O Marinheiro das Montanhas : lorsque le cinéma rencontre l’identité

Ce documentaire, signé Karim Aïnouz (présenté en séance spéciale au Festival de Cannes en 2021), est avant tout un voyage initiatique. À travers sa caméra, le réalisateur raconte l’Algérie comme une lettre, presque un poème, à sa mère Iracema. Ce film aborde des sujets intimes tels que le lien ambivalent entre le déracinement et l’appartenance mais également entre la mémoire et le souvenir.

Une documentation au service d’un memento identitaire

Dans O Marinheiro das Montanhas, c’est une approche presque académique d’une vie alternative que nous offre Karim Aïnouz. En soulevant la question universelle de l’identité, particulièrement intrinsèque aux enfants de familles multiculturelles, le réalisateur pousse le spectateur à philosopher sur sa propre essence : qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes ? Comment aurait été ma vie si j’étais né(e) de l’autre côté de l’océan ? Afin de comprendre la portée du film, il faut se plonger dans l’histoire personnelle et artistique du réalisateur. On observe dans le travail de Karim Aïnouz, une récurrence de thèmes bien pensés, au ton romantique. À travers des histoires profondes et complexes, c’est bien souvent la question de l’identité qui est mise en avant. Les personnages créés par le réalisateur semblent projetés dans un processus de déconstruction, puis de reconstruction. Ces derniers se retrouvent d’abord confrontés à un déchirement, un abandon ou encore un exil puis à une rencontre des autres et corrélativement d’eux-mêmes.

O Marinheiro das Montanhas, s’inscrit dans cette récurrence d’une manière intimement plus particulière puis qu’il ne s’agit plus d’une œuvre de fiction mais d’un documentaire biographique. L’œuvre retranscrit le premier voyage en Algérie de Karim Aïnouz. Le réalisateur, né au Brésil d’une mère brésilienne et d’un père algérien, décide de filmer son premier contact avec la terre de son père, celle de ses ancêtres pour enfin comprendre qui il est. À travers son objectif, c’est alors le portrait d’une Algérie post-coloniale qui est dressé : vivante, colorée, presque familière pour le spectateur mais également d’une Algérie marquée par son histoire. C’est en fait, une rencontre entre les vestiges de l’identité coloniale et l’identité nationale retrouvée. Le réalisateur semble jouer avec la frontière entre le connu et l’inconnu, dans sa propre histoire mais également dans celle des Algériens. Ce documentaire prend alors la dimension d’une petite pièce dans une œuvre bien plus grande, à l’image du puzzle d’une vie, sa vie.

Une réelle expérience artistique et audiovisuelle

Outre son aspect initiatique, ce documentaire a une réelle vocation artistique. C’est une œuvre pensée comme un récit : introduite, ponctuée et conclue. Par le biais de lumières stroboscopiques et de filtres de couleur, une démarcation plus ou moins claire semble être faite entre le passé (argentique) et le présent (vidéo). L’usage de ces deux procédés permet une représentation exacerbée de la désorientation et du torrent émotionnel traversé par le réalisateur dans sa quête de lui-même.

Dans le travail du cinéaste, la performance esthétique prime sur la performance technique. En employant plusieurs procédés de filmage dans ses films ou œuvres visuelles, Karim Aïnouz apparaît comme un prodige de l’audiovisuel. On peut attester qu’O Marinheiro das montanhas ne déroge pas à cette règle. Grâce à des plans variés, axés tantôt sur des paysages, tantôt sur des visages, ce documentaire s’apparente à un hymne à l’humanité et à la beauté du naturel, du quotidien. C’est avec une grande curiosité et avec beaucoup d’honnêteté que la caméra du réalisateur s’attarde sur des petits moments de vie au sein de ce pays et de cette famille enfin retrouvés. De plus, la musique traditionnelle, ponctuelle,  souvent précédée et suivie de silences intenses renforce l’expérience audiovisuelle pour le spectateur, à son tour téléporté en Algérie. C’est ce rapport étroit entre le complexe et la simplicité qui contribue à faire d’O Marinheiro das Montanhas une œuvre intime et une expérience audiovisuelle à part entière.

Bande-annonce – O Marinheiro das Montanhas 

Fiche Technique – O Marinheiro das Montanhas 

Titre original : O Marinheiro das Montanhas
Titre français : Marin des Montagnes
Réalisation : Karim Aïnouz
Scénario : Karim Aïnouz et Murilo Hause
Pays d’origine : Brésil
Genre : Documentaire
Durée : 95 minutes

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Festival

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