Adieu Mandalay, un film de Midi Z : critique

Faire cohabiter la fiction et l’aspérité politique peut devenir un casse tête cinématographique. C’est avec son style naturaliste, proche du documentaire, que Adieu Mandalay de Midi Z pointe son regard sur le destin de deux clandestins (Lianqing et Guo) qui passent en catimini les frontières en friche de la Birmanie pour essayer de s’épanouir sur les terres de la Thaïlande.

A partir de ce duo, qui va voir naître un couple, dont les envies semblent malheureusement unilatérales et bien distinctes, Midi Z va construire sa trame et définir par ce biais le mot clandestin. Ce fil rouge va se voir conjuguer au thème principal qu’est la liberté. La démonstration que nous offre le réalisateur ne révolutionne pas la vision même de la clandestinité et le rouage de la jungle mondialisée mais dévoile les conséquences de la déshumanisation des rapports humains. Premièrement, le cinéaste nous présente le clandestin comme étant une personne tributaire de l’environnement duquel il essaye de s’extirper, où l’insécurité financière est quotidienne.

Que cela soit pour passer les frontières ou pour essayer de trouver un premier emploi sans permis de travail, Lianqing est au cœur d’un système où règne la corruption d’autorités locales vénales. Le début du film est schématique et n’est qu’une succession de situations où Lianqing doit passer d’un point A vers un point B. Adieu Mandalay est très factuel dans son processus d’écriture et ne tourne jamais autour du pot. Et c’est dans ces moments-là que l’aspect fictionnel se fait étroit.

Le cinéma de Midi Z n’est pas sans rappeler celui de Tsai Ming-Liang : un cinéma chinois austère qui joue sur la répétitivité et la puissance du temps où la minutie du travail sur le cadre amplifie la fragilité de la condition de vie de personnages en pleine quête d’identité. Fait de plans fixes qui cloisonnent son univers et la folie qui grandit en son sein, Adieu Mandalay incorpore son humanité avec parcimonie. L’émotion, qui se veut subtile et fugace, n’est à première vue, pas la caractéristique première de ce long métrage. Mais par cette froideur naturaliste, qui se propage dans la plonge d’un restaurant ou la chambre d’un hôtel de luxe qui suinte la mort, Midi Z nous immisce avec plus de force dans l’engrenage mécanique et routinier du chemin de croix de ces clandestins qui ne savent pas si le lendemain leur sourira. Ils travaillent, mangent, dorment, cherchent des papiers, payent des commissions. Puis les choses se répètent, encore et encore. Ce n’est que lors de brèves mais sublimes scènes de transport à l’arrière d’une camionnette ou d’un van que Adieu Mandalay respire, lève les yeux au ciel et permet à ses personnages de ressentir une once de liberté dans le creux de leur main.

Mais de cette répétition, l’émancipation à la fois du récit et des personnages s’accroit pour nous faire comprendre l’envie de chacun. Les objectifs de vie et la motivation ne sont pas les mêmes, surtout entre Guo et Lianqing : lui veut gagner assez d’argent pour commencer un petit commerce en Birmanie et elle, rêve d’un peu plus grand. Et cette incertitude sur un futur assez flou est la raison même de l’affaiblissement de la proximité des liens entre les personnages, qui sont pour la plupart du temps hiérarchiques ou d’ordre de créancier. C’est pourquoi le film, et Midi Z, accentuent l’enfermement spatial des personnages et leur isolement émotionnel à la fois par le cadre esthétique et le mutisme évident.

A l’image du couple que forment Lianqing et Guo qui s’avère inexistant. Lui est amoureux, elle froide comme la pierre. Il pense à eux, elle réfléchit à partir. La beauté ne coule pas de source mais elle est bien présente. Dans ce couple qui n’en est pas un, c’est la dureté et la tristesse de deux individualités qui s’opposent. Au travers de la pugnacité de Lianqing, Adieu Mandalay n’est pas simplement un film sur les clandestins, mais c’est aussi et surtout une œuvre qui observe le combat des femmes dans leur cheminement face aux obstacles qu’elles doivent endurer, notamment « l’animalité » des hommes. Adieu Mandalay est à la fois la chronique d’un système qui mène ses jeunes gens à leur perte, habituellement servant de chair à canon et le portrait extrêmement compassionnel d’une dérive humaine qui aboutira à des éclaboussures de sang inévitables.

Adieu Mandalay : Bande Annonce

Synopsis : Liangqing et Guo, deux jeunes birmans, émigrent clandestinement en Thaïlande. Tandis que Liangqing trouve un emploi de plonge dans un restaurant de Bangkok, Guo est embauché dans une usine textile. Sans papiers, leur quotidien est plus que précaire et le jeune couple ne partage pas les mêmes ambitions : si Guo veut gagner assez d’argent pour retourner en Birmanie, Liangqing est prête à tout pour obtenir un visa de travail et échapper à sa condition.

Adieu Mandalay : Fiche Technique 

Réalisation: Midi Z
Interprètes: Kai Ko, Wu Ke Xi
Photographie : Tom Fan
Musique : Giong Lim
Montage : Matthieu Laclau
Production : Patrick Mao Huang
Société de Production : Seashore Images Production
Société de Distribution: Les Acacias
Genre : Drame Social
Durée : 108 minutes

Date de sortie : 26 avril 2017

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