Jonathan Fanara

Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

L’Homme à la caméra, une réalité rehaussée par l’image

C'est un film-somme. L'Homme à la caméra contient à peu près toutes les techniques cinématographiques connues en 1929. Avec un sens de l'image porté à incandescence, Dziga Vertov transporte le spectateur à Odessa, Kiev ou Moscou, y capture des scènes de la vie quotidienne, érige la ville en personnage à part entière et réalise l'une des plus remarquables mises en abîme de l'histoire du cinéma.

La ville au cinéma, un personnage à part entière ?

On la trouve en sous-texte dans n'importe quel bout de péloche : la ville est un lieu d'action, un cadre spatiotemporel, le révélateur d'un milieu ou d'une fonction, un élément qui amorce l'intrigue ou lui donne corps. De Fritz Lang à Hayao Miyazaki en passant par Martin Scorsese ou Woody Allen, nombreux sont les cinéastes à l'avoir exploitée et érigée en personnage à part entière. Elle est tour à tour chiche, grandiose, contemporaine, futuriste, délabrée, high-tech, surpeuplée ou vidée de ses forces vives.

Scarface : un peu des Borgia, beaucoup d’Al Capone, entièrement indispensable

Scarface n'est pas seulement un classique du film de gangsters ayant inspiré des générations entières de cinéastes. C'est plus qu'un relief dans l'immense carrière d'Howard Hawks. C'est un monument de la mise en scène, l'écrin idoine de personnages aux déviances multiples, le révélateur d'une puissance mafieuse en extension constante... Et sans doute, cela va sans dire, un des plus grands films de l'histoire du cinéma.

Dragons 3, l’épanouissement d’Harold

C'est le dernier acte d'une trilogie entamée il y a dix ans. Dragons 3 questionne à nouveau l'amitié et la place de l'homme dans la nature, mais affranchit cette fois ses deux principaux protagonistes, le jeune viking Harold et sa Furie nocturne, dans une trajectoire personnelle et familiale aux mimétismes troublants. Grâce à la technologie baptisée MoonRay, un écrin visuellement bluffant, aux détails saisissants, vient porter des enjeux pluriels tels que l'amour, l'identité et la quête de sécurité.

La Dernière Séance (The Last Picture Show), le pessimisme en héritage

La Dernière séance, c'est en quelque sorte l'antidote aux usines à rêves hollywoodiennes : jeunesse lasse et sans perspectives, géographie du désespoir, libertés offertes par la fin du Code Hays en contradiction directe avec les nombreuses entraves qui maintiennent leur emprise sur les personnages... Peter Bogdanovich réalise le film le plus pessimiste du Nouvel Hollywood avec un classicisme quasi suranné.

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