« The Disciples » : terreur cosmique

Chez Glénat Comics paraît The Disciples, une œuvre de science-fiction envoyant des chasseurs de primes de l’espace sur Ganymède, à la recherche de la fille d’un sénateur. Cette dernière, âgée d’à peine dix-huit ans, a été endoctrinée par un gourou milliardaire ayant colonisé la plus grande lune jupitérienne. La traque débute, jusqu’au moment où des événements cauchemardesques s’invitent à la fête…

Comme pour Aiôn, publié il y a quelques mois chez Dargaud, les traits caractéristiques du space horror ne manquent pas dans The Disciples : l’immensité cosmique, ses mystères, ses figures monstrueuses, ses machines intelligentes viennent peupler un imaginaire qui renvoie (forcément) à Alien. La saga initiée par Ridley Scott est tellement séminale qu’il est difficile de ne pas déceler quelque allusion à son endroit dans toute proposition de science-fiction horrifique. Il en va ainsi des colonies de l’espace (Aliens, le retour), de Nessie (Mother), de l’héroïne féminine (Dagmar/Ellen Ripley) ou encore d’une menace rappelant vaguement le facehugger ou le chestburster.

Steve Niles (au scénario) et Christopher Mitten (au dessin) outrepassent cependant ce cadre. Si Alien faisait la part belle à l’entreprise capitalistique Weyland-Yutani, on s’intéresse ici à McCauley Richmond, un milliardaire devant sa fortune à ses activités dans l’industrie pharmaceutique, décrit comme « très riche, très religieux et très fou ». Après avoir construit sa propre ville en Floride où seules ses ouailles étaient admises, il a colonisé Ganymède, une lune du système solaire, et y a installé ses adorateurs. C’est précisément là-bas que se rendent trois chasseurs de primes espérant retrouver la trace de la fille d’un sénateur, partie car séduite par le puissant gourou.

Extrait de « The Disciples », visible sur le site de l’éditeur.

Naturellement, le space horror reprend peu à peu ses droits sur ce prétexte initial : une femme enceinte zombiesque fait son apparition et Rick, l’un des trois mercenaires, se donne la mort en arguant qu’elle a pris le contrôle de son corps. Jules et Dagmar survivent à leur collègue mais ne peuvent néanmoins fuir : la batterie ionique de « Frankenstein » (le nom ironiquement donné à leur vaisseau spatial) doit être rechargée. Sur Ganymède, ils découvrent une Église colossale, un cimetière s’étendant à perte de vue et des traces de luttes. La planète est une sorte de nécropole et Steve Niles maintient le suspense jusqu’au bout sur ce qui a présidé à cette apocalypse. Pendant ce temps, Christopher Mitten nous gratifie d’une double page soignée où des visions cauchemardesques investissent une multitude d’écrans : cadavres, têtes coupées, membres amputés, yeux exorbités…

Si le récit fonctionne bien et donne de l’allant à cette bande dessinée, on tique parfois devant certaines transitions un peu rapides. Après avoir aperçu un premier « zombie » et fouillé en vain le vaisseau, les trois équipiers tirent la conclusion qu’ils ont été les victimes d’une hallucination collective due à un dysfonctionnement des fluides de sommeil. Le suicide de Rick ne provoque quant à lui que peu de réactions (une planche tout au plus), alors qu’on s’attendrait à des personnages plus touchés ou s’épanchant davantage. Surtout, dans une large mesure, les situations présentées dans cette bande dessinée paraissent quelque peu éculées. Le space horror a décidément du mal à se renouveler.

The Disciples, Steve Niles (au scénario) et Christopher Mitten (au dessin)
Glénat Comics, septembre 2019, 112 pages

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