Romaric JOUAN

Vieux briscard de la cinéphilie de province, je suis un pro de la crastination, à qui seule l'envie d'écrire résiste encore. Les critiques de films sont servies, avant des scénarii, des histoires et cette fameuse suite du seigneur des anneaux que j'ai prévu de sortir d'ici 25 ans. Alors oui, c'est long, mais je voudrais vous y voir à écrire en elfique.

Kingdom, saison 2 : et ça continue, encore et en Corée

Fable historique à la rescousse d'un pilier de la culture pop, les 6 épisodes sont la juste récompense d'aventuriers de la série B épuisés de retrouver un intérêt à une énième production de trop sur le sujet. Les voilà comblés, et même en partie réconciliés avec les exigences plus pointues de cinéphiles bien las eux aussi de leurs dernières escapades sur ces territoires. 

La colline aux coquelicots, (Kokuriko zaka kara) de Goro Miyazaki : un fugitif passé

C'est là tout l'itinéraire de La Colline aux coquelicots : au-delà des remous d'une histoire d'amour très chaste, emberlificotée dans une série de rebondissements théâtraux assez détonants pour une production Ghibli, au-delà même du film en soi et d'une animation réputée médiocre pour le studio, un vrai échange s'opère, presque pudique, entre deux générations : tout cela est désuet et donc terriblement indispensable.

Rétrospective studio Ghibli : le château dans le ciel, enchanté pour toujours

Le Château dans le ciel avait ainsi tout de l’œuvre de fin de carrière d'un artiste qui la commençait tout juste pourtant, et il a réussi à porter son auteur en recherche de nouveaux territoires à enchanter, avec un souffle épique qui n'est jamais vraiment retombé. Les films d'Hayao Miyazaki ont en commun ces éléments qui en font des œuvres aussi envoûtantes, et qui questionnent toutes les générations et les époques sur leur rapport à la technologie, à l'avenir et aux traces que nous laisserons.

Brimstone : un méchant trop méchant

La tristesse de ce Brimstone est de manquer la cible, à défaut d'avoir une belle flèche. Car le précepte de base est de rappeler ce que l'orangina rouge nous avait déjà appris plus tôt à ce sujet : mais pourquoi est-il si méchant ?

Le lac aux oies sauvages, de Diao Yinan : un polar et quelques signes

Dans le ventre de la Chine, des paysages de ruelles crasseuses, d'arrière salles où une superbe photo matérialise une dépression collective, la poésie, fille de l’abstraction, perle à travers une fine couche de nuages. La rencontre dans une gare des deux protagonistes, un soir de pluie, donne le ton d'un récit structurellement dépaysant, bien que nourri de polars occidentaux: Diao Yinan est lui aussi hanté d'obsessions, d'images et de gestes des films des années 40 et 50 qui nourrissent ce Lac aux oies sauvages d'atmosphères étalant sa mise en scène dans de grandes nappes aussi contemplatives qu'envoûtantes.

Capricci stories : des vies hautes en couleurs

Depuis mars et un premier numéro consacré à Marlon Brando, les éditions Capricci se sont enrichies d'une nouvelle collection, les capricci stories. Enrichie le 20 Juin de deux nouveaux numéros dévoilant en poche les portraits de Mel Gibson et Joan Crawford, elle a depuis accueilli Bruce Lee et Robert Mitchum, en attendant Rita Hayworth.

Dans les marges de Star Wars : y a t-il de la place ?

Aux grands maux, pas de remèdes : l'ignorance, l'impulsivité, la lourdeur et la violence n'ont pas de combattants dignes de ce nom. Star Wars ne compte pas ses profs, ses médecins et, plus cocasse, ses obstétriciens. Alors nous continuerons à aller voir des métrages reposant sur les épaules d'un Atlas collectif de populations désarmées, prêtes à servir diégétiquement la cause cinématographique en sacrifiant leurs existences dans ce grand maelstrom.

The King (David Michôd) : Shakespeare in too much love

Mettre en valeur un texte de théâtre par la grammaire cinématographique, même la plus léchée, est une vraie quadrature du cercle pour les cinéastes, et si l'écrin est splendide, l'exercice est si familier qu'il en devient rapidement un beau bijou triste.

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Le Bronze Coule : Vhagar dans House of the Dragon Saison 2

Et si le vrai personnage de cette saison n’était pas un Targaryen… mais une vieille dragonne de bronze qui a survécu à tout le monde ? Vhagar ne vole pas : elle pèse le temps lui-même. Chaque battement d’aile porte cent quatre-vingt-un ans d’histoire, et quand elle apparaît à l’écran, ce n’est plus du CGI : c’est une cathédrale vivante qui respire.

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