Terrible Jungle : Deneuve vs Cohen, que diable allaient-ils faire dans cette galère ?

Le dédale de lianes et de fougères de Terrible Jungle n’est qu’un prétexte pour juxtaposer une série de sketches lourdauds et autres singeries outrancières générant l’ennui. Ici, Hugo Benamozig et David Caviglioli engagent le personnage de Catherine Deneuve qui s’embourbe dans cette farce chaotique fragilisée par une absurdité redondante et des dialogues qui ne sonnent pas toujours juste. En outre, le fil conducteur, à savoir la relation mère/fils, se dénoue à mesure que l’équipe d’apprentis explorateurs s’enfonce dans cette curieuse forêt amazonienne investie par des contrebandiers..

Tourné à la Réunion, Terrible Jungle, premier long-métrage de Hugo Benamozig et David Caviglioli, met en scène Eliott de Bellabre, un jeune anthropologue candide et idéaliste (Vincent Dedienne) parti étudier les Otopis, un peuple mystérieux d’Amazonie, contre la volonté de Chantal, sa mère (Deneuve) trop envahissante. Inquiète, n’ayant plus de nouvelles de son fils depuis plusieurs semaines, celle-ci se lance à sa recherche et s’aventure dans une étrange forêt tropicale semée d’embûches..

Hélas, les réalisateurs se retrouvent dans une impasse. Ici, le dédale de lianes et de fougères n’est qu’un prétexte pour juxtaposer une série de sketches lourdauds et autres singeries outrancières qui ennuient le spectateur et tirent constamment le film vers le bas. Malgré un tempo soutenu, le fil conducteur — retrouver Eliott, caricature du trentenaire en crise étouffé par sa mère poule, surjoué par Vincent Dedienne (Premières vacances) —, se dénoue à mesure que l’équipe d’apprentis explorateurs branquignols, guidée par l’incompétent lieutenant-colonel Raspaillès (l’extravagant Jonathan Cohen, totalement à côté de la plaque), s’enfonce dans cette curieuse jungle amazonienne investie par des contrebandiers.

En effet, Terrible Jungle manque « terriblement » de consistance et ce jusqu’à la résolution — trop prévisible —, de l’intrigue ; l’absurdité redondante et les situations rocambolesques l’emportent sur l’étude scientifique de la loufoque tribu d’indigènes imaginaire, des personnages atypiques trop schématiques tels qu’Albertine ou Conrad, respectivement interprétés par Alice Belaïdi (L’Ascension) et Patrick Descamps (Chez nous, Médecin de campagne, La Commune), mais également sur celle des rapports mère/fils, ce parallélisme étant l’unique point fort apparent du scénario. Au final, la petite troupe de comédiens s’embourbe dans cette farce saugrenue et bavarde, qui, malgré la beauté sauvage des paysages réunionnais, sonne faux.

Quant à la vraie star du film — celle qui fut jadis la vedette de la comédie Le Sauvage de Rappeneau en 1975 —, qui semblait enfin vouloir quitter sa zone de confort en se métamorphosant en aventurière intrépide et méprisante, elle y tient encore le même rôle, le seul qu’on lui offre depuis Tout nous sépare, La Dernière Folie de Claire Darling, L’Adieu à la nuitFête de Famille ou plus récemment encore La Vérité, celui de l’éternelle bourgeoise inexpressive au ton monocorde, au débit immuable, et à la moue hystérique ponctuant infailliblement chaque réplique. Pour ceux qui ne parlent pas le Deneuve couramment, son expédition inattendue dans cette Terrible Jungle rappelle que, de nos jours, on ne voit que trop rarement l’actrice accepter un vrai rôle de composition.

Le tact dans l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin. Voilà donc un navet « exotique », certes, mais un navet malgré tout. Gabin avait raison : « Pour faire un bon film, il faut trois choses : Un bon scénario, un bon scénario et un bon scénario ». 

Sévan Lesaffre

Terrible Jungle — Bande-annonce

Synopsis : Eliott, un jeune aventurier naïf, décide de partir en Guyane pour trouver les Otopis, une tribu indienne vivant dans la forêt amazonienne. Persuadé qu’il va découvrir un paradis sur terre, il déchante en s’apercevant que les Otopis sont des gangsters de la jungle, dont la cheffe est une Indienne qui fait affaire avec des trafiquants d’or. Dans cet environnement hostile, Eliott va aussi devoir affronter sa mère tyrannique , escortée par le lieutenant-colonel Raspaillès, un commandant de la gendarmerie locale…

Terrible Jungle – Fiche technique

Réalisation : Hugo Benamozig et David Caviglioli
Scénario : Hugo Benamozig et David Caviglioli
Avec : Catherine Deneuve, Vincent Dedienne, Jonathan Cohen, Alice Belaïdi, Patrick Descamps, Estéban, Stéphan Beauregard, Jonas Dinal, Guillaume Duhesme, Luca Besse…
Photographie : Yann Maritaud
Montage : Audrey Simonaud
Son : François Abdelnour
Production : Leonard Glowinski
Musique : Ulysse Klotz
Distribution : Apollo Films
Durée : 1h30
Genre : Comédie / Aventure
Date de sortie : 29 juillet 2020

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.
Sévan Lesaffre
Sévan Lesaffrehttps://www.lemagducine.fr/
Titulaire d’un Master 2 en Histoire, esthétique et théorie du cinéma, auteur d’un ouvrage qui concerne l’analyse du corps filmique de Judy Garland, jeune membre du jury du Festival International du Film d'Amiens 2017 présidé par Alexandra Stewart, critique et rédacteur pour CineChronicle.com pendant deux ans, je couvre le festival du film francophone d’Albi « Les Œillades » depuis 2018 et le FIFAM en 2022.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.