« Un dernier tour de terrain » : plongée dans le monde des agents de footballeurs

Un dernier tour de terrain, d’Inaki San Roman, Alvaro Velasco et Pedro Rodriguez, publiée aux éditions Bamboo, offre une vision touchante et réaliste du monde des agents de footballeurs. À travers une narration divisée en deux périodes distinctes, l’album explore les sacrifices, les espoirs et les désillusions des agents sportifs et de leurs joueurs.

1995 : l’ascension et la chute

En 1995, en Espagne, l’agent sportif Beni découvre une jeune pépite virevoltante, Fali, dont il est convaincu qu’il sera la future star du football espagnol. La carrière de Fali commence brillamment, et il se met à rêver de rejoindre le grand Real Madrid. Cependant, un accident causé par l’alcool et la négligence de son agent met brutalement fin à ses aspirations. La blessure de Fali entraîne non seulement la fin de sa carrière mais aussi la déchéance de Beni, qui se retrouve rongé par la culpabilité et la responsabilité de cet échec.

Le récit de cette période met en lumière la relation complexe entre Beni et Fali. Une amitié sincère et durable se développe entre eux. Beni se sent responsable de l’accident qui a coûté sa carrière à son protégé, il reste proche de Fali, qui à son tour soutient son ancien agent dans les moments difficiles. Cette relation d’entraide et de complicité devient un pilier essentiel pour les deux hommes, et est parfaitement mise en lumière dans la seconde partie de l’album.

2022 : une seconde chance

En 2022, Beni, endetté et au crépuscule de sa vie professionnelle, est à deux doigts de mettre son agence entre parenthèses. Il entrevoit cependant une lueur d’espoir avec Tico Tico, un joueur talentueux du PSG suspendu en France pour usage de drogues. Le vieil agent parvient à rapatrier Tico Tico en Espagne et lui propose de relancer sa carrière à Palencia. Le projet semble prometteur, et Beni installera ensuite Fali comme entraîneur de l’équipe, espérant ainsi redonner vie à leurs rêves brisés.

Cependant, le football reste un univers impitoyable. Malgré les efforts déployés, Tico Tico abandonne Beni au moment de récolter les fruits du travail entrepris. Cette trahison souligne la dure réalité du football moderne, où les relations sont souvent mercantiles et éphémères. Beni, en décalage avec les nouvelles dynamiques d’un sport dans lequel il fait office de dinosaure, peine à s’adapter, bien que sa passion demeure intacte.

Les dessous du football

Un dernier tour de terrain dévoile les coulisses du football, ses excès et la pression médiatique. Les auteurs parsèment par exemple leurs planches de certaines unes de journaux, montrant les attentes et crispations autour du ballon rond. Les défis auxquels les agents et les joueurs sont confrontés forment le cœur battant de l’ouvrage, avec cette immersion dans les coulisses du sport, mais la chair humaine n’en est pas moins présente.

Le récit montre ainsi la relation tumultueuse entre Beni et sa fille, arbitre en première division. Leurs rapports sont tendus, souvent marqués par la suspicion et l’incompréhension. La fille de Beni, méfiante, pense que son père cherche à exploiter sa position pour accéder à des personnalités influentes du football, comme Diego Simeone. Cette tension familiale ajoute une dimension supplémentaire à l’histoire.

Inaki San Roman, Alvaro Velasco et Pedro Rodriguez donnent à voir, avec talent, la passion, les sacrifices et les désillusions du monde du football, en constante évolution. Beni y est notre porte d’entrée, du repérage des jeunes talents aux signatures de contrats, des promesses pour l’avenir aux trahisons inconsolables. Très convaincant. 

Un dernier tour de terrain, Inaki San Roman, Alvaro Velasco et Pedro Rodriguez 
Bamboo, mai 2024, 96 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Agnès la Chevaleresse » : la fantasy à la langue bien pendue

Avec "Agnès la Chevaleresse", Damien Geffroy se délecte des mythes de l’heroic fantasy. Pièce après pièce, avec une jubilation fortement communicative, il imagine un récit entre satire des histoires chevaleresques, héroïne obstinée et vieux mentor plus porté sur la chopine que sur l’honneur. L’auteur livre aux éditions Fluide Glacial une aventure légère, drôle et souvent irrésistible.

« La Vie extraordinaire d’Arizona Joe » : l’Amérique au carrefour des fortunes

À l'heure où Wall Street commence à façonner le monde moderne, un adolescent en fuite croise la route d'un vagabond qui lui apprend à regarder l'Amérique autrement. Avec "Baby Boxer Banker", premier volet de La Vie extraordinaire d'Arizona Joe, Stéphane Piatzszek et Fabrice Meddour signent un récit d'initiation où l'aventure se mêle à la filiation, la liberté et les promesses contradictoires du rêve américain.

« Bêtes comme nous » : quand les animaux deviennent humains

Un escargot super-héros qui met deux semaines à sauver New York, des moutons grégaires militants ou encore une araignée dépressive parce que son costume de super-héros ne trompe personne : avec Bêtes comme nous, MO/CDM bâtit un bestiaire dont les pièges, souvent, relèvent des caractéristiques biologiques des protagonistes. Une idée simple, parfois exploitée jusqu’à l’usure, mais qui donne naissance à un recueil de gags souvent réjouissants.