The Bay, de Barry Levinson : Critique

The Bay : Invasion d’isopodes et scandale politico-sanitaire

Synopsis : Baie de Chesapeake dans le Maryland, 4 juillet 2012, jour de la fête nationale. Une journaliste débutante revient avec des documents inédits sur les événements passés 3 ans plus tôt, où elle fut le témoin d’une contagion par un parasite non identifié qui contamina le lac et provoqua en quelques heures des centaines de morts … Interdit aux moins de 12 ans

Barry Levinson, réalisateur de plusieurs chefs d’œuvre dans les années 80-90 [i] , effectue un come-back aussi inattendu qu’improbable avec un film-documentaire fantastique à micro-budget, filmé en 18 jours, présenté en septembre 2012 au Festival international du film de Toronto et produit par Jason Blum et Oren Péli [ii]. : le récit d’une panique générale suite à une épidémie mortelle causée par un parasite toxique.

A l’instar du Projet Blair Witch (1999) pionnier en la matière, le réalisateur américain choisit la technique du found footage [iii] pour donner à son récit une plus grande crédibilité. Par ailleurs, il fait le choix astucieux à travers une mosaïque de portraits, de présenter différents intervenants, dont celui d’une jeune journaliste, incarnée par Kristen Connolly [iv], d’océanographes, ou d’analystes du Centre de contrôle des maladies, et d’utiliser habilement les médias contemporains pour rendre compte du développement et de la propagation de l’épidémie. Ainsi Levinson exploite tout le panel des armes de communication virale contemporaines, pas moins de 21 supports médias différents (radio, podcasts, réseaux sociaux Facebook, Twitter, YouTube, GPS, e-mails, blogs, Skype, Wikipédia, webcams, télésurveillance, smartphones, appareils photos, produits Apple …), et montre avec ingéniosité à quel point toute cette technologie de pointe ne permet nullement d’enrayer la pandémie.

The Bay impressionne, tant par sa maîtrise des mécanismes de la peur que par son propos écologico-réaliste. Aux yeux du spectateur, la distinction entre réalité et fiction est rapidement brouillée. A partir d’une base plutôt classique de la théorie du complot, Barry Levinson élabore le scénario malin d’une enquête scientifiquement très convaincante, qui présente tour à tour les intervenants d’une catastrophe survenue et montre l’engrenage implacable qui conduit au désastre sanitaire. L’irresponsabilité du gouvernement et son silence face aux risques écologiques, ainsi que le retard des autorités sanitaires dans la prise en charge de la contamination accentue la psychose collective au fil de ce drame. Levinson pose un regard d’une grande acuité sur la batterie de poulets que nous sommes, gavés de nos rêves de bien-être consumériste et de nos déjections qui finiront par avoir notre peau.

L’effet « reportage » nous plonge dans la réalité du sujet, et du coup le spectateur se fait surprendre mais aussi s’inquiète. Quelques frissons garantis lors de certaines séquences : une ville jonchée de cadavres, un peu d’hémoglobine, des éruptions cutanées ou autres pustules peu ragoutants, des langues arrachées, des insectes écœurants ou autres isopodes rampants rongeant littéralement les corps humains, le suicide comme unique alternative …

The Bay une fiction fantastique efficace, à l’ambiance sinistre et anxiogène. Un film-documentaire épuré, vraiment flippant et au caractère écologique et prophétique, que ne dénigreraient pas David Cronenberg ou Guillermo del Toro. Bonne baignade !

Teaser du film The Bay de Barry Levison


[i] Barry Levinson est un réalisateur, acteur, scénariste et producteur américain. Dans les années 80-90, il fut l’auteur à succès de Diner (1982), Le secret de la pyramide (1985), Good Morning, Vietnam (1987), Rain Man (1988), Sleepers (1996), Des hommes d’influence (1997), Sphere (un peu sous-estimé, 1998) ou encore Liberty Heights (1999). Un peu en marge du monde hollywoodien, après l’échec de Bandits (2001), il revient en 2012 avec le téléfilm You don’t know Jack. Ce vétéran du cinéma était peu attendu dans l’essai cinématographique du found footage.

Jason Blum et Oren Péli sont des spécialistes des films rentables à petit budget. Ils sont les producteurs de la saga Paranormal Activity, Insidious (2011), Sinister (2012), et Dark Skies (2013).

[iii] Souvent décrié, le found footage désigne la récupération de pellicules impressionnées dans le but d’enregistrer un autre film. Le procédé accroît la crédibilité de ce qui pourrait être un vrai documentaire. Cette mode fut initiée par le Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato (1980), puis par Le projet Blair Witch (1999), REC (2007) ou de Cloverfield (2008).

Kristen Connolly fut révélée dans le film d’horreur La Cabane dans les bois de Drew Goddard (2012).

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