This Must Be Love et Moon et Iro voient le jour aux éditions Milan, dans la collection « Yam-Yam ». Deux récits accessibles, bien menés et plus profonds qu’il n’y paraît.
This Must Be Love. Dans This Must Be Love, Eum Sae-Lee et Dodo charpentent une romance naissante, sur fond de voyage temporel et d’industrie musicale. Ban Hana, chanteuse et animatrice soumise aux pressions extrêmes de son métier, reçoit en cadeau un mystérieux walkman qui la propulse en 1987, à la rencontre de Woo Jae-ah, un néo-musicien à la dérive. Une idole en quête de liberté croise un artiste prêt à tout abandonner : de cette collision naît une histoire échevelée et souvent douce-amère. L’une des grandes forces du récit réside dans sa capacité à problématiser les enjeux du succès et du libre arbitre. Ban Hana incarne la réalité cruelle du star system coréen : régimes drastiques, contrôle de son image, pression constante du public et de ses agents. À travers son voyage dans le passé, elle découvre une époque où la musique semble plus authentique mais où les artistes ne sont pas épargnés par la souffrance et les désillusions. Woo Jae-ah est d’ailleurs le témoin et la victime de la fragilité du génie créatif face aux blessures du cœur et au poids des attentes. Maispeut-on vraiment influencer le destin de quelqu’un sans en bouleverser irrémédiablement le cours ? Ce paradoxe, récurrent dans les récits de ce genre, n’épargne pas Ban Hana. En tentant d’aider son idole, elle se heurte à l’incrédulité de son entourage et finit même enfermée en hôpital psychiatrique – il faut dire qu’elle crie sur tous les toits qu’elle vient du futur… Mais la jeune femme a de la ressource ! Graphiquement, le manga brille par un style soigné et expressif, qui accentue à la fois la mélancolie et la tendresse des situations mises en scène. Un premier tome très prometteur.
This Must Be Love, Eum Sae-Lee et Dodo Milan, janvier 2025, 256 pages
Moon et Iro. Avec Moon et Iro, Wonsanji nous entraîne dans une aventure tendre et poétique, entre terre et mer, où l’amitié devient un refuge contre l’adversité. Ce manga séduit par son atmosphère envoûtante et son regard sensible sur la différence et la liberté. Moon, petite orpheline au cœur grand comme l’océan qui borde son île, croise la route d’Iro, un triton blessé et traqué par les humains. Une rencontre improbable, scellée par un acte de pure générosité : elle l’aide sans hésiter, lui offrant protection et réconfort. Mais comment préserver un être aussi fascinant que vulnérable dans un monde où la peur de l’inconnu mène à la violence, où l’argent constitue le nerf de la guerre ? Au fil des pages, Moon et Iro s’apprivoisent, apprennent à se comprendre malgré les barrières du langage et du milieu. Leurs échanges sont empreints d’innocence et de curiosité, mais autour d’eux gravitent des personnages dont ils doivent impérativement se méfier. De son côté, Jonghwa, la « presque sœur » de Moon, une fillette fragile enfermée dans un cadre trop protecteur, vit comme une blessure le cocon que sa mère, pourtant peu présente, dresse autour d’elle. Son destin fait écho à celui d’Iro, chacun étant prisonnier à sa manière – par la peur, par l’hostilité du monde, par la surprotection. Mais Moon et Iro est bien plus qu’une simple fable sur l’amitié et la différence : c’est un voyage sensoriel à travers la culture coréenne. On se perd avec délice dans la beauté des paysages, la chaleur des marchés animés, la douceur des foyers où les traditions se mêlent à l’intimité du quotidien. Un manga doué de sensibilité, à mettre entre toutes les mains.
Moon et Iro, Wonsanji Milan, janvier 2025, 224 pages
Présenté en compétition au Festival de Deauville après avoir reçu un très bon accueil à la Berlinale, "Mouse" déploie un récit de deuil adolescent sensible et délicat porté par un somptueux duo d’actrices. En filmant l’intime avec autant de tendresse que de naturalisme, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson s’imposent comme des cinéastes incontournables du cinéma indépendant américain.
Comment les Européens perçoivent-ils l'Amérique ? Et comment ce pays, ancienne terre d'immigration, accueille-t-il les étrangers dans un contexte troublé ? Ce sont les questions que posent, en creux, le premier long-métrage de Katharina Rivilis. Avec "I'll Be Gone in June", la cinéaste allemande signe un récit d'apprentissage à la fois âpre et lumineux, tourné dans le désert du Nouveau-Mexique, sur fond de traumatisme post-11 septembre. Une œuvre très personnelle qui touche par sa sensibilité.
"Blaise" suit une famille obsédée par son image, prête à tout pour ne déplaire à personne, jusqu'à s'embourber dans une spirale de quiproquos de plus en plus absurdes. Porté par une animation en photomontage numérique inédite, le film transforme la politesse ordinaire en mécanique comique redoutable.
Présenté en ouverture du Festival de Deauville, "Les Contrebandiers" propose une immersion profonde dans les forêts de l’Oregon lors de la Grande Dépression. Un film de survie âpre et tendu, qui convoque les grands classiques des années 1970. Porté par l’interprétation très physique d’Ethan Hawke, il compose un divertissement d’une efficacité redoutable, sans échapper à quelques clichés.
En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.
Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.
La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.
Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.
Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
Co-rédacteur en chef.
Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray
Rédacteur Cinéma & Séries télévisées.
Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).
« A l’origine, nous étions des êtres doubles : chaque humain était constitué de deux personnes, unies en un seul corps gigantesque. Notre force et nos capacités étaient d’autant plus grandes et notre pouvoir était tel que nous cherchâmes à rivaliser avec les dieux… »
Un sex-shop, une vendeuse qui en a vu d’autres et Hugo, collègue aussi candide qu’intarissable : il n’en faut guère davantage pour transformer godes, porno, fantasmes et petites misères sexuelles en machine à gags. Sans prétendre révolutionner la gaudriole, cette BD trouve son meilleur carburant dans le télescopage entre la banalité du commerce et ce que ses produits ont de délicieusement embarrassant.