Le hasard merveilleux : les jeux de l’exil et du hasard

Dans une mise en scène alerte, gaie et généreuse signée Laurent Natrella, Le Hasard Merveilleux — écrit par Jean-Christophe Dollé (L’oreille absolue) et interprété par Brigitte Guedj — offre un objet théâtral envoûtant, entre rêve et réalité, réminiscences et imaginations, souvenir et présent.

Avec une immense délicatesse, et une volupté joyeuse de jeu, Brigitte Guedj incarne cette héroïne et héraut de la paix, Sylvie, entraîneuse de l’équipe de handball d’Aubervilliers. Elle transporte le spectateur dans cette Algérie native, ou fantasmatique, agissant à rebours des petits cynismes et des médiocres haines, portant en elle les accents d’humanité et les ailes de la réconciliation. C’est « ce rêve de réconciliation » entre les religions, entre les hommes et les femmes, entre les cultures et les déchirures, au plus profond de l’intime d’un être et d’une histoire, que raconte ce spectacle. Les spectateurs, transformés en assemblée de rêveurs, aux portes de la paix perpétuelle.

Sur scène, la comédienne, avec une sobriété de détails et d’artifices, fait de sa voix changeante le réceptacle d’une tribu de spectres et de leurs souvenirs, une chambre d’écho de tous les personnages qu’elle se remémore. Elle explore toutes les palettes et couleurs, oscillant entre l’évocation et l’incarnation.

Écrit pour Brigitte Guedj, Le Hasard Merveilleux réinvente, dans le creuset subtil de sa mémoire, et la joie savoureuse de ses métamorphoses vocales, les espérances et sensations, tonalités et émotions de cette femme exilée, sensible et bouleversante. « Quoi de mieux qu’un rêve, pour semer en nous cet espoir de réconciliation entre les peuples ? »

 

 

Festival

Deauville 2026 : Her Private Hell, hallucinations d’outre-tombe

Nicolas Winding Refn revient avec "Her Private Hell", présenté à Deauville 2026, porté par un récit de renaissance personnelle et un Rising-Star Award pour Sophie Thatcher. Sous la brume numérique et le vernis viriliste, le film ne dévoile qu'un naufrage esthétique et une autoparodie assumée d'un cinéaste à bout de souffle.

L’Étrange Festival 2026 : Leviticus, l’exorcisme du cœur

Dans une Australie rurale et religieuse, un rituel censé guérir deux adolescents de leur homosexualité réveille une entité qui prend le visage de celui qu'ils aiment. Chaque élan de tendresse déclenche une violence qui les force à s'éloigner, sous le regard d'une communauté et d'une famille intraitables.

Deauville 2026 : L’Invitation, marriage stories

Présenté à Deauville 2026, "L'Invitation" réunit Olivia Wilde, Seth Rogen, Penélope Cruz et Edward Norton dans un huis clos adapté de "Sentimental" de Cesc Gay. Le montage des dialogues fait mouche, mais la mise en scène se montre démonstrative et le cynisme promis s'essouffle trop vite.

Deauville Talent Award 2026 : Brendan Fraser (Pressure)

Dans "Pressure", Anthony Maras revient sur la planification du débarquement américain. Quelques jours avant le D-Day envisagé, une équipe de météorologues est chargée d'arbitrer sur la date de l'événement en prévoyant les conditions atmosphériques au-dessus de la Normandie. Un sujet exaltant malheureusement réduit à un banal duel d'égos, sans suspense ni tension.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.

Kill Bill : The Whole Bloody Affair, la nouvelle séquence anime et le geste hybride que Tarantino a inventé en 2003

Ce mercredi 8 juillet 2026, Studiocanal ressort en salles françaises Kill Bill: The Whole Bloody Affair, la version intégrale de 4h35 que Quentin Tarantino voulait à l'origine. Elle comporte notamment une nouvelle séquence animée inédite de sept minutes, produite par Production I.G en 2025, vingt-deux ans après la séquence originale que Kazuto Nakazawa et Katsuji Morishita avaient réalisée pour Kill Bill Vol. 1. Cette continuité de collaboration entre Tarantino et le studio japonais mérite qu'on s'arrête sur ce qui s'est joué en 2003 : le geste hybride live-action/anime que le réalisateur américain a inventé pour raconter l'enfance d'O-Ren Ishii, et ce que ce geste dit du rapport entre l'anime japonais et le cinéma américain contemporain.

Thérèse et Isabelle par Marie Fortuit : écrire et faire l’amour

Mardi 5 mai 2026, le Petit Théâtre de la Maison de la Culture d’Amiens accueillait l'adaptation de Thérèse et Isabelle de Violette Leduc, un texte longtemps censuré. Marie Fortuit et la compagnie Les Louves à Minuit signent une mise en scène audacieuse qui fait le choix de la retenue, transformant cette histoire d'émancipation en un objet artistique sensible et maîtrisé.

Coulisses The Boys : Le secret du “GORE DIAL” derrière la violence extrême

Ce qui rend la violence de The Boys si impactante, ce n’est pas seulement son exagération, c’est sa précision chirurgicale. Dans les studios VFX, la barbarie n’est plus laissée au hasard : elle se règle comme un paramètre. Un cadran baptisé “GORE DIAL”, quelques crans au-delà de 10, et l’horreur passe du réaliste à l’absurde. Preuve que nous sommes entrés dans une ère où même la sauvagerie la plus démente est devenue une variable technique parfaitement maîtrisée.