Jérémy Chommanivong

Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

Rapaces : la source du mâle

Avec "Rapaces", Peter Dourountzis explore les zones d’ombre d’un féminicide à travers le prisme du journalisme indépendant. Entre thriller psychologique, drame familial et critique sociale, le film fascine par son ambiance et sa tension, mais souffre d’un scénario trop éclaté pour pleinement convaincre.

Le bonheur est une bête sauvage : un chœur de solitudes

Avec "Le bonheur est une bête sauvage", Bertrand Guerry signe un film sensible mais parfois inégal. Porté par une belle mise en scène et une atmosphère poétique, il pêche par des intrigues secondaires floues, mais touche par sa sincérité et sa douceur mélancolique.

Islands : l’îles des naufragés

"Islands", le nouveau film de Jan-Ole Gerster (Grand Prix Reims Polar 2025), explore la dérive existentielle d’un homme figé dans un décor paradisiaque. Sous le soleil de Fuerteventura, ce faux polar devient un voyage intérieur, mêlant solitude, désir, mémoire et perte d’identité, porté par Sam Riley et Stacy Martin.

Amélie et la métaphysique des tubes : un corps sans filtre

Adaptation sensible du roman d’Amélie Nothomb, "Amélie et la métaphysique des tubes" explore l’enfance avec poésie et émotion. Entre animation évocatrice, voix off réflexive et relation touchante, une œuvre primée à Annecy à découvrir en famille.

Elio : retrouvailles du troisième type

Avec "Elio", Pixar signe une aventure spatiale aussi audacieuse que fragile. Entre visuels éblouissants et émotion en demi-teinte, le film explore la solitude, le deuil et le besoin de connexion. Malgré ses imperfections, "Elio" reste une œuvre sincère portée par une nouvelle génération de talents Pixar.

Another End : quand mourir peut toujours attendre

Dans "Another End" de Piero Messina, le deuil et la mémoire sont explorés dans un futur où des implants mémoriels aident à surmonter la perte. Avec un casting captivant, notamment Renate Reinsve et Gael García Bernal, le film questionne les frontières entre vie et mort, tout en mettant en lumière les limites de la technologie et les dérives du déni. Une réflexion poignante sur l’amour, la mémoire et l’artificialité des relations humaines.

Cannes 2025 : Woman and Child, à l’épreuve de la retenue

Dans "Woman and Child", Saeed Roustaee explore avec finesse les fractures du patriarcat iranien à travers le combat d’une mère face à une société injuste. Moins percutant que ses précédents films, le drame conserve la force émotionnelle et l’engagement social du cinéaste.

Cannes 2025 : « Die, My Love », comme un animal mort

Avec "Die, My Love", Lynne Ramsay livre un film prétentieux et confus, où la mise en scène écrase tout – personnages, récit, émotion. Malgré l’intensité de Jennifer Lawrence, le résultat est un exercice de style stérile et pénible, aussi vide que bruyant.

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Thérèse et Isabelle par Marie Fortuit : écrire et faire l’amour

Mardi 5 mai 2026, le Petit Théâtre de la Maison de la Culture d’Amiens accueillait l'adaptation de Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, un texte longtemps censuré. Marie Fortuit et la compagnie Les Louves à Minuit signent une mise en scène audacieuse qui fait le choix de la retenue, transformant cette histoire d'émancipation en un objet artistique sensible et maîtrisé.

Coulisses The Boys : Le secret du “GORE DIAL” derrière la violence extrême

Ce qui rend la violence de The Boys si impactante, ce n’est pas seulement son exagération, c’est sa précision chirurgicale. Dans les studios VFX, la barbarie n’est plus laissée au hasard : elle se règle comme un paramètre. Un cadran baptisé “GORE DIAL”, quelques crans au-delà de 10, et l’horreur passe du réaliste à l’absurde. Preuve que nous sommes entrés dans une ère où même la sauvagerie la plus démente est devenue une variable technique parfaitement maîtrisée.

Severance : l’architecture de Lumon comme machine à effacer la mémoire

Dans Severance, l’absence de mémoire ne se raconte pas seulement : elle se construit. Jessica Lee Gagné et Jeremy Hindle transforment Lumon en architecture de l’oubli, un monde de couloirs blancs, de néons et de vert institutionnel où le vide devient une présence.

Le Bronze Coule : Vhagar dans House of the Dragon Saison 2

Et si le vrai personnage de cette saison n’était pas un Targaryen… mais une vieille dragonne de bronze qui a survécu à tout le monde ? Vhagar ne vole pas : elle pèse le temps lui-même. Chaque battement d’aile porte cent quatre-vingt-un ans d’histoire, et quand elle apparaît à l’écran, ce n’est plus du CGI : c’est une cathédrale vivante qui respire.

From : Quand le Noir Devient Mortel

Dans From, la nuit appartient aux monstres et la lumière fragile aux vivants. Christopher Ball impose une règle stricte : seuls les lanternes à pétrole, bougies et torches visibles à l’écran éclairent les scènes. Ce parti pris matériel fait de chaque flamme un véritable compte à rebours, où la clarté elle-même devient source de terreur.