Sévan Lesaffre

Titulaire d’un Master 2 en Histoire, esthétique et théorie du cinéma, auteur d’un ouvrage qui concerne l’analyse du corps filmique de Judy Garland, jeune membre du jury du Festival International du Film d'Amiens 2017 présidé par Alexandra Stewart, critique et rédacteur pour CineChronicle.com pendant deux ans, je couvre le festival du film francophone d’Albi « Les Œillades » depuis 2018 et le FIFAM en 2022.

Retour à Reims (Fragments) de Jean-Gabriel Périot : itinéraire d’un transfuge de classe

Déjà présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, Retour à Reims (Fragments), quatrième long-métrage de Jean-Gabriel Périot, est l’adaptation documentaire de l’essai autobiographique éponyme du philosophe et sociologue Didier Eribon. Le réalisateur engagé de Nos défaites et Une jeunesse allemande y retrace, à l’aide d’un foisonnant montage d’archives et de la tessiture intime de la voix d’Adèle Haenel, la douloureuse histoire de la classe ouvrière, de son héritage politique, pour questionner leur représentation et comprendre la société française d’aujourd’hui. 

Programme du 25ème Festival du film « Les Œillades » à Albi

Du 16 au 21 novembre se tiendra à Albi la 25ème édition du Festival Les Œillades. Au programme de cette célébration annuelle du film francophone : 34 longs-métrages en avp dont 11 en compétition, une sélection de 10 séances "coups de cœur", ainsi qu'une expo photo dédiée aux icônes de la Nouvelle Vague immortalisées par l'objectif de Philippe R. Doumic. Deux stages d’analyse filmique encadrés par Alice Vincens, docteur en esthétique du cinéma, mettront également à l’honneur "Le Secret derrière la porte" de Fritz Lang, et le documentaire "Nostalgie de la lumière" du cinéaste chilien Patricio Guzmán.

Respect de Liesl Tommy : la voix d’Aretha

Tout comme Lady Sings the Blues ou le tout récent Billie Holiday, une affaire d’État portés respectivement par Diana Ross et Andra Day, Respect raconte la destinée tourmentée d’Aretha Franklin. Hélas, en obéissant aux conventions étriquées du biopic musical, Liesl Tommy émousse les aspérités de cette femme hantée depuis l'enfance par un traumatisme indélébile. Il y a ici trop peu d’idées de mise en scène pour donner un quelconque relief à l’ensemble.

La Fine Fleur de Pierre Pinaud : à fleur de Frot

Conte rural poétique ou feel-good movie à la française porté par la fantaisie coquette d’une Catherine Frot toujours rayonnante, La Fine Fleur, second long-métrage de Pierre Pinaud, distille un charmant parfum bucolique. 

Cruella de Craig Gillespie, préquel à peine cruel

Après avoir raconté la genèse de Maléfique, le studio Disney s'attaque à une autre méchante emblématique issue du grand classique d'animation Les 101 Dalmatiens, sorti en 1961. Le réalisateur australien Craig Gillespie (Moi, Tonya) livre ici sa version féminine et aseptisée du Joker, en troquant l’antipathique Cruella croquée par Marc Davis contre le visage angélique d'Emma Stone. 

La Maison de la mort de James Whale, chef-d’œuvre de l’horreur gothique

Un an après le succès de Dracula et de Frankenstein (1931), grands classiques d’Universal Pictures ayant tous deux fixé les conventions et l'iconographie de l'horreur gothique, James Whale offre à l'immense Boris Karloff, icône de l'âge d'or des "Universal Monsters", le rôle d'un majordome patibulaire dans La Maison de la mort (The Old Dark House), autre chef-d’œuvre de l’épouvante typique de l'ère Laemmle Jr.

Les Aventuriers du Lucky Lady : la sérénade à trois vue par Stanley Donen

En 1930, une chanteuse de cabaret et deux compagnons se lancent dans le transport illégal de l’alcool, du Mexique jusqu’en Californie, à bord d’un petit voilier, le Lucky Lady. Stanley Donen nous plonge dans l’Amérique de la Prohibition et signe une comédie d’aventures aux accents vaudevillesques sortie en 1975. Une œuvre méconnue pastichant le film de gangsters, portée par la pétillante Liza Minnelli, le séduisant Burt Reynolds et l’immense Gene Hackman.

L’Enfant rêvé de Raphaël Jacoulot : paternité trouble

De deux solitudes désespérées naît un amour adultère éphémère. Quatrième long-métrage de Raphaël Jacoulot, L’Enfant rêvé met en scène un couple en crise qui doit faire le deuil de sa progéniture biologique. Si Jalil Lespert est habité par la démence spectrale de son personnage, on a connu Louise Bourgoin plus épanouie dans d’autres rôles de femmes fatales ou parvenues mieux écrits.

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