Nos Futurs, un film de Rémi Bezançon : Critique

Grandir, c’est trahir un peu l’enfant qu’on a été, se résigner à mettre entre parenthèses ses rêves de gosse pour entrer dans la cour des grands. Les films de Rémi Bezançon s’attachent tous à décrire cette phase décisive.

Synopsis: Deux amis d’enfance, qui s’étaient perdus de vue depuis le lycée, se retrouvent et partent en quête de leurs souvenirs…

Les aventures de Yann Kerbec

Ses héros ne sont pas des marginaux promis à un destin exceptionnel. Ce sont des personnages pleinement ancrés dans la société dans laquelle ils évoluent, et c’est cette société que Bezançon observe à travers les yeux d’un même type de personnage : un trentenaire nostalgique inapte à la vie adulte. Les rites qui marquaient autrefois un passage définitif à l’âge adulte – l’entrée dans la vie active, le mariage, les enfants – ont aujourd’hui des frontières poreuses. L’enfance et l’âge adulte ne sont plus hermétiquement séparés. Désormais, on navigue entre deux eaux, parfois longtemps, avant de se décider à passer le cap. Notre siècle a engendré ce personnage, un Peter Pan du XXIème siècle qui ne cesse de retarder l’échéance de l’entrée dans l’âge adulte. C’est de ce quidam, un peu bancal mais sympathique au demeurant, dont nous parle le cinéaste.

Yann Kerbec, le héros de Nos futurs est un personnage familier. Son homonyme nous racontait déjà ses déboires sentimentales dans Ma vie en l’air (2005), premier long-métrage de Rémi Bezançon. Si Nos futurs ne se revendique pas comme une suite assumée de Ma vie en l’air, Yann Kerbec n’étant pas à Bezançon ce qu’Antoine Doinel était à Truffaut, le clin d’œil vaut plus que simple référence. Il n’est pas anodin que le premier Yann Kerbec ait accepté de devenir adulte en dépassant ses peurs  (de l’avion, et par extension de la vie de couple) et que son homologue 2015 ait poursuivi sur sa lancée par l’apprentissage du deuil. Il y a une forme de continuité dans ce que vit le personnage. Si la voix off du narrateur permet d’apporter une distance humoristique dans Ma vie en l’air, le propos de Nos futurs est en revanche bien lourd. Sans ce recul un peu ironique, le film s’embourbe dans une foule de clichés assez grossiers, cristallisés dans les personnages, tous de vrais stéréotypes.

Le début du film nous met face au héros, qui, suite à une fête d’anniversaire ratée, se remémore avec nostalgie ses années lycée. En reprenant les codes du film pour adolescents, le cinéaste nous livre un véritable bestiaire de cour de récré. On retrouve ainsi le Don Juan accompagné de son troupeau de jeunes filles en pâmoison, résumé de l’entité féminine du film, l’intello à lunettes, le boutonneux timide ou encore le DJ aux cheveux gras. Le résultat est assez décevant. Il l’est plus encore au regard de la psychologie des personnages vieillis. Ils restent identiques à leurs doubles lycéens. Bezançon les a simplement affublés d’une « attitude adulte » (c’est-à-dire raide et guindée).

L’absence de justesse de ces portraits brossés à gros traits est très regrettable. Alors que dans ses films précédents le dépassement de soi permettait aux héros d’aller de l’avant, il a plutôt un amer goût de pis aller dans Nos futurs. Même au terme du film, lorsque la situation est résolue, la vie de Yann, morne et fade, ne se révèle absolument pas enviable. C’est sans doute son long-métrage le plus pessimiste que nous livre ici Rémi Bezançon. Le titre, habilement trouvé, prend tout son sens une fois le film visionné : No future, c’est bien ce qui semble frapper tous les personnages.

Nos Futurs: Bande-annonce

Nos Futurs: Fiche Technique

France
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 22 juillet 2015
Réalisé par: Rémi Bezançon
Scénario : Rémi Bezançon, Jean-François Halin, Vanessa Portal
Distribution : Pierre Rochefort (Yann Kerbec), Pio Marmaï (Thomas), Mélanie Bernier (Estelle),
Kyan Khojandi (Max), Camille Cottin (Géraldine), Laurence Arné (Emma), Roxane Mesquida
(Virginie), Micha Lescot (Samy), Aurélien Wiik (Vincent), Zabou Breitman (la mère de Yann)
Photographie : Antoine Monod
Montage : Fabrice Rouaud
Décors : Jimena Esteve
Musique : Antonio Gambale et David Menke
Produit par : Isabelle Grellat
Distributeur : Gaumont Distribution

 

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Constance Mendez-Harscouët
Constance Mendez-Harscouëthttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières amours de cinéma, c'est aux films d'animation que je les dois. La poésie du dessin animé est incomparable à mes yeux. J'ai ensuite élargi mes perspectives et ai découvert à quel point le champ du septième art était vaste et beau. Mon envie de films ne s'est jamais tarie. J'en ai vus et je continue d'en voir autant que je peux, car, au-delà d'être un divertissement, le cinéma façonne ma manière de voir le monde.

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