L’Étrange Festival 2025 : Flush, qui tire la chasse perd la face

Les échos du Festival International de films Fantasia n’étaient pas usurpés. Reparti de Montréal avec le cœur et le prix du public, le premier long-métrage de Grégory Morin s’invite en séance spéciale à L’Étrange Festival, où la célébration du cinéma de genre continue de plus belle. Flush est typiquement le genre de comédie trash qui invite son audience à jubiler devant le pire moment de la vie d’un cocaïnomane : la tête coincée dans la cuvette des toilettes. Un huis clos claustrophobique parsemé de séquences absurdes, flirtant à coups de sursauts dans le body horror. C’est hilarant, c’est dégoûtant, c’est barré !

Sous-genre en perpétuelle réinvention, le huis clos extrême cherche sans cesse à dépasser les attentes d’un public déjà aguerri. En immobilisant son protagoniste dans un espace confiné, il exacerbe l’instinct de survie, et de nombreuses œuvres ont exploré cette tension : un cercueil sous terre (Buried), la faille d’un canyon (127 heures), un télésiège (Frozen), une tour de transmission (Fall), ou encore une cabine téléphonique (La Cabina).

Parmi toutes ces situations extrêmes, une retient particulièrement l’attention dans Flush : les toilettes. Si Grégory Morin et son scénariste David Neiss ne sont pas les premiers à s’y aventurer, ils en tirent un parti remarquable avec une intrigue resserrée et sans gras superflu. Celle-ci repose sur un quiproquo hilarant entre un cocaïnomane rejeté par son entourage et des dealers furieux de s’être fait dérober leur réserve.

Exit la relecture de Shaun of the Dead dans les toilettes des dames de Stalled, ou Holy Shit! de Lukas Rinker. Ce dernier partage, en apparence, quelques similitudes – un protagoniste coincé, le bras empalé dans les toilettes portatives de chantier – mais il manque à son film l’audace visuelle et la justesse comique de Flush. Ce dernier offre à son public tout ce qu’il faut pour passer une soirée mémorable entre rires nerveux et haut-le-cœur, le tout en soixante-dix minutes chrono.

La remontée des enfers

Si le purgatoire avait un visage, ce serait celui de ces toilettes à la turque d’un bar miteux, où Luc tente désespérément de remettre de l’ordre dans sa vie. Père absent rongé par son addiction, il continue de céder à l’appel de la poudre blanche, même aux moments les plus cruciaux pour sa famille. Son isolement le conduit à se coincer le pied, puis la tête, dans le trou de ces installations sanitaires répugnantes.

Grâce à la performance physique de Jonathan Lambert, le film maintient un équilibre délicat entre absurdité et crédibilité. Le scénario, confiné à ce lieu unique, voit défiler divers personnages qui ne font qu’aggraver la situation de Luc. C’est à ce moment que l’aspect survival prend le dessus, poussant ce raté à se réinventer, seul, avec pour seule ressource son instinct et une série de solutions toutes plus improbables les unes que les autres. Entre sa tête immergée dans les entrailles crasseuses – où se mêlent fluides et matières autres innommables – et son corps laissé en surface, le spectateur découvre un anti-héros littéralement en morceaux.

De cette situation grotesque naît un humour noir particulièrement corrosif. Le film fonctionne dans un décalage permanent entre la quête de rédemption et la dégénérescence du personnage. Morin parvient ainsi à plonger son spectateur dans une galère sans nom, sans jamais rompre l’immersion.

Et l’on se garde bien de révéler les détails de certaines péripéties, tant leur enchaînement, aussi invraisemblable que millimétré, fait mouche. Des appels téléphoniques désastreux à un duel absurde avec un rat défoncé à la coke, on se laisse emporter par un rythme soutenu et une tension toujours relancée. La photographie poisseuse de Mathieu de Montgrand, elle, ancre le tout dans un décor répulsif mais fascinant, regorgeant de surprises visuelles. Des toilettes comme on ne les verra plus jamais comme avant.

En misant sur des effets pratiques aussi inventifs que viscéraux, Grégory Morin fait preuve d’un vrai sens du détail et une préférence marquée pour l’artisanat gore, loin de toute surenchère numérique. Cette maîtrise contribue à ancrer l’absurde dans une forme de réalisme crasse qui renforce l’impact comique et sensoriel de Flush. Une preuve de plus que, même les pieds (et la tête) dans la merde, le cinéma de genre français peut briller.

Bande-annonce – Flush

Fiche technique – Flush

Réalisation : Grégory Morin
Interprètes : Jonathan Lambert, Élodie Navarre, Elliot Jenicot, Rémy Adriens
Scénario : David Neiss
Photographie : Mathieu de Montgrand
Montage : Pauline Pallier
Musique : Mike Theis, Luc Rougy
Production : AJM, F-PARTNERS, AKTV
Pays de production : France, Royaume-Uni
Société de distribution (international) : WTFilms
Genre : Comédie, Thriller
Durée : 1h10

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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