Child’s Play : la Poupée du Mal, le reboot qui aurait mieux fait d’être un DTV

Pire qu’une série B horrifique de bas étage, ce Child’s Play version 2019 est le reboot qui aura réussi le malheureux exploit de faire perdre à la célèbre poupée Chucky tout son charisme et sa personnalité. Et donc toute raison d’être à la franchise. Un constat que même la présence de Mark Hamill au casting et cette envie de moderniser la saga en usant de thématiques d’actualité ne rattraperont pas.

Synopsis : Connue dans le milieu de la haute technologie, l’entreprise Kaslan vient de lancer son nouveau produit : une poupée aux multiples fonctions pouvant intéragir avec tous les appareils de la marque mais également servir de compagnon aux jeunes enfants. Ayant tout récemment emmenagée dans un appartement, Karen Barclay décide d’offrir l’une de ses poupées à son fils Andy, encore perturbé par le récent déménagement. Victime d’un dysfonctionnement, le jouet prénommé Chucky va offrir à Andy des moments d’amusement que l’enfant cherchait. Mais aussi petit-à-petit dévoiler un comportement agressif et psychopathe, entraînant la mort de plusieurs personnes…

Le grand retour de la saga Halloween aurait-il donné des idées aux producteurs pour ressusciter certaines stars horrifiques tombées dans l’oubli ? S’évertuant à perpétuer leur aura par de plus faibles ambitions, comme passer par la case DTV, au point de perdre en prestige. Hellraiser, Massacre à la Tronçonneuse (avec le récent et pitoyable Leatherface), Amityville… Mais comme le cinéma horrifique ne semble fonctionner que par cycles, il aura fallu que Michael Myers explose au box-office pour que les projets soient relancés, pour surfer sur cette nouvelle vague jusqu’à ce que celle-ci ne s’estompe. Donc, après le fameux bogeyman créé par John Carpenter, c’est au tour de la célèbre poupée tueuse Chucky de revenir nous hanter dans les salles obscures. Non pas dans une suite mais dans un reboot, une remise à niveau pour pouvoir attirer de nouveaux spectateurs (en plus des fidèles) et donner un second souffle à une saga en perdition.

Car il faut bien dire que depuis Le Fils de Chucky (sorti en 2004), la franchise inventée par Don Mancini n’a fait que du surplace jusqu’à la réalisation de deux opus (La Malédiction de Chucky en 2013 et Le Retour de Chucky en 2017). Mais de par leurs statuts de DTVs, leurs sorties étaient littéralement passées inaperçues, du moins aux yeux du grand public. Et vu la qualité plus que mitigée de ses deux « œuvres », autant avouer que même si nous étions bien loin de la médiocrité du Fils de Chucky, l’aura de la saga n’allait pas remonter dans notre estime de la sorte. Et ce même si Brad Dourif, le célèbre interprète de la poupée, répondait encore présent pour notre plus grand plaisir. Non, la série Child’s Play, initiée en 1988 avec Jeu d’enfant comme titre francophone, avait vraiment besoin d’un petit coup de pouce pour revenir sur le devant de la scène. Et sur le papier, ce reboot s’y prêtait bien. Attention, il est bien question de reboot et non de remake ! En effet, si le long-métrage reprend la trame principale (un enfant se faisant poursuivre par une poupée tueuse) et les personnages du film originel (le jeune Andy et sa mère, Chucky…), il amène la saga vers une toute autre direction. Ici, il n’est point question d’un psychopathe transférant son âme par formule vaudou dans un corps en plastique, mais plutôt une IA défectueuse qui va transformer un jouet bienveillant en véritable machine à tuer. À partir de ce postulat, l’envie des scénaristes et producteurs de vouloir moderniser l’œuvre se fait irrémédiablement ressentir. L’envie d’éviter de fournir au public une coquille vide, préférant pour le coup livrer un divertissement ayant un fond d’actualité : le développement de la haute technologie, le danger qu’elle représente, la place trop importante dans notre société des gadgets téléphoniques et informatiques… Avec cela en poche, ce Child’s Play version 2019 partait quelque peu gagnant ! Mais cette idée, si honorable soit-elle, va également se présenter comme l’erreur fatale du projet : dénaturer Chucky et lui atténuer son charisme.

Car il ne faut pas se leurrer : si les films précédents fonctionnent encore aujourd’hui, c’est notamment grâce à son personnage éponyme. Un véritable tueur, cruel et sadique, se retrouvant enfermé dans un jouet. Ce qui ne l’empêchait pas d’éliminer ses victimes, de proférer des insultes et autres insanités… Voilà ce qui faisait le charme de Chucky : un psychopathe visuellement inattendu, qui procurait pour le coup une jouissance maladive à son encontre, renforcée par l’interprétation de Brad Dourif – ce rire ! Bref, un antagoniste dont l’apparence ne s’y prêtait pas avec de la personnalité, beaucoup de personnalité. Ici, rien que d’en faire une simple machine ayant subi la fureur d’un employé en pleine déprime (qui trafique par vengeance l’IA), la poupée perd cette fameuse personnalité. Alors oui, c’était peut-être aussi pour éviter de refaire une scène de possession vaudou – ce qui de nos jours aurait paru bien ridicule –, mais cela n’est vraiment pas sans conséquence. Ce personnage que nous aimions tant se retrouve sans mauvais jeu de mot sans âme, sans charisme. Et surtout sans aucune logique : s’il est compréhensible que Chucky tue, comment peut-il alors se montrer aussi sadique que son modèle, étant donné qu’il est une machine et non un tueur ? Et ne pointez pas du doigt la scène où les personnages regardent un extrait de Massacre à la Tronçonneuse 2 ! Cela explique un geste de la poupée, non pas ses mises en scène morbides avec ses victimes. Non, ce Child’s Play nous délivre un Chucky sans prestance ni charisme, n’étant pas aidé par un look vraiment approximatif. Sans parler des effets visuels, qui – comble de l’ironie – se révèlent être beaucoup moins détaillés que dans les films précédents (expressions du visage, gestuelle, possibilités d’action…). Il ne reste plus que l’interprétation vocale de l’excellent Mark Hamill. Car s’il ne parvient pas à faire oublier celle de Dourif, il arrive à donner un côté un chouïa jouissif à ce Chucky de seconde zone.

