« Tarzan, l’homme-singe » : la révélation de la jungle

Tarzan, l’homme-singe, d’Éric Corbeyran et Roy Allan Martinez, poursuit l’ambitieux projet de transposer en bande dessinée l’œuvre fondatrice d’Edgar Rice Burroughs. Ce deuxième opus, publié aux éditions Glénat, mêle aventures exotiques et réflexion sociétale. L’adaptation nous transporte dans la jungle foisonnante, où l’homme sauvage, tiraillé entre deux mondes, doit affronter non seulement des ennemis externes, mais aussi des dilemmes intérieurs.

Le récit s’ouvre assez vite sur une tentative de meurtre, révélant immédiatement la tension dramatique qui sous-tend cette aventure. Canler, antagoniste jaloux et vénal, s’acharne à vouloir écarter Tarzan, perçu comme une menace. Il faut dire que son intervention pour sauver Jane et retrouver son père, le professeur Porter, a de quoi passablement l’irriter. Lui qui a des vues sur la jeune femme est relégué au second plan, à peine considéré par elle.

Et puis, la jungle elle-même semble se plier à la volonté de son « Seigneur ». Le recours à la famille adoptive de Tarzan et à des alliés comme les éléphants illustre la profonde connexion de notre héros avec la nature, qui contraste fortement avec la cupidité et la violence des hommes, incarnées par Canler. Le fil conducteur du récit – le sauvetage du professeur et la récupération du trésor archéologique – permet en outre d’explorer la dualité de Tarzan : un être à la fois maître de la jungle et étranger dans le monde des humains.

L’intérêt principal de cette adaptation réside dans sa capacité à creuser la psychologie de ses personnages. Tarzan est ainsi érigé en un symbole de l’altérité. Sa maladresse initiale et son apparence contrastent avec la noblesse qu’il acquiert en grandissant, grâce à sa ruse et à sa maîtrise des outils. Sa relation avec Jane cristallise ce tiraillement entre deux natures. Tandis que les autres personnages, notamment Canler, le perçoivent comme un animal à domestiquer, Jane le voit comme un être complexe, capable d’apprendre, de comprendre et d’aimer. L’émerveillement de la jeune femme devant sa maîtrise croissante de l’anglais reflète, par exemple, cette humanisation progressive.

Les traits maîtrisés de Roy Allan Martinez donnent corps à l’atmosphère sauvage et onirique de la jungle. Et sous ses dehors de récit d’aventures, Tarzan, l’homme-singe problématise avec talent la différence et l’acceptation. Tarzan incarne l’étranger, celui que l’on redoute et que l’on tente de marginaliser. Pourtant, il devient aussi un pont entre deux mondes. Son lien avec la jungle, perçu comme une bestialité par ses détracteurs, est en réalité une force qui le distingue. En ce sens, et en organisant un antagonisme duquel il sort grandi, le récit délivre une leçon implicite sur la richesse de la diversité et la nécessité de dépasser les apparences.

Tarzan, l’homme-singe (Tome 2), Éric Corbeyran et Roy Allan Martinez
Glénat, décembre 2024, 56 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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