Jérémy Chommanivong

Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

Deauville 2024 : Bang Bang, le son de la cloche

Les films de boxe ont toujours eu cette tendance à raconter la vie des athlètes ou encore d’un lieu. Le ring devient alors un exutoire qui compense l’hostilité de la société dans laquelle les protagonistes sont souvent impuissants et démunis. "Bang Bang" ne déroge pas à la règle et nous donne rendez-vous dans la banlieue de Détroit pour y suivre la résilience d’un ancien boxeur. Dommage que ses coups manquent de cœur et de saveur.

Deauville 2024 : Color Book, ceux qui restent

Portrait intime entre un père et son fils trisomique, "Color Book" déploie toute son intensité émotionnelle dans leur complicité hors du commun. Doté d’un sujet qui a tout pour bouleverser, David Fortune injecte toute sa foi dans son premier film, où il nous donne une bonne raison de suivre le parcours d’un duo en mal de repères et d’affection. Une petite note de douceur au milieu d’une sélection assez disparate.

Deauville 2024 : Two Lovers (Hommage James Gray)

Révélé 20 ans plus tôt aux bords des planches de Deauville, le festival célèbre aujourd'hui son art en offrant à son public la possibilité de (re)découvrir sa riche filmographie. À l'occasion de cet hommage, nous avons choisi de nous arrêter sur "Two Lovers", théâtre d'un bouleversant triangle amoureux. 16 ans après sa sortie, nous en avons toujours le cœur meurtri et déchiré.

Deauville 2024 : Les Damnés, mange avec les loups

Si la guerre est enracinée dans la nature humaine, la survie l’est encore plus. Sous ses faux airs de road-trip testostéronné, "Les Damnés" travestit intentionnellement le décor du western afin de nous immerger dans les limbes que traversent des soldats de l’Union. Passé sous le radar du trop-plein de la sélection cannoise au printemps dernier, son ascension au cœur de la compétition du festival de Deauville ne pourra que lui offrir toute la visibilité espérée. Est-ce pour autant une bénédiction ? Fruit d’une proposition expérimentale, le film possède des qualités visuelles et réflexives indéniables, mais il peine à exister dans le domaine de l'abstrait ou du sensoriel.

Deauville 2024 : The Knife, à double tranchant

Examen de conscience sur la réalité des choix que l'on fait par erreur, par amour et par peur, "The Knife" nous immerge dans une prise d'otage psychologique où une famille afro-américaine tente de faire entendre leur droit de légitime défense. Ce huis clos ne satisfait malheureusement pas le divertissement en tension que le réalisateur Nnamdi Asomugha souhaite générer, faute à un scénario bancal, malgré d'honnêtes performances chez les comédiens qui défilent un à un devant la caméra.

Deauville 2024 : The School Duel, longue vie au roi

Todd Wiseman Jr. nous a fait l'honneur de présenter son premier long-métrage à Deauville en première mondiale. Entre "Battle Royale", "Hunger Games" et "Américain Nightmare", "The School Duel" décolore les valeurs d'une Amérique soucieuse de son contrôle et de sa sécurité. Un plongeon dans un monde post-apocalyptique et familier, où l'instrumentalisation de la violence va de pair avec une religion qui honore ses rois et pleure ses martyrs.

Deauville 2024 : We Grown Now, étape transitoire

La seconde journée de compétition a vu passer des relations conflictuelles au cœur de familles et de communautés qui prêchent le pardon. Le film de Minhal Baig magnifie cette notion dans un portrait sur l'enfance et l’amitié. "We Grown Now" raconte donc avec nostalgie la captivité de locataires de logements sociaux, en quête de rebond et de renaissance.

Kill : la haine et la bête

Depuis sa présentation au festival international du film de Toronto en 2023 et jusqu’à la confirmation de son succès au box-office domestique, "Kill" reste sur les bons rails du divertissement furieux qu'il revendique. Tourné en hindi, ce huis clos dans un train de nuit constitue une belle vitrine sur le cinéma populaire indien et ses codes, qui se veulent interactifs avec le public. De l’hémoglobine à gogo, des monstres malgré eux et une tragédie humaine sont au programme de ce voyage survolté et sans retour.

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