Mon Frère de Julien Abraham : une plongée au coeur des centres éducatifs fermés

Après La Cité Rose, Julien Abraham poursuit son travail sur la jeunesse avec Mon Frère, et nous emmène au cœur de la violence des Centres Éducatifs Fermés. Un film qui lorgne entre réalisme pur et fiction pour un résultat aussi puissant que maladroit.

Le point de départ c’est Teddy, jeune réservé et sans histoire, qui débarque dans un monde violent dont il ne maîtrise ni les codes, ni les règles. Ce monde est celui des CEF – Centres Éducatifs Fermés – structures créées en 2002, comme une alternative à l’incarcération pour mineurs ayant commis des actes délictueux ou criminels.

« Sur le principe, on ne peut qu’être d’accord avec une institution qui permet d’éviter la prison pour les mineurs. Dans la réalité, c’est évidemment plus compliqué, et il est bien difficile d’enrayer la spirale de violence dans laquelle nombre de ces jeunes se débattent. C’est cette complexité qui m’intéresse : le sentiment de fatalité, bien sûr, mais aussi la liberté que chacun conserve de refuser la violence. » Julien Abraham

Vous l’aurez compris, Mon Frère est dans la droite lignée des drames sociaux institutionnels avec pour trame la violence d’une société – comme c’était déjà le cas de Consequences de Darko Stante, sorti fin juin. Le tout réside alors dans la recherche d’un cinéma-vérité, d’aller puiser dans le réel afin d’y donner une authenticité. C’est tout l’enjeu et la réussite du second film de Julien Abraham. Au travers des scènes d’une véritable justesse, le film dépeint la violence brutale animant ces jeunes : la défiance de l’autorité mais aussi les codes, les règles et les coutumes régissant ces milieux.

Des séquences éloquentes qui mettent en lumière la complexité de la gestion de ces institutions, le travail délicat des éducateurs et démontre avec son propos que toute violence est le fruit de traumatismes enfouis. C’est notamment grâce à un travail de documentation de trois ans et demi, que le film tend vers ce réalisme mais aussi au casting qui s’appuie sur des jeunes venant de structures socio-éducatives, tous très bien dirigés. Pour le reste on retrouve en rôle principal le rappeur MHD ainsi que Jalil Lespert, Aissa Maïga ou encore Matthieu Longatte (aka Bonjour Tristesse).

L’occasion aussi pour le film d’aborder la psychoboxe, une discipline inventée par des psychologues pour déclencher la parole grâce à la boxe. C’est d’ailleurs de là qu’est parti le projet : « Il fallait qu’on comprenne que le but de la psychoboxe est de faire parler le corps, et ainsi de libérer la parole. La violence que subit le patient – même si les coups ne sont pas portés- provoque chez lui des souvenirs. Il y a souvent, par exemple, une perte de mémoire dans le cas de parricides, parce que c’est le choc le plus violent qui puisse arriver à un enfant » souligne le réalisateur.

Des qualités naturalistes intrinsèques au projet qui sont malheureusement ampoulées par l’injection, souvent un peu grossière et appuyée, d’une trame fictionnelle. La mise en scène un peu lourde n’aide pas avec ses multiples flash-back, pas toujours bien sentis, où l’on flirte par moments avec le pathos. Le long métrage quitte alors un naturalisme de circonstance pour une fiction trop surlignée nous amenant sur une conclusion bâclée.

Il n’en demeure pas moins que Mon Frère aborde des questions sensibles sur le cheminement de la violence, ses causes et ses conséquences bien qu’il aurait mérité un traitement plus profond de ses thématiques en restant très proche d’un réalisme qui se suffisait à lui-même.

Mon Frère – Bande Annonce

Mon Frère – FICHE TECHNIQUE

Réalisation : Julien Abraham
Interprétations : MHD, Darren Muselet, Aïssa Maïga, Jalil Lespert, Matthieu Longatte
Scénario : Julien Abraham, Jimmy Laporal-Trésor, Almamy Kanoute
Composteur : Quentin Sirjacq
Production : Sadia Diawara, Nicolas Blanc, Thibault Abraham
Directeur photographie : Julien Meurice
Durée : 1h36
Genre : Drame
Date de sortie : 31 juillet 2019
Distributeur : BAC Films France 

Note des lecteurs1 Note
3

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Vaiana, la légende du bout du monde » n’est pas le pire remake, mais c’est de loin le plus inutile

"Vaiana, La légende du bout du monde" (2026), remake live-action de Disney, déçoit sur toute la ligne. Animation ratée, prestations fades de Dwayne Johnson et Catherine Laga'aia, effets visuels décevants malgré un budget de 250 millions de dollars... un naufrage face à l'excellent film original.

L’Espèce explosive : Alexis Manenti électrise le film braque de Sarah Arnold

Avec "L’Espèce explosive", Sarah Arnold dynamite les codes de la comédie rurale. Un film déglingué, détonant et drôle, tendre et imprévisible, porté par un Alexis Manenti éblouissant de chaos. Un cinéma vigoureux et téméraire !

Evil Dead Burn : Le feu des aveux

En confiant "Evil Dead Burn" à Sébastien Vaniček, Sam Raimi a fait le bon choix. Le réalisateur de Vermines signe un sixième épisode généreux, où le trauma familial et la violence conjugale nourrissent l'horreur démoniaque. Porté par une Souheila Yacoub habitée, le film brûle de l'intérieur avant même que les Deadites n'entrent en scène.

L’Inconnue : le trouble de Jésus et de Marie

"L'Inconnue" est un film qui ne ressemble à aucun autre. Arthur Harari y filme l'indicible : l'égarement de l'âme dans un corps qui n'est plus le sien. Porté par Léa Seydoux en madone hagarde et Niels Schneider en Christ sacrifié, ce thriller de l'inconscient nous happe et nous largue, laissant planer un doute vertigineux : savons-nous vraiment qui nous sommes ? Un film opaque, charnel, parfois insaisissable, mais dont la grâce primitive nous hante longtemps après le générique

Kwaïdan (1964) de Masaki Kobayashi : le temps suspendu des spectres

Si sa durée et son rythme peuvent représenter une épreuve exigeante pour le public d’aujourd’hui, "Kwaïdan" n’a en revanche rien perdu de sa poésie et de son enchantement des sens. Une œuvre inclassable et envoûtante.

« Vaiana, la légende du bout du monde » n’est pas le pire remake, mais c’est de loin le plus inutile

"Vaiana, La légende du bout du monde" (2026), remake live-action de Disney, déçoit sur toute la ligne. Animation ratée, prestations fades de Dwayne Johnson et Catherine Laga'aia, effets visuels décevants malgré un budget de 250 millions de dollars... un naufrage face à l'excellent film original.

L’Espèce explosive : Alexis Manenti électrise le film braque de Sarah Arnold

Avec "L’Espèce explosive", Sarah Arnold dynamite les codes de la comédie rurale. Un film déglingué, détonant et drôle, tendre et imprévisible, porté par un Alexis Manenti éblouissant de chaos. Un cinéma vigoureux et téméraire !

Evil Dead Burn : Le feu des aveux

En confiant "Evil Dead Burn" à Sébastien Vaniček, Sam Raimi a fait le bon choix. Le réalisateur de Vermines signe un sixième épisode généreux, où le trauma familial et la violence conjugale nourrissent l'horreur démoniaque. Porté par une Souheila Yacoub habitée, le film brûle de l'intérieur avant même que les Deadites n'entrent en scène.