Tropic : un drame fraternel intense

Bien que la science-fiction soit mise en avant dans Tropic, sachez qu’il n’est clairement pas prédominant dans le long-métrage d’Edouard Salier. En réalité, il s’agit ni plus ni moins qu’un prétexte scénaristique, certes maladroit, qui permet à l’ensemble de se présenter à nous comme un intense drame fraternel.

Synopsis de Tropic : Lázaro et Tristán, jumeaux, font partie d’un programme militaire qui vise à former les meilleurs astronautes de demain. Leur mère a tout sacrifié pour les porter vers cet objectif. Mais leur rêve se brise et la cellule familiale explose lorsque Tristán est contaminé par un résidu toxique qui le transforme physiquement et mentalement…

Alors que la période estivale bat actuellement son plein et que tous les regards sont tournés vers les blockbusters hollywoodiens (notamment Barbie et Oppenheimer, étant donné leur succès au box-office mondial), certains projets indépendants tentent de coexister. Tant bien que mal, vu que la plupart d’entre eux passent littéralement inaperçus aux yeux du grand public. Et si l’entrée en matière de cette critique peut paraître redondante au fil des étés, il est toujours bon de rappeler que des titres méritent amplement toute notre attention, contrairement à des projets fadasses et mercantiles. Surtout quand il est question d’un film français voulant sortir des sentiers battus en flirtant avec un genre cinématographique peu traité dans nos contrées – en l’occurrence la science-fiction. C’est donc avec entrain qu’en ce début d’août, nous ne pouvons que vous conseiller Tropic. Un long-métrage réalisé avec soin et passion qui sait tirer son épingle du jeu, sans pour autant prendre le spectateur pour un jambon.

Cela se ressent amplement dès les premières secondes. Et pour cause, en ouvrant son film en pleine séance d’apnée dans une piscine, le cinéaste Edouard Salier parvient à installer une ambiance aussitôt envoûtante. Avec une caméra se laissant aller dans une eau stagnante, captant des personnages inertes, dans un silence abyssal juste coupé par l’excellente bande-originale signée SebastiAn – dont l’aspect électronique rappelle le cinéma de genre bis des années 80. En somme, il aura seulement fallu d’un simple plan, d’une simple scène pour que le réalisateur captive notre attention. Et ce, sans jamais la perdre par la suite ! Bien évidemment, de par la maîtrise de son atmosphère si spécifique, mais surtout par le traitement que Salier réserve à ses personnages principaux tout au long de son récit. Des jumeaux que beaucoup de choses semblent opposer – l’ambition, les compétences aussi bien physiques qu’intellectuelles… – mais dont la relation se révèle être diablement solide, jusqu’au jour où cet équilibre va se retrouver chamboulé lorsque l’un des frères commence à se transformer suite au contact d’une mystérieuse substance venue du ciel. Cet événement pousse donc les deux frères à revoir leurs liens et à s’adapter en conséquence. Il doivent réapprendre à vivre ensemble, à s’apprivoiser et à s’accepter comme tel, car si Tropic flirte avec la série B de science-fiction – comme le laisse prétendre son synopsis – il se présente à nous tel un drame fraternel ô combien intense.

Servi par des interprètes investis et une écriture de personnages juste, le long-métrage nous plonge dans une relation pour le moins complexe et humaine. L’intrigue prend littéralement le temps de brosser le portrait de ses protagonistes, afin que nous puissions mettre leurs forces et fêlures sous le feu des projecteurs. Nous nous attachons ainsi à eux, de même qu’à leur destin respectif qui nous touche en plein cœur. Sans oublier qu’en plaçant son récit au sein même d’un programme spatial, Edouard Salier ajoute bon nombre de thématiques venant enrichir le tout. Notamment celle du dépassement de soi – avec ces jeunes devant aller au-delà de leurs limites pour être les « meilleurs » – ou encore de la mère sacrifiant sa vie pour le bien être de ses enfants, afin qu’ils atteignent leur rêve. Tropic, présentant un personnage physiquement handicapé, se permet même de nous adresser un message de tolérance en présentant un groupe de parias en inéquation avec toute notion de perfection – que ce soit par leurs différences et par leurs états d’esprit. Des personnages qui, derrière l’aspect glacial et sévère de l’entraînement spatial, offrent au film une parenthèse simple, naïve et emplie d’humanité. Vous l’aurez compris, Tropic se révèle être un drame savamment écrit, faisant preuve d’une justesse et d’une complexité tout bonnement réussies.

Le seul souci que nous pourrions pointer du doigt, c’est l’aspect même de la science-fiction usée par le long-métrage. Si nous sentons l’envie du réalisateur d’aborder le genre en proposant un élément déclencheur venu d’ailleurs, sa légitimité peut laisser perplexe. Non pas que le manque d’informations concernant ladite substance soit un défaut. Au contraire, cela instaure un mystère rehaussant l’atmosphère de l’ensemble. Mais mis à part déclencher la douloureuse métamorphose d’un des jumeaux – mise en image par un somptueux maquillage, soit dit en passant – il n’en sera plus du tout question pour le reste de film. Comme s’il s’agissait d’un simple prétexte pour expliquer qu’un personnage se retrouve affecté au plus profond de sa chair, alors qu’il existe bon nombre de causes beaucoup crédibles, tel un terrible accident de voiture ou un incident qui se serait produit durant l’entraînement. De ce fait, en choisissant cet élément scénaristique, Tropic se permet une artificialité qu’il aurait pu éviter et qui s’éloigne de la sincérité si caractéristique de l’intrigue.

Mais qu’à cela ne tienne, cela n’impacte en rien le plaisir de cinéma que vous ressentirez en vous lançant dans le visionnage de Tropic. En voulant mettre en scène un film avec ambition et passion, Edouard Salier a su livrer un drame rimant avec intensité et humanité tout en lui offrant une véritable identité artistique, une véritable personnalité. Et rien que pour cela, Tropic mérite d’avoir un minimum de reconnaissance de notre part, contrairement au blockbusteur aussi insipide qu’ennuyeux qu’est En eaux (très) troubles, sorti le même jour.

Tropic – Bande-annonce

Tropic – Fiche technique

Réalisation : Edouard Salier
Scénario : Maurisco Carrasco
Interprétation : Pablo Cobo (Làzaro Guerrero), Louis Peres (Tristán Gerrero), Marta Nieto (Mayra Guerrero), Marvin Dubart (Louis Delaporte), Alane Delhaye (Oscar), Victor Robert (Charles), Fanta Kebe (Leela), Isis Guillaume (Chloé)…
Photographie : Mathieu Plainfossé
Décors : Pascal Le Guellec
Costumes : Elise Bouquet et Marlène Serour
Montage : Julien Perrin
Musique : SebastiAn
Producteurs : Jean-Michel Rey et Ninon Chapuis
Maisons de Production : Rézo Productions, Digital District, Pictanovo et BNP Paribas
Distribution (France) : Rézo Films
Durée : 115 min.
Genres : Drame, science-fiction
Date de sortie :  02 août 2023
France – 2022

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3

Festival

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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