L’assassin habite au 21 : whodunit, ou kikafé ?

Il y a des films qui marquent, et ceux même s’ils ne sont pas parfaits. Des films de chevets que l’on apprécie revoir pour leur ambiance, leur humour… en fait pour l’expérience qu’ils proposent lors de leur visionnage. L’assassin habite au 21 fait partie de ces films pour moi. J’avoue que je ne pensais pas rire autant devant un film des années 1940, ni que j’allais le préférer aux autres films de Clouzot, et pourtant ce fut le cas.

Synopsis : un tueur sévit dans Paris. La police se trouve dans l’impasse, n’ayant que les cartes de visite de ce dernier comme élément d’enquête. Elles permettent tout de même de connaître son nom : M. Durand. Le commissaire Wens se voit alors chargé de l’affaire et apprend rapidement que les cartes de visite proviennent en réalité de la pension des Mimosas, située au 21 avenue Junot.

Aucun spoil n’est présent dans cette critique.

L’art de l’écriture

L’assassin habite au 21 est l’un de mes films de cœur, une pépite d’1h20 qui associe un humour caustique à une galerie de personnages originaux et bien interprétés. Néanmoins, lorsque l’on pense à l’œuvre d’Henri-Georges Clouzot, ce sont plutôt des films plus ambitieux et plus sombres (et même meilleurs selon moi) qui ressortent : Les Diaboliques, Le Salaire de la peur ou encore Le Corbeau. Nous sommes donc ici sur un film « mineur » du cinéaste, tant il se retrouve écrasé par tous les chefs-d ’œuvre du père Henri-Georges.

Il n’empêche que j’aime ce film, sa simplicité, son ambiance. Je trouve que c’est justement cela qui fait que je l’aime autant ; le film paraît une parenthèse mêlant affaire policière et légèreté par rapport à ce à quoi Clouzot nous habituera par la suite. Il est vrai que le fait qu’il s’agisse de son premier long-métrage peut jouer dans le choix simple mais efficace d’un huis-clos reposant sur l’écriture de ses personnages et surtout de leurs dialogues. Et puis que dire de ces personnages, aussi amusants que semblant coupés du monde dans leur petite pension de famille.

Le style Clouzot

Et pourtant, malgré le portrait angélique que j’en dépeins, il se dégage déjà une noirceur de ce film, typique de Clouzot. Moins épaisse, j’en conviens, que par exemple dans son Le Corbeau sorti un an plus tard en 1943 (qui lui vaudra d’ailleurs des problèmes avec les communistes du fait d’une production en partie allemande) où le pessimisme et la misanthropie sabrent le champagne. Dans L’assassin habite au 21, tout n’est que façade à laquelle s’ajoute la conclusion prenant le spectateur de court.

Même si le film n’est finalement pas original, ressemblant à d’autres adaptations de romans policiers, son propos reste intéressant, en  se moquant par exemple de l’administration policière qui délègue sans cesse dans une organisation désastreuse, s’expliquant par le contexte d’occupation. L’Occupation d’ailleurs n’est ici, comme dans Le Corbeau, pas directement représentée à l’écran. La réalisation est impeccable et souligne aussi bien le comique que la noirceur du récit.

En bref, Clouzot impose déjà sa patte de patron sur le cinéma policier français, en offrant une comédie à deux facettes qui marche.

Bande-annonce :

Fiche technique :

Genres : whodunit, comédie

Réalisation : Henri-Georges Clouzot
Scénario : Henri-Georges Clouzot, Stanislas-André Steeman
Distribution : Pierre Fresnay, Suzy Delair, Jean Tissier, Pierre Larquey, Noël Roquevert
Durée : 84 minutes
Pays d’origine : France
Année de sortie : 1942

Note des lecteurs0 Note

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.

The Social Reckoning : la data du jugement

Aaron Sorkin repasse derrière la caméra pour raconter les "Facebook Files", la lanceuse d'alerte Frances Haugen et un Mark Zuckerberg glaçant joué par Jeremy Strong. Un film-dossier dynamique et limpide, à la mise en scène sage, qui interroge notre rapport aux réseaux sociaux et à la vérité.

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.