Sévan Lesaffre

Titulaire d’un Master 2 en Histoire, esthétique et théorie du cinéma, auteur d’un ouvrage qui concerne l’analyse du corps filmique de Judy Garland, jeune membre du jury du Festival International du Film d'Amiens 2017 présidé par Alexandra Stewart, critique et rédacteur pour CineChronicle.com pendant deux ans, je couvre le festival du film francophone d’Albi « Les Œillades » depuis 2018 et le FIFAM en 2022.

Une nuit au Louvre : Léonard de Vinci, gros plan sur les chefs-d’œuvre du génie de la Renaissance

Filmée spécialement pour le cinéma, cette visite guidée de l’exposition événement est l’occasion unique de contempler au plus près quelques uns des chefs-d’œuvre de Léonard de Vinci. Réalisé par Pierre-Hubert Martin, le documentaire entraîne le spectateur dans une déambulation nocturne au Louvre en compagnie des commissaires Vincent Delieuvin et Louis Frank, dont les interventions viennent éclaircir la technique picturale du maître de la Renaissance italienne. Gros plan sur les regards énigmatiques de la Belle Ferronnière, de la Vierge aux rochers ou de la Sainte Anne, qui, cinq siècles après la mort du génie toscan, fascinent toujours. 

Greenland, le dernier refuge : Apocalypse à échelle humaine

En se focalisant sur la trajectoire d’une famille américaine meurtrie par un cataclysme sans précédent, Greenland parvient à conjuguer avec habileté drame intimiste et grand spectacle propre au blockbuster. Si les deux heures de chaos sont inégales et les effets spéciaux de qualité aléatoire, Ric Roman Waugh, qui aborde la thématique si actuelle du confinement, s’intéresse ici à la psychologie des personnages en crise et maintient la tension constamment alimentée par l’urgence.

Terrible Jungle : Deneuve vs Cohen, que diable allaient-ils faire dans cette galère ?

Le dédale de lianes et de fougères n’est ici qu’un prétexte pour juxtaposer une série de sketches lourdauds ou autres singeries outrancières générant l'ennui. Deneuve s'embourbe dans cette farce bavarde, qui, malgré la beauté sauvage des paysages réunionnais, sonne faux sur toute la ligne.

Scooby!, un lifting numérique raté pour le célèbre chien détective

Revisitant le célèbre cartoon des studios Hanna-Barbera, Scooby! s’adresse avant tout à la jeune génération. Hélas, Tony Cervone dénature la curieuse bande d’adolescents de "Mystère et Cie" ainsi que sa mascotte, le chien Scooby-Doo. Ici, les méthodes d’investigation peu ordinaires de Fred, Daphné, Véra et Sammy, inspirent un crossover au scénario bancal, tâtonnant entre nostalgie de la série originale et modernité du jeu vidéo.

Julie Andrews, la mélodie d’une vie : portrait d’une icône

Icône disneyenne pour les uns, égérie edwardsienne pour les autres. Julie Andrews a enchanté Broadway et la comédie musicale hollywoodienne à travers une poignée de rôles mythiques passés en revue dans le documentaire d’Yves Riou. Retour sur la prolifique carrière faite de rencontres déterminantes et de choix audacieux de la comédienne britannique à la voix cristalline et à l’aura ensorceleuse, descendue si gracieusement des nuages du ciel londonien en 1964 dans le classique de Walt Disney. 

Judy de Rupert Goold, un biopic artificiel et sans éclat

Réalisé par le britannique Rupert Goold, Judy se focalise sur le dernier tour de chant de l’iconique Miss Show Business, destin tragique façonné par Hollywood. La mise en scène impersonnelle rappelle que Renée Zellweger, qui succède à Judy Davis dans le rôle-titre, n'a pas l'aura de son modèle. Le biopic, qui tient davantage du mélodrame stérile que d'une enquête pointue sur la personnalité de Judy Garland, rend froidement hommage à la légendaire interprète d’Over The Rainbow et le spectateur assiste désemparé au ressassement perpétuel des mêmes clichés inertes. Car si la MGM lui a donné la gloire, Frances Gumm est en réalité une femme fragile, solitaire, perdue au beau milieu de la route de briques jaunes qui a pavé toute sa carrière d'actrice. Voici donc comment Hollywood va la pousser au bord du précipice..

Le Voyage du Dr Dolittle de Stephen Gaghan, une odyssée sans envergure

Vaste pantalonnade aux images de synthèse surfabriquées, Le Voyage du Dr Dolittle mis en scène par Stephen Gaghan est engoncé dans son étui de blockbuster. La prestation décousue de Robert Downey Jr. en ermite excentrique et bougon ne sauve pas cette superproduction Universal, loin d’être à la hauteur de son prestigieux casting. Car, si elle s'amuse à pasticher le film de pirates, il manque dans ce cas au singulier personnage le panache de Jack Sparrow.

Revenir de Jessica Palud, un drame familial en pleine campagne 

Découverte en 2013 avec Les Yeux fermés qui avait divisé la critique, puis avec le court-métrage Marlon, un portrait de famille en milieu carcéral remarqué dans plusieurs festivals, Jessica Palud signe un second long métrage consacré aux tourments du monde paysan. Drame familial sobre et sensible porté par un convaincant Niels Schneider, Revenir met en scène un trentenaire retournant dans la ferme qu’il a fuie douze ans plus tôt. Le malaise s’installe lorsque le revenant rencontre l’incandescente Adèle Exarchopoulos. Car le come-back n’est évidemment pas sans conséquence. 

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