Mais mise à part le ratage du personnage, Child’s Play se loupe également en beauté dans le reste de ses ambitions. Et pour cause, c’est bien beau de vouloir appuyer sur certaines thématiques. Mais à quoi bon, si ce n’est que pour finir le film sur un climax grandiloquent ? Une sorte de Small Soldiers horrifique ? Comme certains changements vis-à-vis de l’histoire originelle, qui n’apportent ici rien du tout. Avec pour exemple le fait qu’Andy soit dans ce long-métrage malentendant, muni d’un appareil auditif. Ce détail ne sert qu’à avoir la voix de Chucky dans l’oreille du gamin pendant quelques secondes. Ou encore faire d’Andy et de ses copains une bande d’adolescents – rappelons que dans le premier film, le protagoniste n’avait que 6 ans – juste parce que cela avait fonctionner avec le Ça d’Andrés Muschietti (les producteurs étant les mêmes). Sans parler de la vague Stranger Things qui se propage actuellement. Non, ce reboot apporte des changements qui n’ont pas lieu d’être. Et ceux, légitimes, il ne les développe pas suffisamment pour faire honneur à la promesse du synopsis. Un constat vraiment malheureux que ne vient pas aider le rendu final de ce divertissement à l’ancienne.

Oui, ce Child’s Play désire renouer avec l’esprit des anciens films d’horreur. Celui où nous avions droit à des séquences de meurtres plutôt généreuses en termes d’hémoglobine et n’ayant clairement pas peur du second degré. Ici ce genre de séquences, vous y aurez droit : la tête d’un homme passant sous une tondeuse, des os qui sortent des genoux suite à une chute, une victime tombant en plein sur une scie circulaire en marche… Mais elle se montre bien trop rares pour que cela fonctionne comme il se doit. D’autant plus que le long-métrage aborde une ambiance un peu trop sérieuse pour que ces fulgurances macabres fassent mouche. Pire, certains passages se veulent kitschs, clichés à souhait, mais en deviennent très vite ridicules. La faute revenant principalement à une mise en scène aux abonnés absents, un sérieux manque de personnalité visuelle (encore et toujours cette personnalité…) et le très mauvais jeu des acteurs (le jeune Gabriel Bateman parvient tout de même à tirer son épingle du jeu). Et côté horreur, le film se lance dans des jeux de lumière grossiers et les jump scares les plus grotesques qu’ils nous aient été donnés de voir depuis des décennies. Ce qui en dit long sur le niveau de ce film…

Refonte du matériau de base pour plus de fraîcheur, thématiques d’actualité pour enrichir l’histoire, Mark Hamill remplaçant Brad Dourif… nous voulions l’apprécier ce Child’s Play, sincèrement ! Nous espérions même qu’il ne soit qu’un divertissement de série B sympathique sachant agréablement faire passer le temps un samedi soir. Il n’en sera malheureusement rien, le métrage passant à côté de ses grands atouts et réduisant au maximum l’aura de son psychopathe vedette. Avec une telle approche, Child’s Play est ce que la plupart de ses aînés ont évité jusqu’à présent (hormis Le Fils de Chucky) : un titre horrifique d’une banalité et d’un ridicule affligeants. Il ne reste plus qu’à voir ce que Don Mancini, totalement absent de ce projet, compte faire par la suite pour redorer le blason de sa création. Pour le moment, il est question d’une série TV, avec la participation de Brad Dourif qui reprendra son rôle emblématique. Mais pour l’instant, nous devons nous contenter de ce reboot opportuniste et oubliable au possible, qui aurait mieux fait de passer directement par la case DTV plutôt que de se payer le luxe d’une sortie en salles.

Child’s Play : la Poupée du Mal – Bande-annonce

Child’s Play : la Poupée du Mal – Fiche technique

Titre original : Child’s Play
Réalisation : Lars Klevberg
Scénario : Tyler Burton Smith, d’après les personnages créés par Don Mancini
Interprétation : Gabriel Bateman (Andy Barclay), Aubrey Plaza (Karen Barclay), Mark Hamill (Chucky), Tim Matheson (Henry Kaslan), David Lewis (Shane), Brian Tyree Henry (inspecteur Mike Norris), Trent Redekop (Gabe), Ty Consiglio (Pugg)…
Photographie : Brendan Uegama
Décors : Dan Hemarsen
Costumes : Jori Woodman
Montage : Tom Elkins et Julia Wong
Musique : Bear McCreary
Producteurs : Seth Grahame-Smith et David Katzenberg
Productions : Metro-Goldwyn-Mayer, Orion Pictures, TF1 Studio, BRON Studios, Bron Creative, KatzSmith Productions et Oddfellows Entertainment
Distribution : Paramount Pictures
Budget :  10 M$
Durée : 92 minutes
Genre : Horreur
Date de sortie : 19 juin 2019

États-Unis – 2019

Note des lecteurs3 Notes
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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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