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« White Only » : Althea Gibson, pionnière du tennis noir-américain

Jonathan Fanara Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées et des actualités DVD/bluray

Alors que la ségrégation raciale avait encore cours dans les États sudistes, Althea Gibson est devenue la première championne américaine de tennis noire, s’érigeant de ce fait en symbole de résilience et de lutte. White Only (éditions Glénat), de Julien Frey et Sylvain Dorange, permet de redécouvrir cette figure incontournable du sport et de la lutte pour les droits civiques. 

Jeune, Althea Gibson est une enfant d’Harlem, turbulente et sportive, défiant volontiers les garçons sur tous les terrains de jeu. Elle se distingue déjà dans diverses disciplines sportives, notamment le basket et le baseball, mais c’est le tennis qui, très vite, prend le dessus et l’attire irrémédiablement. Pour elle, la raquette est un moyen d’affirmer son identité et de sortir, même si elle l’ignore encore, du cycle de pauvreté et de violence qui menace son quartier.

Son père ne valide pas ses choix sans réserve. Strict, inquiet pour l’avenir de sa fille, il préférerait qu’elle se concentre sur ses études. Mais Althea est déterminée. Et elle a de la suite dans les idées. Le tournant de sa vie sportive se produit en 1940, lorsqu’elle intègre le Cosmopolitan Tennis Club, un club de tennis réservé aux Afro-Américains. C’est le début d’un parcours semé d’embûches mais aussi de triomphes.

Car si la vie d’Althea Gibson passe par l’excellence sportive, la réalité de l’époque n’a rien d’une sinécure. Dans les années 1940, la ségrégation n’est pas uniquement une question de lois : elle s’instille dans les structures sportives, et les joueurs noirs sont systématiquement exclus des compétitions les plus prestigieuses. Le championnat national de Forest Hills, futur US Open, en est un parfait exemple. En tant que Noire, Althea ne peut pas y participer. Mais cette injustice, loin de l’arrêter, la motive au contraire. En 1950, grâce à son travail acharné et à l’appui de figures comme Alice Marble, elle devient la première Noire à jouer dans un tournoi majeur du Grand Chelem.

White Only met en lumière cet aspect fondamental de son parcours. En plus de son talent exceptionnel, la jeune Althea se trouve rapidement à l’avant-garde d’un combat politique dont elle ne maîtrise pas toutes les composantes. Et même si elle ne le cherche pas, elle constitue un modèle pour toutes celles qui lui succèderont. Aussi, entraînée et financée par des mécènes (la famille Eaton, notamment), ses objectifs restent avant tout sportifs ; elle n’en devient pas moins, involontairement, un symbole de résistance contre la ségrégation, ouvrant la voie à d’autres joueurs comme Arthur Ashe et les sœurs Williams.

Avec un dessin semi-réaliste, des couleurs chatoyantes et des décors soignés, White Only parvient parfaitement à capter la tension de la ségrégation, ou les dissensions d’Althea, souvent prise entre deux mondes – celui de la bourgeoisie noire de Harlem et celui des clubs réservés aux Blancs. La mise en scène de ses triomphes dans les grands tournois de tennis, notamment Roland-Garros et Wimbledon, fait également son œuvre. Mais ce que l’on retient surtout, c’est la détermination d’une jeune femme indépendante, obstinée, talentueuse et courageuse. Pionnière dans la lutte pour les droits civiques, Althea Gibson a bousculé les normes raciales d’une Amérique profondément divisée, en accomplissant des exploits sportifs remarquables, au grand dam des fédérations qui cherchaient à lui fermer les portes. 

White Only rend hommage à une femme qui a transcendé les frontières du sport et a ouvert la voie à des générations entières de sportifs noirs. Si elle-même insistait souvent sur le fait que la politique ne l’intéressait pas, il est indéniable que son parcours a résonné bien au-delà des terrains de tennis. À recommander sans hésitation à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire du sport, à la ségrégation raciale ou à la puissance du courage individuel dans un monde parfois injuste.

White Only, Julien Frey et Sylvain Dorange
Glénat, février 2025, 152 pages

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