« Network, main basse sur la télévision » : des tonnes et des dieux

Network, main basse sur la télévision paraît chez Carlotta Films en DVD/Blu-ray. Sidney Lumet démontre l’étendue de ses qualités de metteur en scène dans un film pamphlétaire interrogeant les rapports toxiques – et étroits – entre le microcosme télévisuel et l’argent…

Une caméra a-t-elle déjà été plus intrusive ? Sidney Lumet la poste aux quatre coins d’une chaîne de télévision, de la régie du JT aux assemblées d’actionnaires, du présentateur vedette au représentant de conglomérat. Il l’emploie non seulement pour caractériser ses personnages, souvent pathétiques ou boursouflés d’orgueil, mais aussi pour livrer au spectateur une vision panoptique du monde télévisuel. La mécanique s’enclenche dès les premières minutes : un journaliste réputé en place depuis onze ans est évincé faute d’audience ; une directrice de la programmation rêve d’ensemencer le service des informations d’« émissions virulentes » mues par « un sens de la mise en scène » ; le holding CCA, aussi scrupuleux avec les chiffres qu’indifférent vis-à-vis de la qualité des programmes, fait d’Howard Beale une créature prométhéenne échappant peu à peu à son contrôle…

Comme La Valse des pantins ou Night Call, Network, main basse sur la télévision détricote le monde des médias et l’influence qu’il exerce sur des individus grégaires, mégalos ou cupides. Le présentateur Howard Beale l’annonce lui-même dans l’une de ses tirades mémorables : le tube cathodique est la « force la plus redoutable », voire « l’évangile », dans une société où les livres et la presse ne sont plus consommés que par une poignée d’irréductibles. La charge tient certes de l’hyperbole, mais elle n’en comporte pas moins une large part de vérité : quand un puissant conglomérat s’associe avec un média faisant l’opinion, cela peut enfanter un monstre hybride aux monoïdéismes tenaces – rentabilité, audience, sensationnalisme. Avec tout le métier qu’on lui connaît, mais aussi des dialogues velus et des protagonistes au bord de l’abîme, Sidney Lumet scrute la télévision à la loupe et sous une lumière de morgue, les mêmes qui lui servirent jadis à majorer les manquements de l’appareil pénal américain, dans l’intemporel Douze hommes en colère.

Un bouquin, un documentaire : tout savoir sur Lumet et son film

Ce coffret ultra collector comprend également un documentaire sur la carrière de Sidney Lumet, ainsi qu’un ouvrage sur Network. Le premier, intitulé By Sidney Lumet, mêle des entretiens avec le cinéaste et des extraits de films. Réalisé par Nancy Buirski et tourné en 2008, il fait la part belle aux anecdotes personnelles – l’enfance de Sidney Lumet, l’influence de son père, le 11 septembre, ses positions sur la police et les délateurs – tout en commentant, par la voix du maître, une filmographie aussi abondante que grandiose. On en apprend davantage sur la genèse de Douze hommes en colère, sur l’appétit de Lumet pour les endroits confinés – par extension : les huis clos –, sur sa tendresse envers les personnages d’Un après-midi de chien ou les protagonistes rebelles tels que Franck Serpico. Et au milieu de tout cela, il est question d’Al Pacino, de l’individualité des hommes, de l’Actors Studio ou des palettes de couleurs…

Le livre de Dave Itzkoff livre quant à lui tous les détails de Network. Le scénariste Paddy Chayefsky y est présenté comme le véritable homme-orchestre du projet, celui qui l’a initié, porté et en a assumé la postérité. Il est narré la manière dont cet auteur new-yorkais essuya au cours de sa carrière les restrictions de la télévision, les moqueries de la presse et les refus de donner suite à ses programmes, dont un The Imposters (déjà) impitoyable envers la petite lucarne. Dave Itzkoff revient ensuite sur la vente du scénario de Network, sur la liste des réalisateurs envisagés pour le mettre en images, sur le choix des acteurs, sur le montage, mais aussi sur quelques difficultés connexes : les réticences des studios face à un film qui allait forcément déplaire aux chaînes de télévision ou la difficulté à défendre un long métrage pamphlétaire face à des journalistes parfois vexés et très critiques. Le génie de Network, des dialogues fusants au personnage d’Howard Beale, transparaît également sous la plume de l’auteur.

Bande-annonce : Network, main basse sur la télévision 

Synopsis : Un présentateur de JT dont l’audience est en berne est renvoyé après onze années de bons et loyaux services. Il évoque son suicide en direct à la télévision, quelques jours avant de tirer sa révérence. Ses propos lui valent une notoriété nouvelle. Le conglomérat qui l’emploie va alors revoir ses plans et instrumentaliser sa démence…

Fiche technique : Network, main basse sur la télévision 

Titre original : Network
Titre français : Network : Main basse sur la télévision
Réalisation : Sidney Lumet
Scénario : Paddy Chayefsky
Décors : Philip Rosenberg et Edward Stewart
Costumes : Theoni V. Aldredge
Photographie : Owen Roizman
Montage : Alan Heim
Musique : Elliot Lawrence
Production : Fred C. Caruso et Howard Gottfried
Société de production : Metro-Goldwyn-Mayer
Société de distribution : United Artists
Budget : 3 800 000 $
Pays d’origine : États-Unis
Langue : anglais
Format : Couleurs – 35 mm – Son mono
Genre : Drame
Durée : 120 minutes

BD 50 • MASTER HAUTE DÉFINITION • 1080/23.98p • ENCODAGE AVC Version Originale / Version Française DTS-HD Master Audio 1.0 • Sous-Titres Français Format 1.85 respecté • Couleurs • Durée du Film : 121 mn
2 DVD 9 • NOUVEAU MASTER RESTAURÉ • PAL • ENCODAGE MPEG-2 Version Originale / Version Française Dolby Digital 1.0 • Sous-Titres Français Format 1.85 respecté • 16/9 compatible 4/3 • Couleurs • Durée du Film : 116 mn

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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