Certain Women de Kelly Reichardt en compétition à Deauville

 Visuellement beau, Certain Women souffre d’un manque de vie

Premier film en compétition vu cette semaine, Certain Women de Kelly Reichardt (Night Moves) est d’un ennui surprenant au vu de son casting pourtant alléchant, puisque mené par la très en vogue Kristen Stewart et l’excellente Laura Dern. La réalisatrice ne les utilise que trop peu et indépendamment, dans un film qu’elle divise en chapitres distincts.

Au cœur du Montana, trois femmes, trois destins qui se croisent. Celui d’une avocate qui intervient lors d’une prise d’otage orchestrée par l’un de ses clients, un homme mécontent persuadé d’avoir été lésé dans le jugement rendu. Celui d’une femme qui s’installe avec son mari dans une nouvelle maison et prend conscience du différend qui les sépare quand ils cherchent à persuader un vieil homme de vendre son stock de pierres. Celui, enfin, d’une ouvrière agricole qui se lie d’amitié avec une jeune avocate, laquelle se retrouve à devoir animer les ateliers d’aide juridique pour adultes.

Suivant le schéma toujours ardu du film choral, le film s’anime dans un triptyque dont on a du mal à saisir l’objet. Sans doute celui de la solitude, trop facilement mis en exergue par des plans fixes redondants, un silence agaçant, et un vide omniprésent. Et en jouant la carte de cette contemplation intime et sociale, Kelly Reichardt perd son spectateur quasi instantanément ; en cause la mollesse du scénario et l’inertie des personnages. Pire encore, en reliant maladroitement chacun de ses destins, la réalisatrice tisse un patchwork de dialogues évasifs et d’images creuses.

C’est d’autant plus regrettable que les intentions du film étaient bonnes. Féministe sans être militante, la réalisatrice dresse trois portraits singuliers, aucun ne correspondant à l’archétype souvent véhiculé de la femme moderne: indépendante, éduquée et urbaine.  Mais chacune y puisant un certain caractère, l’une est le patron de son mari, l’autre est une paysanne qui assiste à des cours du soir. A elles trois elles sont une multitude ; toutes subissent à un moment donné le poids de l’inégalité, que ce soit professionnellement, familialement ou sentimentalement parlant. Kelly Reichard dirige cela avec une certaine justesse et délicatesse, et s’offre parfois même le luxe de l’esthétisme dans le cadrage et l’éclairage.

Pourtant il est dur d’apprécier les qualités de ce film tant ses défauts le freinent… Certain Women est peut-être de ce genre qui se savoure après coup, une fois dépassé le cadre imposé, mais de la salle on en ressort atone.

Certain Women : Bande-annonce

Adapté du roman « Both Ways Is The Only Way I Want It » de Maile Meloy, réalisé par Kelly Reichardt (Wendy and Lucy, Meek’s Cutoff) avec Michelle Williams,  Kristen Stewart, Laura Dern, Jared Harris, René Auberjonois et Lily Gladstone.

Festival

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Grégoire Lemaître
Grégoire Lemaîtrehttps://www.lemagducine.fr/
Étudiant en histoire de l'art et passionné d'images en tout genre (qu'elles soient picturales, photographiques, ou filmiques) j'écris pour le plaisir de partager les œuvres qui m'ont marqué. Mon coeur balance entre l'ésotérisme de cinéastes comme Herzog ou Antonioni (pour ne citer qu'eux), l'audace de réalisateurs comme Wes Anderson ou Bertrand Bonello, et les grands noms made in U.S.A. Je voue également un culte sans failles à Audrey Hepburn. Dernièrement mes plus grands frissons viennent du petit écran, notamment avec The Leftovers, Rectify ou The Americans.

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