Spirale : L’Héritage de Saw, de Darren Lynn Bousman : est-ce bien nécessaire ?

Réalisé par Darren Lynn Bousman, qui avait déjà signé plusieurs films de la saga Saw, Spirale : L’Héritage de Saw se veut un spin-off mais ne fait que répéter les pires échecs de la série. Rien, ici, ne donne envie de continuer sur la voie d’une saga qui aurait dû s’arrêter il y a bien longtemps.

Au final, ce film se résume à une succession de mauvais choix.
Pour commencer, on peut se demander à quoi sert de ressusciter la franchise Saw, qui a déjà connu beaucoup trop de péripéties. Certes, sur un plan financier, c’est parfaitement explicable : le film ne doit pas coûter très cher à produire et doit être vite rentabilisé. Mais sur un plan purement artistique ou d’un point de vue diégétique, ce énième film de la franchise n’apporte strictement rien qui n’ait déjà été vu des dizaines de fois auparavant. Sauf qu’ici, c’est beaucoup moins bien : moins bien parce qu’il n’y a plus de surprise, moins bien parce que c’est mal écrit, mal filmé, mal interprété, moins bien surtout parce que c’est totalement gratuit.
Spirale : L’Héritage de Saw se construit donc comme un polar entrecoupé de trois ou quatre scènes pseudo-gores. L’enquête tourne autour d’un bonhomme qui tue des flics ripoux en suivant l’exemple de John Kramer, dit Jigsaw (qui, dans la saga, était interprété par Tobin Bell, dont le charisme et le talent manquent beaucoup ici). Dès la scène d’ouverture, nous assistons à un de ces meurtres. On se retrouve dans une configuration que les spectateurs de la saga connaissent bien : un personnage qui a quelque chose à expier, et qui se retrouve coincé dans une machinerie complexe ; enfin, une vidéo qui explique à cette victime qu’elle a le choix entre se mutiler douloureusement ou mourir ignominieusement. Sauf qu’en plantant cela comme première scène du film, le cinéaste ne nous explique pas en quoi la victime est fautive et cela augmente d’autant plus l’impression d’assister à un spectacle purement gratuit et complaisant : comme dans une bonne partie des films de la saga, cette Spirale se révèle être un étalage d’hémoglobine et de corps mutilés vaguement réunis par un semblant d’histoire qui tient à peine debout. On comprend bien que, pour le cinéaste, ces scènes gores présentent tout l’intérêt du film, mais justement cet intérêt s’effondre par manque d’enjeux narratifs.
Car que raconte Spirale ? On a droit au flic solitaire abandonné par ses collègues car lui seul est net quand tous les autres sont pourris. Partant de là, le scénario aurait très bien pu jouer sur un dilemme moral : attraper un tueur, c’est sauver des flics ripoux, eux-mêmes bien souvent meurtriers. Mais jamais le film n’effleure cette piste, ce qui rend encore plus artificielle la position d’isolement du personnage principal. De plus, ce “héros” est désigné par le scénario comme un personnage intègre, honnête et juste, alors qu’il n’hésite pas à torturer un témoin pour lui soutirer des informations…
La crédibilité du protagoniste est encore plus ruinée par son interprète. S’il fallait citer un exemple absolu, un exemple parfait d’erreur de casting, il serait là, dans la présence ici d’un Chris Rock qui n’est jamais crédible le moindre instant. Il faut préciser que les autres interprètes ne brillent pas par leur génie, mais en comparaison, ils paraissent d’une incroyable justesse. Jamais Chris Rock ne semble être à sa place ici, et il se contente, tout au long du film, de faire une tête ahurie en mode “je n’en crois pas mes yeux”.
Quant à la réalisation… Même si Darren Lynn Bousman peut paraître comme le choix d’un relatif “retour aux sources” de la saga dont il a déjà réalisé trois épisodes (en l’occurrence les épisodes 2, 3 et 4), on est bien forcé de constater la totale incompétence de ce réalisateur incapable d’installer la moindre ambiance un tantinet morbide. En gros, Bousman se contente de réaliser un film entièrement en couleurs sombres, pensant sans doute que les ombres permanentes et quelques décors crasseux suffiraient à créer du malaise. Au lieu de cela, ce que ressent le spectateur, c’est plutôt de la gêne face à ce mélange d’incompétence et de mauvais choix.

