Life of Chuck : Merci Chuck, 39 ans de service certes mais surtout 111 minutes de bonheur

Wouah ! C’est la petite onomatopée qui semble la plus convenir à notre état d’esprit en sortant de la projection. Ce sublime film sorti de nulle part loupe de peu le qualificatif de très grand film – voire de chef-d’œuvre – par la faute d’un troisième acte un chouïa bavard, en deçà des deux précédents, avec sa révélation finale moins imposante qu’attendue. Pour le reste, on enchaîne les moments de grâce et de magie qui confinent au somptueux (ces scènes de danse !) pour un conte métaphysique merveilleux, qui vous surprend à chaque instant, vous met des étoiles plein les yeux et vous fait aimer la vie. En filigrane, ce long-métrage consacre Mike Flanagan comme un très grand cinéaste. Merci Mike, et merci Chuck !

Synopsis : La vie extraordinaire d’un homme ordinaire racontée en trois chapitres. Merci Chuck !

Un peu sorti de nulle part malgré les grands noms derrière sa création, ce film inclassable, presque suranné et hors des modes, est un véritable enchantement. Mieux vaut en savoir le moins possible avant d’entrer dans la salle. Il était précédé d’une réputation flatteuse depuis son Prix du Public au Festival de Toronto (le fameux TIFF) et devrait être en bonne place dans la course aux Oscars tant il coche toutes les cases de ce que l’Académie aime (dans ses meilleures périodes, surtout les plus neutres et éclairées). Life of Chuck est le genre de film qui agit comme une bénédiction, un petit miracle de cinéma, et qui nous fait ressortir de la salle le sourire aux lèvres, avec l’envie d’aimer la vie et de la croquer à pleines dents.

On n’est pas du tout dans l’horreur ou le fantastique (ou très peu), et pourtant, c’est bien Stephen King qui a écrit la nouvelle dont le film est adapté, et c’est le nouveau roi des frissons pleins d’émotion, Mike Flanagan, qui en signe la mise en scène. Les deux semblent sortir de leur zone de confort, mais finalement pas tant que cela, puisqu’on retrouve des thèmes chers à l’écrivain (le deuil, la mort…) et l’appétence du réalisateur pour les œuvres gorgées d’émotion et de tendresse, qu’il glissait toujours dans ses productions horrifiques. D’ailleurs, cela confirme qu’il est un auteur incontournable de notre époque, après sa magnifique et sous-estimée suite de Shining (le trop oublié Doctor Sleep), ou ses séries qui confinent au chef-d’œuvre, de The Haunting of Hill House à La Chute de la Maison Usher.

Life of Chuck a la particularité de se dérouler en trois actes montés à l’envers, et cette construction à rebours est autant une force, par son originalité et sa logique narrative, qu’une faiblesse – la seule, en vérité. En effet, le dernier acte est un peu moins fort, un peu moins puissant que les deux premiers, ce qui termine le film sur une note moins magistrale qu’attendue, d’autant que la révélation finale s’avère moins imposante qu’espéré. Et cette dernière partie, légèrement trop bavarde, aurait peut-être gagné à être resserrée de quelques séquences. Si ce n’est cela, préparez-vous à un torrent de beauté, un déferlement de magie, un tourbillon d’instants de grâce.

S’il fallait donner une définition du merveilleux, on pourrait montrer Life of Chuck. Le film débute par une fin du monde comme on n’en a jamais vu. Le long-métrage cristallise toutes les angoisses et les potentielles causes de la fin de notre civilisation à travers des dialogues et des images d’infos. Dans ce contexte a priori effroyable, on suit deux personnages en train de voir le monde s’effondrer, mais ce qui se passe en creux dépasse largement la crainte viscérale de l’apocalypse. Entre séquences poétiques, considérations mélancoliques et petits moments empreints d’une grande magnificence, le premier acte est une expérience inédite qui vous traverse le corps et le cœur, jusqu’à cette annihilation de notre univers d’une beauté épique rarement vue sur grand écran. Impossible à décrire : il faut le voir pour le ressentir.

Puis vient la seconde partie, où s’illustre Tom Hiddleston dans l’une des séquences les plus incroyables vues en salles depuis des lustres. L’épicentre de ce moment : une scène de danse complètement dingue, qui nous ramène aux plus grandes heures des comédies musicales d’antan, et qui donne envie de se lever tout en nous brisant le cœur tant c’est sublime. On avance souvent que le cinéma est un subtil mélange d’émotions ; que pour réussir, un film doit trouver le bon équilibre entre ses ingrédients. Eh bien, cette scène est la quintessence de ce que le septième art peut offrir de plus grand.

Life of Chuck est un conte métaphysique qui dévoile ses tenants et aboutissants dans une dernière partie presque spielbergienne, avec cet esprit de cinéma des années 80 qui enchantait petits et grands. C’est mignon, même si, comme on le disait plus haut, un peu en deçà de la maestria des deux premiers tiers. La voix off prend tout son sens ici – on est bien dans un conte – et le film dévoile alors son propos, ses contours. D’un certain point de vue, c’est une bonne chose, mais on aurait probablement toléré une absence d’explication tant tout ce qu’on voit est beau. Les acteurs sont tous exceptionnels, les notes de musique discrètes sont un délice pour nos oreilles, et la mise en scène de Flanagan est fidèle à la douceur qui irrigue ses œuvres passées. On est bouleversé, touché, ému… et ce petit film, qui a tout d’un grand, s’impose sans conteste comme l’un des plus beaux de l’année. Bravo !

Bande-annonce – Life of Chuck

Fiche technique – Life of Chuck

Réalisateur : Mike Flanagan.
Scénaristes : Mike Flanagan d’après l’oeuvre de Stephen King.
Production: Intrepid Pictures.
Distribution: Nour films.
Interprétation : Ton Hiddelston, Chiwetel Ejiofor, Karen Gillian, Mark Hamill, Jacob Tremblay, Kate Siegel, …
Genres : Drame – Conte.
Date de sortie : 11 juin 2025.
Durée : 1h51.
Pays : USA.

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