Pokémon : Détective Pikachu, personne n’y croyait et pourtant !

Projet marketing et opportuniste ressemblant plus à une mauvaise blague qu’autre chose, Pokémon : Détective Pikachu avait tout pour être le film le plus improbable de ces dernières années. Le blockbuster casse-gueule qui n’avait pas l’ombre d’une chance de fonctionner. Personne n’y croyait, personne ! Quelle fut donc la surprise de découvrir un divertissement familial fort sympathique qui parvenait, contre vents et marées, à crédibiliser l’univers vidéoludique créé par Satoshi Tajiri !

Synopsis : Tim Goodman, un jeune étudiant venant de rentrer à Ryme City, une ville où Pokémon, humains et dresseurs vivent en paix, part à la recherche de son père, un grand policier récemment disparu alors qu’il enquêtait lui-même sur des Pokémon, notamment Mewtwo. Tim s’associe rapidement avec un Pikachu, qui se remarque par son air hautain, prétentieux et son penchant pour la séduction et les cafés, et que Tim est le seul à pouvoir comprendre. Ensemble, les deux individus se lancent dans plusieurs enquêtes criminelles afin de retrouver le père du jeune homme et arrêter les projets d’une mystérieuse organisation…

Il faut vraiment avoir vécu dans une grotte pour être passé à côté de Pikachu, Miaouss, Dracaufeu, Rondoudou et consorts ! Car depuis 1996 – 1998 pour les États-Unis et la France, soit dès la diffusion de la série animée –, ces petites créatures à collectionner hantent la pop culture et le marché international. Et ce sans relâche, nous inondant de divers produits dérivés encore aujourd’hui. Ayant débuté avec les célèbres jeux vidéo sur GameBoy, l’univers s’est très vite étendu à un animé (et des long-métrages), des cartes, des jouets, des mangas, des vêtements, divers goodies… Il ne manquait plus qu’un véritable film live pour parachever l’implacable règne de ces chers Pokémon. Mais regardons la réalité en face : comment, en faisant preuve de bon sens, pouvions-nous adapter une telle œuvre ? Était-il réellement possible de mêler ces créatures cartoonesques et leur esprit terriblement enfantin avec des acteurs de chair et de sang ? Autant le dire de suite, l’idée même relevait du suicide ! Et pourtant, pour couvrir le succès de l’application téléphonique Pokémon Go disponible depuis 2016, les Américains et les Japonais se sont lancés dans cette folle aventure. Une annonce qui faisait bien plus écho à une mauvaise blague qu’à un projet sérieux. Et plus celui-ci se concrétisait, plus il perdait en crédibilité : jeu de la licence méconnu à l’international comme base scénaristique, Ryan ‘Deadpool’ Reynolds en tant que Pikachu, Rob Letterman (Gang de Requins, Chair de Poule) à la réalisation, un genre flirtant avec le polar noir, des Pokémon annoncés comme visuellement réalistes, un casting quelque peu prestigieux (Bill Nighy, Ken Watanabe…), un budget de 150 millions de dollars…  Personne ne voulait y croire tant l’ensemble paraissait surréaliste et irréalisable ! La surprise de découvrir un divertissement familial tenant admirablement la route n’en était donc que plus grande !

Car, il faut bien le dire, Détective Pikachu étonne sur bien des domaines, à commencer par son scénario. Alors oui, ne nous voilons pas la face : le script n’est en soi pas vraiment des plus fameux. En même temps, il est tiré de jeux vidéo et d’une série animée qui suintent la niaiserie par tous les pores, prônant avec un premier degré très prononcé « le pouvoir de l’amitié » et autres gnangnanteries de ce genre, en passant par des personnages hystériques, des bestioles qui s’expriment en prononçant leur nom à tout-va et un humour ne visant que les plus jeunes. Il est donc normal que le film adopte ce même esprit enfantin et ne se permette pas une enquête si extraordinaire pour ne pas perdre son public juvénile en n’étant jamais complexe. Par là, il faut comprendre que le film est cliché au possible, peu original (selon certains dits, il reprendrait concrètement la trame du jeu éponyme) allant jusqu’à piocher à droite à gauche (on nous ressert l’histoire de Mewtwo, déjà au centre du premier film animé) et surtout prévisible à l’excès. Détective Pikachu a beau être une enquête policière, les twists et autres révélations se voient à des kilomètres à la ronde et la majorité des personnages sont inlassablement mis sur le banc de touche. Alors dans ce cas-là, pourquoi pouvons-nous dire que le scénario étonne ? Tout simplement parce que malgré ces défauts, il fonctionne. Grâce à la relation entre le héros et Pikachu, très attachante et plaisante à suivre. À la maturité que se permet d’arborer l’intrigue, faisant découvrir aux plus jeunes des thématiques pour le moins sérieuses et traitées de manière honorable (le deuil, la relation père-fils, la drogue…). À l’humour, toujours pas folichon dans l’ensemble et même parfois porté en-dessous de la ceinture niveau double-sens, mais bien plus familial et abordable que dans la série animée. Bref, grâce à cela, bien que ridicule, nous nous laissons prendre au jeu sans aucun soucis et ce quelque soit notre âge, parce que le script n’a nullement négligé les deux points importants pour faire une bonne intrigue : une histoire et une dramaturgie.