Spirale : L’Héritage de Saw : bande annonce

Spirale : L’Héritage de Saw : fiche technique

Titre original : Spiral : from the Book of Saw
Réalisateur : Darren Lynn Bousman
Scénario : Josh Stolberg, Peter Goldfinger
Interprètes : Chris Rock (Detective Zeke Banks), Max Minghella (Detective William Schenk), Samuel L. Jackson (Marcus Banks), Marisol Nichols (Capitaine Angie Garza)
Photographie : Jordan Oram
Montage : Dev Singh
Musique : Charlie Clouser
Production : Oren Koules, Mark Burg
Société de production : Lionsgate, Twisted Pictures, Serendipity Productions, Dahlstar, Canadian Film or Video Production
Société de distribution : Metropolitan Filmexport
Genre : horreur, thriller
Durée : 94 minutes
Date de sortie en France : 

Etats-Unis – 2021

Note des lecteurs0 Note
1

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Kwaïdan (1964) de Masaki Kobayashi : le temps suspendu des spectres

Si sa durée et son rythme peuvent représenter une épreuve exigeante pour le public d’aujourd’hui, "Kwaïdan" n’a en revanche rien perdu de sa poésie et de son enchantement des sens. Une œuvre inclassable et envoûtante.

C’est un navet ? C’est un étron ? Non, c’est Supergirl !

Pourtant rompu aux films mettant en scène des outsiders et des femmes fortes, Craig Gillespie rate complètement le coche avec son "Supergirl" qui n'arrive jamais à n'être plus qu'un banal épisode "filler" laid et inconséquent dans un univers étendu DC pourtant en pleine croissance. Désespérant.

On l’appelait Robin des Bois : la dette de sang

Robin des Bois n'a jamais été héroïque. Michael Sarnoski le prouve avec un Hugh Jackman bouleversant dans un film de rédemption âpre, loin de toute adaptation romanesque. Un récit à deux vitesses, violent puis contemplatif, qui gratte sous la légende pour retrouver l'homme, et ce qu'il doit à ses morts.

Soudain : soudain l’aurore, Hamagushi et l’humanité absolue

"Soudain", chef-d'œuvre signé Ryûsuke Hamaguchi (Oscar pour "Drive My Car"), adapte une correspondance bouleversante. Virginie Efira et Tao Okamoto, récompensées à Cannes, portent ce film de trois heures quinze sur la maladie, l'amitié et le soin comme acte politique.

André is an Idiot : le dernier cri d’un condamné

On connaît tous un André. Ce type qui blague sur tout, qui vit à fond, qui remet au lendemain ce qu'il devrait faire aujourd'hui. "André Is an Idiot", prix du public à Sundance 2025, raconte comment cet homme-là a appris, trop tard et avec humour, ce que mourir veut vraiment dire.
Herve Aubert
Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

C’est un navet ? C’est un étron ? Non, c’est Supergirl !

Pourtant rompu aux films mettant en scène des outsiders et des femmes fortes, Craig Gillespie rate complètement le coche avec son "Supergirl" qui n'arrive jamais à n'être plus qu'un banal épisode "filler" laid et inconséquent dans un univers étendu DC pourtant en pleine croissance. Désespérant.

On l’appelait Robin des Bois : la dette de sang

Robin des Bois n'a jamais été héroïque. Michael Sarnoski le prouve avec un Hugh Jackman bouleversant dans un film de rédemption âpre, loin de toute adaptation romanesque. Un récit à deux vitesses, violent puis contemplatif, qui gratte sous la légende pour retrouver l'homme, et ce qu'il doit à ses morts.

Soudain : soudain l’aurore, Hamagushi et l’humanité absolue

"Soudain", chef-d'œuvre signé Ryûsuke Hamaguchi (Oscar pour "Drive My Car"), adapte une correspondance bouleversante. Virginie Efira et Tao Okamoto, récompensées à Cannes, portent ce film de trois heures quinze sur la maladie, l'amitié et le soin comme acte politique.