Les Cyclades : l’amitié au féminin

2.5

Les Cyclades reprend le schéma des comédies romantiques pour raconter une amitié entre deux femmes qui se sont connues dans l’enfance et que tout oppose. Un premier rôle pour une Olivia Côte qui opère un « retour à la vie » salvateur.

Fêlures et lumière

Les Cyclades est le 9e long métrage de Marc Fitoussi, une comédie qu’il a construite comme solaire et optimiste. Sur les îles grecques, loin de la dolce vita, mais dans un élan qui les pousse toujours à avancer, Blandine et Magalie se retrouvent, s’apprivoisent. Que dire à une amie de jeunesse qu’on a perdue de vue ? Est-ce possible de construire quelque chose ensemble, de se comprendre ? De ces questionnements simples, Marc Fitoussi déroule un scénario assez classique, à l’image d’une comédie romantique (les retrouvailles, les galères, la dispute, la réconciliation), qui est porté par la drôlerie des deux interprètes principales : Laure Calamy (pétillante) et Olivia Côte (qui obtient enfin un premier rôle!!). On pense aussi beaucoup au film Premières vacances, où deux amoureux qui se connaissent à peine enchaînent les galères. Le ressort de la comédie ici est de montrer des personnages qui vont mal mais dont les fêlures, exposées dans l’opposition des caractères, nous font sourire parce qu’elles sont exagérées.

Cette histoire d’amitié féminine, sans rivalité (ou presque !), arrive à point nommé. Il manque de vrais récits de sororité, car si finalement les deux femmes passent leur temps à s’exaspérer, elles croient au pouvoir de l’amitié, s’accrochent et tentent d’exister un peu mieux ensemble. Que ce soit au nom d’une amitié adolescente ou d’une envie de bousculer l’avenir, leur relation est souvent touchante dans son apparente impossibilité. Pourtant, ça fonctionne « parce que c’était elle, parce que c’était moi » pourraient-elles presque dire.

Madeleines

Marc Fitoussi joue beaucoup sur les non-dits, les émotions cachées. Entre Bijou (irrésistible Kristin Scott Thomas) qui cache un secret ou Magalie qui s’évertue à être extravagante, seule Blandine montre son désespoir profond. Graphiquement, le film ne cesse de jouer, à l’image d’une BD, des oppositions entre les deux personnages, en les effaçant petit à petit, on voit ainsi Laure Calamy en blonde… comme son amie ! Entre les références au disco ou la passion adolescente des deux amies pour Le Grand bleu, Les Cyclades agit comme une madeleine, un jeu de souvenirs… Les îles grecques ne sont pas filmées comme des endroits touristiques, puisque nos personnages n’arrivent pas vraiment à destination,  cependant on est loin du regard porté sur le pays par I Love Greece, qui regardait la crise en face. A mi-chemin entre le film de vacances et la comédie dramatique, Les Cyclades est une petite comédie sans prétention avec de sympathiques interprètes, qui se consomme sans trop réfléchir ! Le film entraîne cependant ses héroïnes vers la lumière, au moins vers le choix d’être ensemble, de quitter l’amertume.

Les Cyclades : Bande annonce

Les Cyclades : Fiche technique

Synopsis : adolescentes, Blandine et Magalie étaient inséparables. Les années ont passé et elles se sont perdues de vue. Alors que leurs chemins se croisent de nouveau, elles décident de faire ensemble le voyage dont elles ont toujours rêvé. Direction la Grèce, son soleil, ses îles mais aussi ses galères car les deux anciennes meilleures amies ont désormais une approche très différente des vacances… et de la vie !

Réalisation : Marc Fitoussi
Scénario :Marc Fitoussi
Interprètes : Olivia Côte, Laure Calamy, Kristin Scott Thomas, Alexandre Desrousseaux, Panos Koronis
Photographie : Antoine Roch
Montage : Catherine Schwartz
Production : Avenue B Productions, France 3 Cinéma, Scope Pictures
Distributeur : Memento Distribution
Durée : 1h50
Genre : Comédie
Date de sortie : 11 janvier 2023

France – 2022

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.

Ni vue, ni connue : une figurante (trop) douée

Après l’échec relatif des "Cyclades", Marc Fitoussi retrouve une inspiration remarquable avec "Ni vue, ni connue", une comédie à la fois drôle, caustique et sensible. En confiant à Isabelle Huppert le rôle d’une figurante obstinée rêvant de décrocher enfin un véritable rôle, le réalisateur signe un contre-emploi aussi audacieux que pertinent. À travers le parcours semé d’humiliations de Corinne Maclou, le film explore avec finesse l’invisibilité de ceux qui peuplent les marges du spectacle. Entourée de comédiens et réalisateurs jouant leur propre rôle, la figurante tente inlassablement de se faire une place dans un univers dominé par les rapports de pouvoir et les réseaux. Si le scénario se montre parfois prévisible, ce défaut est largement compensé par la qualité des dialogues, l’acuité du regard porté sur le milieu artistique et l’autodérision permanente d’Isabelle Huppert. Marc Fitoussi brosse ainsi un portrait aussi drôle que cruel de la condition de figurant, sans jamais perdre de vue l’humanité de son personnage. Une excellente comédie qui conjugue intelligence, émotion et mordant.

Reefer Madness : C’est de la bonne !

Du jazz, des joints, des meurtres et des bigots en roue libre : Reefer Madness transforme la propagande antidrogue en comédie musicale complètement perchée. La prohibition n’a jamais été aussi funky !

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.
Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Englouti : le ventre de la mer

Avalé par un cachalot avec une heure d’oxygène, Austin Abrams livre un survival viscéral et bluffant, entre huis clos organique et décors palpitants. Dommage que des flashbacks trop bavards et un final lourdingue lui coupent le souffle, là où le film aurait pu rester en apnée jusqu’au bout.

Ni vue, ni connue : une figurante (trop) douée

Après l’échec relatif des "Cyclades", Marc Fitoussi retrouve une inspiration remarquable avec "Ni vue, ni connue", une comédie à la fois drôle, caustique et sensible. En confiant à Isabelle Huppert le rôle d’une figurante obstinée rêvant de décrocher enfin un véritable rôle, le réalisateur signe un contre-emploi aussi audacieux que pertinent. À travers le parcours semé d’humiliations de Corinne Maclou, le film explore avec finesse l’invisibilité de ceux qui peuplent les marges du spectacle. Entourée de comédiens et réalisateurs jouant leur propre rôle, la figurante tente inlassablement de se faire une place dans un univers dominé par les rapports de pouvoir et les réseaux. Si le scénario se montre parfois prévisible, ce défaut est largement compensé par la qualité des dialogues, l’acuité du regard porté sur le milieu artistique et l’autodérision permanente d’Isabelle Huppert. Marc Fitoussi brosse ainsi un portrait aussi drôle que cruel de la condition de figurant, sans jamais perdre de vue l’humanité de son personnage. Une excellente comédie qui conjugue intelligence, émotion et mordant.