L’autre point qui étonne également, c’est le rendu final de l’ensemble, à des années lumières de ce que nous attendions. En effet, de la part d’un film Pokémon, il y avait de fortes chances de tomber sur un produit ressemblant fortement à un épisode de Dora l’Exploratrice, enfantin et coloré, certes, mais surtout diablement plat. Au lieu de cela, nous nous retrouvons avec un long-métrage qui, visuellement, en jette. Pas du lourd, mais ce qu’il faut pour être très agréable. Que ce soit la photographie de John Mathieson (Gladiator, Hannibal, Logan…) ou bien la direction artistique de Nigel Phelps (Alien, la Résurrection, Pearl Harbor, Troie, Life – Origine inconnue…), le film a tout simplement de la gueule. Ce dernier offre des séquences graphiquement réussies, switchant entre le polar noir (la séquence d’interrogation de M. Mime), l’ersatz de Blade Runner (les plans nocturnes éclairés aux néons) et le contemplatif (les cadrages de Ryme City). Ajoutons à cela des effets spéciaux de bonne facture – même si certains se remarquent un peu trop facilement –, une mise en scène énergique quand il le faut (combats, scènes d’action…) et des moments véritablement spectaculaires, et nous obtenons un vrai divertissement. Un spectacle qui régale et amuse en même temps. Et, encore une fois, malgré ses défauts tels un casting peu convaincant hormis un Ryan Reynolds qui s’éclate vocalement (Bill Nighy semble s’ennuyer à mourir, Kathryn Newton en roue libre…), une bande-originale passe-partout (sauf le thème principal de la franchise) et un montage sans doute un brin effréné question rythme (des séquences s’enchaînent rapidement).

Et, le plus important, Détective Pikachu étonne pour la crédibilité qu’il offre à l’univers de Satoshi Tajiri. Car telle était la grande question que posait d’entrée de jeu le projet : comment retranscrire à l’image ces créatures sans que cela ne fasse factice au possible ? Et cela, l’équipe du film y est parvenue en réajustant quelque peu leur look respectif sans que cela ne trahisse leur apparence cartoonesque. Ce qui consiste principalement en un ajout de poil, de texture de la peau (comme des écailles). Bien évidemment, certains risquent de décevoir (Rondoudou, Ectoplasma…) mais restent dans l’ensemble fort appréciables. Surtout ce cher Pikachu, la mascotte de la franchise, qui a évidemment subi un traitement de faveur en étant le plus réussi, le plus réaliste et – accessoirement – le plus mignon. Mais réussir les Pokémon n’était pas la seule chose à faire pour crédibiliser leur univers. Il fallait également bâtir ce dernier, faire en sorte qu’il soit naturel à nos yeux. En créant de toute pièce une ville issue de plusieurs cultures (Ryme City est un medley de différentes métropoles existantes), en montrant certains Pokémon au quotidien (des Carapuces pompiers, des Ramboums haut-parleurs, des élevages de Frisons…), en disséminant avec intelligence des références à l’univers (des posters, Rondoudou qui berce, la capture dans les hautes herbes, la chanson du générique, des allusions au premier film animé…) et mettant en avant des détails plus réalistes (des lieux communs comme un café, le métier du héros…). Consciente de ce qu’elle avait entre les mains et également fan du matériau de base, l’équipe du film s’est démenée, et le résultat n’en est que plus appréciable ! Et pour cause, dès les premières minutes du film, celui-ci nous happe dans son monde pour ne plus nous lâcher par la suite. Il est même difficile de le quitter quand pointe le générique de fin, c’est pour dire !

Une fois de plus, il faut relativiser. Détective Pikachu n’a rien d’exceptionnel en soi. Il s’agit ni plus ni moins d’une comédie policière qui veut se la jouer Qui veut la peau de Roger Rabbit ? sans en avoir la qualité artistique ni d’écriture. Le long-métrage ne sort pas du tout des sentiers battus et ne prend jamais la peine d’innover le genre, affichant une banalité des plus discutables. Et pourtant, le charme opère ! Via son adorable Pikachu, l’énorme nostalgie qui se dégage du titre et surtout le fait que l’équipe a su faire un divertissement familial qui fonctionne. Un blockbuster qui sache s’adresser à tout le monde sans pour autant renier ses racines. Une adaptation de jeu vidéo qui peut se vanter d’être la meilleure de sa catégorie à ce jour (désolé les fans de Warcraft). Et franchement, ce n’était pas gagné d’avance !

Pokémon : Détective Pikachu – Bande-annonce

Pokémon : Détective Pikachu – Fiche technique

Titre original : Pokémon : Detective Pikachu
Réalisation : Rob Letterman
Scénario : Dan Hernandez, Benji Samit, Rob Letterman, Derek Connolly et Nicole Perlman, d’après le jeu vidéo Détective Pikachu et l’univers créé par Satoshi Tajiri
Interprétation : Ryan Reynolds (Pikachu), Justice Smith (Tim Goodman), Kathryn Newton (Lucy Stevens), Bill Nighy (Howard Clifford), Ken Watanabe (l’inspecteur Hide Yoshida), Chris Geere (Roger Clifford), Suki Waterhouse (Mme. Norman), Karan Soni (Jack)…
Photographie : John Mathieson
Décors : Nigel Phelps
Costumes : Suzie Harman
Montage : Mark Sanger et James Thomas
Musique : Henry Jackman
Producteurs : Hidenaga Katakami, Don McGowan et Mary Parent
Productions : Warner Bros., Legendary Pictures, Toho Company et The Pokémon Company
Distribution : Warner Bros.
Budget : 150 M$
Durée : 104 minutes
Genre : Fantastique
Date de sortie : 08 mai 2019

États-Unis, Japon – 2019

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3

Festival

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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