Retour à Silent Hill aurait mieux fait de garder le silence

Qu’on aime ou pas Christophe Gans, il faudrait être d’une belle mauvaise foi pour ne pas lui reconnaître un amour profond pour le cinéma et un vrai sens de l’esthétisme. On attendait donc le projet avec un certain intérêt. Puis, les premiers avis tombent. Allez, c’est visiblement très mauvais, mais si l’on passe un bon moment devant, pourquoi pas ? Malheureusement, même atteindre le statut de nanar, Retour à Silent Hill n’y est pas parvenu…

Booring Mary

On va sauver le peu qu’il nous reste de santé mentale en sortant du film, en laissant dans la brume la daube abyssale sortie en 2012. Non, revenons vingt ans en arrière et parlons du premier Silent Hill. Sorti en 2006, en plein âge d’or des adaptations foirées, le film de Christophe Gans avait réussi l’impossible. Fidèle au matériau d’origine tout en soignant sa mise en scène et son visuel, Silent Hill a su s’attirer un nouveau public, tout en se faisant apprécier des connaisseurs. Alors, vingt ans plus tard, lorsque notre Christophe national annonce reprendre les gants en adaptant le jeu Silent Hill 2, on se dit : pourquoi pas ?

Le film sort à la bonne période. La licence est revenue en force après le remake salué de Silent Hill 2 et la sortie cette année de Silent Hill f. Niveau cinéma, le projet offre une proposition plus horrifique (sur le papier) après un Primate très trash et un 28 ans plus tard : Le Temple des morts plus psychologique. Quant aux adaptations de jeux vidéo au cinéma, elles se font de plus en plus rares, tant les plateformes de streaming prennent de la place. Dans l’idée, ce nouvel opus avait tout pour plaire et les premiers visuels de la bande-annonce laissaient entrevoir tout le potentiel de l’œuvre. Si on avait su…

Ce qui est paradoxal (et incompréhensible), c’est que Retour à Silent Hill transpire d’amour pour le jeu vidéo qu’il adapte. Cela se sent déjà quand on entend Christophe Gans en parler, et encore plus à l’écran. Oui, le film restitue fidèlement l’univers : les décors sont là, les ennemis aussi, et l’aspect psychologique de l’histoire répond à l’appel. Pire encore, à de nombreux moments, Gans démontre tout son talent derrière la caméra. Certaines idées de plans, de mise en scène, voire de montage, sont très réussies. Le problème, c’est ce qu’il y a derrière la brume.

Silent Hell

Pourquoi ? C’est la question que je poserais à Gans si j’en avais l’occasion. Pourquoi prendre le récit original, déjà pas simple, pour le triturer dans tous les sens. Oui, sur le papier, on tient une belle adaptation de Silent Hill 2. Allons plus loin : une adaptation se doit de modifier certaines choses, c’est un fait. Mais pourquoi a-t-il fallu traiter Mary ainsi ? Pourquoi expliquer à haute voix, en permanence, quand la passion du cinéma, la vraie, rappelle l’importance du show, don’t tell ? Pourquoi a-t-il fallu détruire le rythme du film, en l’imprégnant de flashbacks insipides, foutrement inutiles et à l’intérêt scénaristique proche du néant ? Pourquoi avoir balancé ici et là des scènes ou personnages cultes du jeu, sans jamais en saisir l’essence et la profondeur ? Oui, Maria, Eddie, Laura, Angela sont présentes. Mais, à la fin du long métrage, on se demande de l’intérêt de chacun des protagonistes dans l’intrigue. Et ne parlons pas de la psychiatre : le film n’a jamais su quoi en faire, et ce, dès sa première ligne de dialogue.

Car oui, le film multiplie les souris (personnages introduits qui disparaissent subitement de l’intrigue). À l’exception de Maria et James, aucun personnage n’a de conclusion. Pire, on peine à leur trouver un arc scénaristique. Eddie, personnage cultissime du jeu, n’est là que pour une seule séquence, sans intérêt. Le reste fera des apparitions ici et là, se contentant de débiter des dialogues d’une nullité effarante pour expliquer l’histoire. Quant à Pyramide Head, ennemi emblématique de l’œuvre à l’impact scénaristique fort, mieux vaut ne pas en parler. Le monstre se contente d’errer le temps de très courtes scènes, et son temps d’apparition à l’écran se compte en quelques dizaines de secondes. Pour le reste, si vous vous attendez à quelques idées de scénario efficaces, comme un fusil de Tchekhov, vous pouvez vous rendormir.

Brume visuelle

Bon, et les scènes du jeu, alors ? Elles donnent quoi ? Pas grand-chose malheureusement… Car s’il y a de bonnes idées, l’absence totale d’impact émotionnel, ou même de tension, fait que l’on s’ennuie fermement. James est protégé par son statut de personnage principal et le fait qu’il évolue seul, ou presque, fait que l’on ne s’inquiète jamais. Dommage, le design est là, l’ambiance est là, la photographie est parfois superbe et certains lieux ont de la gueule. Enfin, comprenez que ces lignes sont écrites dans une période où les œuvres visuellement putrides à la Netflix ou Disney occupent l’espace. Retour à Silent Hill est essentiellement numérique et, nul doute, cet aspect déplaira à énormément de personnes. À titre purement personnel, on a vu bien, bien, bien pire, et avec des budgets bien plus élevés ces dernières années. En revanche, une partie des monstres et des décors sont d’une laideur épouvantable. Les effets spéciaux pêchent sérieusement de ce point de vue-là et il n’est pas rare de voir certaines textures manquer sur certains d’entre eux.

Quel dommage. On attendait ce Retour à Silent Hill. Pourtant, difficile de réellement en dire du bien, malgré quelques belles qualités. Les rares dialogues inutiles ne permettent pas d’en rire, tout comme les situations qui s’enchaînent sans s’offrir ces décisions et moments débiles qui auraient propulsé l’œuvre au rang de bon nanar, à l’instar de la saga de films Resident Evil. Non… il faudra sûrement Super Mario Galaxy : Le Film pour que le cinéma accueille de nouveau une adaptation réussie d’un jeu vidéo. Et, qui sait, Mortal Kombat II pourrait nous surprendre ?

Retour à Silent Hill – bande-annonce

Retour à Silent Hill – fiche technique

Titre international : Return to Silent Hill
Réalisation : Christophe Gans
Scénario : Christophe Gans, Sandra Vo-Anh, Will Schneider
Interprètes : Jeremy Irvine, Hannah Emily Anderson, Robert Strange (III)
Photographie: Pablo Rosso
Montage : Sébastien Prangère
Musique originale : Akira Yamaoka
Direction artistique : David Ratajczak
Conception des créatures : Patrick Tatopoulos
Décors : Jovana Mihajlovic
Costumes : Momirka Bailovic
Producteurs : Victor Hadida, Molly Hassell, John Jencks, Alexa Seligman, Jay Taylor et David M. Wulf
Sociétés de production : Maze Pictures, Metropolitan Filmexport, Davis Films et The Electric Shadow Company
Distribution France : Metropolitan Filmexport
Genre : Épouvante-horreur, Fantastique, Thriller
Durée : 1h45
Pays de production : États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Serbie
Date de sortie : 4 février 2026

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1.5

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Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

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