l’arme blanche s’en prend à des jeunes femmes. Une grande majorité fait preuve d’un héritage hitchockien en ce qui concerne les personnages, notamment au travers du fameux témoin accusé à tort cherchant à s’innocenter en trouvant la clé du mystère. De la même façon, la mise en scène des giallos réutilise souvent des motifs similaires avec une importance de certaines parties du corps humain. Les deux plus importantes sont les yeux et les mains. Les premiers agissent comme vecteur du voyeurisme prégnant à la plupart des giallos ou jouant un rôle important dans la résolution finale où un détail observé par le témoin devient plus clair au fur et à mesure de l’avancée du film (comme c’est le cas dans Profondo Rosso). Les deuxièmes sont la plupart du temps les seuls membres que l’on distingue du tueur, et sont le plus souvent fétichisés à l’aide de gants de cuir ou de meurtres à coups de couteaux ou de strangulation. Là aussi, l’arme blanche fait partie intégrante de la grammaire du giallo, notamment dans son approche sexuelle, la lame ayant une forte connotation phallique. En terme de procédés stylistiques, la vue à la première personne est  un passage quasiment obligé pour chaque giallo, nous permettant de nous mettre à la place du tueur. On peut également citer des structures en flashbacks, les fameux zooms inhérents au cinéma bis des années 70, ainsi qu’un soin particulier apporté à l’esthétique.

De cette façon, Mais…qu’avez vous fait à Solange ? va réutiliser tous ces codes, quitte à en pousser certains à un paroxysme encore jamais vu. Le film démarre de façon assez classique et utilise le schéma du témoin qui observe des bribes d’images, ayant du mal à distinguer si il s’agit d’un meurtre ou de quelque chose d’autre. Le personnage d’Elizabeth alors qu’elle passe du bon temps avec son professeur Enrico Rosseni incarné par Fabio Testi croit voir une femme pourchassée, puis un couteau. Deux images qui vont la hanter alors que son amant lui assure qu’elle a rêvé. Lorsque ce dernier entend à la radio la découverte d’un cadavre sur les bords de la Tamise, il n’a plus d’autres choix que de croire son élève. Une série de meurtres va alors toucher les élèves de cette école catholique et Enrico va essayer de trouver le fin mot de l’histoire, d’autant plus qu’il est dans le collimateur de la police dû à sa présence sur les lieux du crime au cours de son adultère. Alors que les images reviennent à Elizabeth au cours de cauchemars, cette dernière arrive à se souvenir d’un détail concernant l’identité du tueur, à savoir le fait qu’il porte une robe de prêtre noire. Détail qui coûtera la vie à la jeune fille dans une séquence de meurtre impressionnante en vue subjective où elle se fait noyer dans sa baignoire. Le procédé utilisé par le tueur pour les autres assassinats reprend d’ailleurs l’aspect phallique de l’arme blanche, en le poussant à l’extrême. En effet chaque victime est retrouvée avec un couteau enfoncé dans le vagin. Des meurtres sordides agissant comme un châtiment envers les mœurs des jeunes filles renforcé par la tenue symbolique du tueur offrant une absolution des péchés définitive.

C’est donc au travers de ces approches frontales des codes du giallo que Mais…qu’avez vous fait à Solange ? marque les esprits, sachant constamment garder l’attention du spectateur à l’aide de nouveaux éléments dans l’enquête relançant la machine. Le film offre une certaine originalité en se plaçant également dans un environnement londonien lui conférant un charme certain. Mais là où le film frappe fort, c’est dans une thématique particulière qu’il aborde en toute fin et qui s’avère être le nœud de l’histoire. Une approche culottée pour l’époque, qui sans spoiler, donne lieu à un dénouement des plus frappants et agit comme un miroir avec les meurtres ponctuant le film. Comme tout giallo qui se respecte, Mais…qu’avez vous fait à Solange ? doit également sa réussite à une belle partition signé par le grand Ennio Morricone, grand pourvoyeur de BO du cinéma bis italien. Avec ce film Massimo Dallamano rivalise avec les grands noms du genre, et même s’il ne dispose pas des envolées lyriques d’un Profondo Rosso ou de l’esthétisme raffiné d’un Six Femmes pour l’Assassin, il se permet de remuer le spectateur à de nombreuses reprises. Il aura même su marquer un certain Nicolas Winding Refn qui a eu un temps comme projet de produire un remake du film.

Mais…qu’avez vous fait à Solange ? – Bande Annonce

Mais…qu’avez vous fait à Solange ? – Fiche Technique

Réalisation : Massimo Dallamano
Scénario : Bruno Di Germino et Massimo Dallamano
Interprétation : Fabio Testi, Cristina Galbo, Karin Baal, Joachim Fuchsberger
Musique : Ennio Morricone
Monteur  : Antonio Siciliano
Production : Leo Pescarolo, Fulvio Lucisano, Horsdt Wendlandt
Genre : Giallo
Durée : 107 minutes
Date de sortie : 9 mars 1972

Italie – 1972

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