« The Nice House by the Sea » : l’enfer, c’est les autres

James Tynion IV et Álvaro Martínez Bueno nous replongent dans leur univers post-apocalyptique avec The Nice House by the Sea, une suite bienvenue à l’excellent The Nice House on the Lake. Ce premier tome, regroupant les six premiers chapitres, s’ouvre sur une nouvelle maison, un nouveau maître des lieux et un groupe d’individus triés sur le volet. Mais derrière la beauté de cette résidence se cache une tension palpable et une humanité bientôt repoussée dans ses derniers retranchements.

Cette nouvelle série prend pour cadre une villa luxueuse sise au bord de la mer. Max, l’énigmatique hôte extraterrestre, a soigneusement sélectionné dix individus parmi les meilleurs dans leurs domaines respectifs : scientifiques, artistes, politiciens, écrivains… Ces personnages n’ont aucun lien personnel entre eux, ce qui marque une rupture nette avec la dynamique observée dans le premier cycle, où les invités étaient des amis proches de Walter. Ici, aucun passif, mais une maison constituée d’interactions froides et calculées, où chaque résident cherche à s’épanouir, souvent préoccupé par son ego, ce qui n’est pas sans effet sur la communauté.

On le sait, un confinement forcé dans une ambiance de fin du monde n’est pas sans conséquences psychologiques. Un tel isolement exacerbe les tensions, altère la communication, rend les défauts des uns et des autres quasiment intolérables. Contrairement aux résidents de la maison au bord du lac, qui luttaient pour comprendre leur situation et préserver leur humanité face à l’immortalité imposée, ces nouveaux personnages semblent avoir accepté le sacrifice du reste de l’humanité. Ils ont conscience de leur valeur, peut-être un peu trop, et jouissent de petits privilèges (changement d’apparence, cure de jouvence, balade en mer, farniente…). Cette configuration transforme la maison en un véritable laboratoire social où chaque interaction devient un microcosme des dissensions humaines. Mais que se passerait-il, en sus, s’ils venaient à apprendre l’existence d’une autre maison mettant potentiellement en péril leur pérennité ?

C’est ici que se joue l’essentiel de The Nice House by the Sea. Certes, les désaccords avec le prêtre ou la sénatrice alimentaient jusque-là quelques sous-intrigues, mais ce qui s’annonce est sans commune mesure : les résidents de cette maison idyllique, sélectionnés pour leurs qualifications, doivent se positionner quant aux actions à mener à l’encontre des personnages du premier cycle. Une seule maison survivra. Celle de Max va alors s’opposer à celle de Walter. Une intersection entre les deux maisons rend possible des attaques mutuelles, et soulève également des questions sur les intentions réelles des extraterrestres derrière ces expériences.

Álvaro Martínez Bueno livre une fois encore un travail visuel impressionnant. Chaque planche regorge de détails subtils qui enrichissent l’expérience narrative, tandis que le découpage accentue parfaitement la tension dramatique. De son côté, James Tynion IV n’oublie pas d’intégrer deux nouveaux protagonistes hauts en couleur, et liés aux résidents de la première maison : Max, dont on évente la relation passée avec Norm – notamment via des courriels –, et Oliver. Le premier décrit Walter comme un alien défaillant, qui s’est laissé emporter par ses sentiments et qui cherche à conserver dans le formol ses anciens amis, en les empêchant d’évoluer. Le second a été proche de Walter et de ses amis et est appelé à occuper une place ambiguë dans la suite du cycle. Il permet aussi de creuser plus avant les relations entre les uns et les autres. 

Avec The Nice House by the Sea, James Tynion IV continue d’explorer les recoins sombres de l’âme humaine tout en élargissant son univers narratif. Ce premier tome pose les bases d’une réflexion fascinante sur le pouvoir, la survie et les sacrifices moraux. Si vous avez aimé The Nice House on the Lake, cette nouvelle série ne devrait pas vous décevoir, puisqu’elle ouvre de nouvelles perspectives narratives sans rien renier des précédents tomes. 

The Nice House by the sea, James Tynion IV et Alvaro Martinez Bueno 
Urban Comics, avril 2025, 200 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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