Jérémy Chommanivong

Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

La Fille aux allumettes : l’embrasement

La fin des années 80 n’a pas été épanouissante pour tout le monde, notamment en Finlande, territoire finalement peu connu du grand écran, ainsi que des cartes postales. Aki Kaurismäki souhaite alors prolonger son étude du prolétariat, initiée avec Ombres au paradis et Ariel. Toujours plongé dans un milieu industriel, La Fille aux allumettes établit le terrifiant portrait d’une société qui muselle ses citoyens, condamnés à fantasmer leurs désirs, jusqu’à ce que le cœur l’emporte sur la raison.

Batman contre le Fantôme Masqué : l’ombre de la justice

De toutes les adaptations du célèbre personnage créé par Bob Kane et Bill Finger, il ne fait aucun doute que Batman contre le fantôme masqué entre sans peine au panthéon de l’excellence. 30 ans plus tard, dans la lignée de Batman, la série animée et à l’occasion d’une réédition Steelbook 4K Ultra HD ce 20 septembre 2023, Warner Bros. vous propose de le découvrir chez vous, dans une version restaurée qui n’a rien perdu de sa flamme et de sa noirceur.

La Hija de Todas las Rabias : félons et félines

Il n’y a parfois qu’un pas entre le rêve et la réalité. Et si on assimile le cauchemar dans l’équation, il ne reste que peu d’espoirs pour vivre heureux. La Hija de Todas las Rabias se situe alors quelque part dans cette zone d’incertitude, à l’image du Nicaragua, pays dont les changements sociaux et politiques se résument à La Chureca, une gigantesque décharge à ciel ouvert. Le lien mère-fille suffira-t-il pour trouver un peu de lumière dans ce portrait disgracieux d’un monde qui les rejette ?

Les Fantômes du Titanic : les larmes de l’océan

Plus d’un siècle après le naufrage du RMS Titanic, que reste-t-il à remonter de cette épave ? Que peuvent bien raconter les fantômes qui sommeillent à son bord ? 10 ans après la mise en boîte de ce documentaire, les images de James Cameron continuent de fasciner et d’interroger cette fatalité qui a foudroyé le monde en l’espace d’une nuit.

Visions : vol au-dessus d’un nid de cocus

Doit-on se faire désirer pour s'en sentir aimer ? Entre fantasme, cauchemar et réalité, Visions en appelle aux archétypes hitchcockiens, semant ainsi des pulsions obsessionnelles que Diane Kruger restitue avec discernement. Dommage que le film souffre perpétuellement de la comparaison avec ses prédécesseurs, ce qui rend le voyage aberrant et ironiquement soporifique. Accrochez bien votre ceinture, car les turbulences ne sont jamais très loin.

Inside : le ventre vide

Il existe des monstres qui nous dévorent de l'extérieur, tandis que d'autres sont stimulés à l'idée de se nourrir de l'intérieur, de notre intimité et de notre vulnérabilité. Ces deux menaces sont impliquées dans Inside de Bishal Dutta, pour qui l'angoisse est avant tout le gage d'un bon drame familial. Entre les crocs d'une entité démoniaque et la lutte d'une adolescente indo-américaine pour s'intégrer au quotidien, il existe une histoire touchante de réconciliation.

The Wasteland : suspension sociale

Intrigant et obsédant miroir à The Wastetown, Ahmad Bahrami évoque la tragédie de l’Iran en prenant soin d’émietter différentes formes d’impasses sociales dans une usine, dont la mort des salariés est programmée. Cette perspective est terrifiante dans The Wasteland, un drame qui n’épargne aucun citoyen, aussi loyal et intègre soit-il.

La Beauté du geste : les poings sourds

Savoir se retenir et savoir se contenir sont les vertus que prône La Beauté du geste de Shô Miyake. Sourde ne veut pas dire vulnérable et Keiko le fera entendre à tous ceux qui tenteront de la rabaisser ou de l’agresser. Si la langue des signes nous permet de nous connecter à elle, c’est avec les poings levés et la boxe que cette combattante trouve un sens à sa vie de solitude. Un récit d’apprentissage qui frappe droit au cœur !

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Severance : l’architecture de Lumon comme machine à effacer la mémoire

Dans Severance, l’absence de mémoire ne se raconte pas seulement : elle se construit. Jessica Lee Gagné et Jeremy Hindle transforment Lumon en architecture de l’oubli, un monde de couloirs blancs, de néons et de vert institutionnel où le vide devient une présence.

Le Bronze Coule : Vhagar dans House of the Dragon Saison 2

Et si le vrai personnage de cette saison n’était pas un Targaryen… mais une vieille dragonne de bronze qui a survécu à tout le monde ? Vhagar ne vole pas : elle pèse le temps lui-même. Chaque battement d’aile porte cent quatre-vingt-un ans d’histoire, et quand elle apparaît à l’écran, ce n’est plus du CGI : c’est une cathédrale vivante qui respire.

From : Quand le Noir Devient Mortel

Dans From, la nuit appartient aux monstres et la lumière fragile aux vivants. Christopher Ball impose une règle stricte : seuls les lanternes à pétrole, bougies et torches visibles à l’écran éclairent les scènes. Ce parti pris matériel fait de chaque flamme un véritable compte à rebours, où la clarté elle-même devient source de terreur.

Peindre avec la caméra : Robbie McGarvey et la fabrication irréversible de Die My Love

Comment Robbie McGarvey a peint Die My Love avec de l’Ektachrome, des Petzval et un ratio 4:3. Filtres enfumés à la main, alla prima sur pellicule et trace visible du geste.

Silent Friend : filmer la lumière, filmer le temps

Entre 1908 et 2020, Silent Friend explore l'évolution de la perception humaine autour d'un ginkgo biloba. Un voyage sensoriel où la peinture devient le milieu du cinéma et le temps une matière organique.