Colossal, un film de Nacho Vigalondo : critique

Colossal, le nouveau film de Nacho Vigalondo (avec Anne Hathaway), est sorti le 7 avril dernier aux États-Unis,  et sortira ce 27 juilet en France directement en e-cinema. Nouveau bon film à ne pas avoir les honneurs d’une sortie salle, ou fiasco évité de justesse : la réponse en avant première.

Synopsis : Une femme ordinaire découvre qu’elle est mentalement liée à un lézard géant qui menace de détruire Tokyo.

Après un premier long prometteur entre thriller et comédie noire sur fond de paradoxe temporel (Time Crimes), une rom-com extraterrestre déjantée et le thriller expérimental un peu fouilli mais fréquentable Open windows avec Elijah Wood et l’ex-porn star Sasha Grey (50 nuances de Grey aurait eu bien plus de piment avec elle), Nacho Vigalondo revient avec un concept toujours aussi délirant.

Dans Colossal, le réalisateur espagnol, dont c’est le deuxième film américain, dirige un casting trois étoiles. Face à Anne Hathaway, dans le rôle d’une alcoolique paumée, s’affrontent Jason Sudeikis (Comment tuer son boss ?, Les Miller) et le très fringant Dan Stevens (Downton Abbey, The guest) . Si les acteurs et la mise en scène sont au poil, malheureusement, le mélange de comédie romantique, drame et fantastique ne fonctionne à aucun moment. La caractérisation s’étale pendant plus d’une demi-heure sans rendre attachant aucun des personnages qui gesticulent et blablatent dans le vide. Le personnage de Dan Stevens est inexistant et quant aux deux autres, sensés être amis depuis le lycée, rien ne marche. L’arrivée du surnaturel, via essentiellement des images de journaux télévisées (prolongation des écrans utilisés non stop dans son précédent film (Open windows)), lorgne sur la mode des monster-flicks tels que Pacific Rim, Godzilla ou plus récemment Kong Skull Island. Sensée représenter la psyché des deux personnages principaux, la métaphore sur le monstre qui sommeille en nous n’est ni maline, ni un tant soit peu travaillée et l’humour voulu s’avère totalement plat pour ne pas dire affligeant. Dès lors, on assiste consterné à un ramassis de scènes ni drôles, ni impressionnantes, ni même touchantes qui s’étalent sur près de deux heures. Un ennui colossal pour un film à éviter n’ayant même pas l’avantage d’endormir tant la bêtise qui s’affiche énerve.

Dans la pléthore de bons films fantastiques qui finissent en direct to video chez nous (Triangle et Détour de Christopher Smith, The mist de Franck Darabont et sa sortie en salle limitée à deux/trois petits cinéma parisien), Colossal mérite pour une fois son sort ! Espérons que le prometteur Vigalondo se relèvera de cet échec (le film fait un four à l’étranger) et apprendra qu’on ne peut pas forcément obtenir un bon film en mélangeant tout et n’importe quoi, n’importe comment.

Colossal : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=x3riT3SPwtI

Colossal : Fiche Technique 

Réalisateur : Nacho Vigalondo
Scénario : Nacho Vigalondo
Interprétation : Anne Hathaway, Jason Sudeikis, Dan Stevens, Austin Stowell,Tim Blake Nelson…
Montage : Ben Baudhuin, Luke Doolan
Distributeur : Neon
Sociétés de production : Voltage Pictures, Brightlight Pictures
Genre : Comédie, Science fiction, Action
Durée : 1h30
Nationalités : espagnol, canadien
Première sortie : 7 avril 2017 (États-Unis)

 

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Olivier Pastorino
Olivier Pastorinohttps://www.lemagducine.fr/
Auteur du recueil de nouvelles "Nouvelles des Morts" aux éditions Edilivre et du livre de science fiction "Avant la Fin". Féru de Cinéma, de littérature et de Rock.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.