Critique de Lucky Strike, un film de Kim Yong-hoon : Une réjouissante course à l’argent

Premier film d’une maîtrise imparable, Lucky Strike ne transcende pourtant jamais son genre mais parvient quand même à s’imposer comme un malin plaisir. Il présente Kim Yong-hoon comme un jeune cinéaste plein de promesses.

Synopsis : Un corps retrouvé sur une plage, un employé de sauna, un douanier peu scrupuleux, un prêteur sur gage et une hôtesse de bar qui n’auraient jamais dû se croiser. Mais le sort en a décidé autrement en plaçant sur leur route un sac rempli de billets, qui bouleversera leur destin. Arnaques, trahisons et meurtres : tous les coups sont permis pour qui rêve de nouveaux départs…

Cela fait maintenant un certain temps que le cinéma sud-coréen s’impose comme un des plus créatifs et astucieux, et dont de fortes personnalités ont su émerger tels que Park Chan-wook ou encore Bong Joon-ho pour ne citer qu’eux. Ce dernier a d’ailleurs connu la consécration parfaite avec l’immense succès de son brillant Parasite. Face à un cinéma occidental qui se repose beaucoup trop sur ses acquis, la proposition sud-coréenne, notamment en terme de film de genre, est devenue la nouvelle référence à atteindre. Dans ce contexte cependant, Lucky Strike apparaît presque comme un thriller plutôt classique, mais là où le classicisme sud-coréen se montre aussi encore quelques coudées au-dessus des productions occidentales.

D’une histoire d’arnaque en apparence assez attendue, Kim Yong-hoon parvient à tirer un scénario malin qui joue habilement de sa narration avec une structure chapitrée qui jongle astucieusement entre les points de vue et parvient à brouiller sa propre chronologie. Le résultat est que Lucky Strike déconstruit adroitement nos attentes, nous perd pour mieux nous ressaisir dans un jeu de massacres qui s’intensifie et qui devient assez jubilatoire grâce à un humour noir succulent et très bien dosé. On n’est pas loin d’un style très tarantinesque parfois, surtout dans cette volonté d’un film choral qui arrive à faire coexister plusieurs portraits de personnages assez complexes, sans jamais se perdre et en gardant une limpidité à toute épreuve. En soi, son récit ne sera jamais vraiment très surprenant surtout qu’il découle d’une logique très moralisatrice mais c’est la manière avec laquelle le cinéaste le met en oeuvre qui en fait son originalité.

Lucky Strike bénéficie en plus d’un très bon casting avec des acteurs qui, sans faire des prestations mémorables, campent solidement leurs personnages, les rendant tout aussi attachants que foncièrement pathétiques. On suit une bande de losers magnifiques embringués dans les méandres de leur propre malchance et stupidité. Techniquement le film est abouti entre sa photographie très soignée et son montage bien pensé qui assure un rythme et un ludisme plaisant à l’ensemble. Néanmoins il faut reconnaître qu’en terme de mise en scène, malgré le fait que celle-ci se montre efficace, Kim Yong-hoon ne brille par forcément par son audace. Classique et fonctionnelle, elle accompagne le récit plutôt qu’elle ne cherche à vraiment le dynamiser ou l’incarner, ce qui au final est peut-être le plus gros point noir de ce Lucky Strike. Malgré son étonnante maîtrise, celui-ci donne aussi souvent l’impression de n’être qu’en pilotage automatique.

Lucky Strike est donc un thriller solide et réussi mais qui se contente parfois un peu trop du strict minimum. Ce qui s’avère autant rafraîchissant pour un premier film qui ne cherche jamais à trop en faire -on évite la pure démonstration de force- que frustrant, tant on a l’impression que Kim Yong-hoon retient ses coups. De par sa structure narrative ingénieuse, son humour noir bien senti et son rythme brillamment maîtrisé malgré sa profusion de personnages, on sent que le cinéaste possède un vrai talent de conteur d’histoire et qu’il aurait pu aisément le faire transparaître de manière plus formelle. En reste donc un film qui apparaît comme un peu mineur, surtout au milieu d’un cinéma sud-coréen qui nous habitue souvent à l’excellence, mais qui est aussi porteur de belles promesses pour le jeune cinéaste. Lucky Strike lui ne transcendera jamais son genre mais reste un plaisant essai qui ne démérite pas et qui vaut bien un petit coup d’œil.

Lucky Strike : Bande annonce

Lucky Strike : Fiche technique

Titre original : 지푸라기라도 잡고 싶은 짐승들 (Jipuragirado Jabgo Sipeun Jibseungdeul)
Réalisation : Kim Yong-hoon
Scénario : Kim Yong-hoon, d’après l’œuvre de Keisuke Sone
Casting : Jeon Do-yeon, Jeong Woo-seong, Bae Seong-woo, Shin Hyun-bin, …
Photographie : Kim Tae-sung
Montage : Han Mee-yeon
Musique : Nene Kang
Producteurs : Jang Won-seok et Billy Acumen
Production : Megabox
Distributeur :Wild Bunch Distribution
Durée : 108 minutes
Genre : Thriller
Dates de sortie : 8 juillet 2020

Corée du Sud – 2020

Note des lecteurs0 Note
3.5

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Frédéric Perrinot
Frédéric Perrinothttps://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma depuis mon plus jeune âge, j'articule depuis ma vie autour du 7ème art, un monde qui alimente les passions et pousse à la réflexion. J'aspire à faire une carrière dans le cinéma, ayant un certain attrait pour l'écriture et la réalisation. J'aime m'intéresser et toucher à toute sorte d'arts ayant fait du théâtre et de la musique. Je n'ai pas de genres de films favoris, du moment que les films qui les représentent sont bons. Même si je tire évidemment mes influences de cinéastes particuliers à l'image de David Lynch, mon cinéaste fétiche, Michael Mann ou encore Darren Aronofsky. Ces cinéastes ayant en commun des univers visuels forts et un sens du romantisme qui me parlent particulièrement.

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